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Publié le 28/06/2008

« Soleil chaud poisson des profondeurs » de Michel JEURY

[Première édition : 1976, dans la même collection]

RÉÉD. ROBERT LAFFONT / AILLEURS & DEMAIN, JUIN 2008

Par Arrakhan

Après La vallée du temps profond, Michel JEURY continue d’être à l’honneur avec cette réédition d’Ailleurs & Demain qui nous promet également deux autres œuvres majeures du maître : Les Singes du Temps et Le Temps Incertain.

ATTENTION : INDISPENSABLE...


Immersion immédiate et totale. Dans un futur proche pouvant a priori sembler exotique ou inconcevable, mais pourtant tellement lié à notre présent...

Une multitude de protagonistes importants ou pas apparaissent, du plus petit ouvrier au politique le plus haut placé, pour nous faire découvrir de l’intérieur, via leurs aspirations et intentions peu évidentes et tout sauf manichéennes, un monde complexe. Un monde où les deux dernières vraies grandes puissances -des espèces de multinationales- sont sur le point de déclencher l’attaque finale de leurs "systèmes logiques" [réseaux] respectifs pour la suprématie par la fusion. Où les cadres hauts-placés sont connectés à ces systèmes directement par un module placé dans leur cerveau, quand les dirigeants, eux, utilisent à cette fin des enzymes pouvant plus facilement être annihilés. Un monde pourri, vérolé par la pollution à la limite de l’inhabitable où, de part cette contrainte, les vacances se prennent maintenant de manière virtuelle, dans des simulations pouvant prendre également bien d’autres formes ; comme par exemple celles de rencontres avec des dieux que les Eglises leurs donnent... Des "bifris" purulents aux sommets clinquants de la hiérarchie, simulations, drogues, poupées humaines, religions désaxées, excentricités, violence, perversions, inégalités, communautarismes exacerbés et j’en passe rythment les vies, sont autant d’opiums pour les peuples. Et tandis que la guerre logique menace, la voix de la révolution semble s’élever de plus en plus fort.

Mais les choses ont déjà commencé à se détraquer. Deux "maladies" sont apparues : le syndrome de Hood, soleil chaud, et le syndrome de Boldi, poisson des profondeurs, qui sont définis par les psychiatres comme "deux aspects équivalents d’une fuite schizophrénique à répercussion somatique totale"... Une fuite du monde dans deux directions possibles : "Vers les paradis d’outre-ciel, la vie brûlante et l’aventure. Vers l’asile merveilleux du sein maternel - avec les pseudo-écailles de l’embryon.

La sensation d’immersion dans cette création riche est renforcée par l’usage de mots -le plus souvent d’argot- inventés. On en devine plus ou moins le sens selon le contexte mais ils ne gênent pas le lecteur déjà bien perdu, qui ne peut de toute façon que désirer s’avancer plus loin pour mieux comprendre, pour voir où veux aller la plume enchanteresse de Michel JEURY.

Plus les personnages progressent, de quelque façon que ce soit, plus l’histoire avance, plus on arrive à en saisir les tenants et les aboutissants -de toute façon trop vastes, tout comme notre société est trop vaste pour être appréhendée dans son entièreté par un seul Homme-, et plus la situation devient tendue, plus les choses et les êtres s’affolent et se dévoilent, plus les limites de la réalité et du rêve sont remises en question, de simulations en actions, de questionnements intimes en simulations, pour une réflexion humaine sur notre condition, dans des emballements oniriques délicieux et une influence Dickienne magnifiquement mise en œuvre et rationalisée. Et le grand final ne décevra pas...

Voici l’essence même du roman visionnaire : sortit en 1976, il ne s’est pas contenté de ne pas vieillir, il est devenu et devient de plus en plus actuel, de plus en plus important ; jamais ses enjeux n’ont autant cadrés avec la réalité qu’aujourd’hui...

Nous sommes enfermés, coincés dans une illusion de liberté, nous nous détruisons de l’intérieur tout en détruisant l’extérieur et, à l’instar des têtes "pensantes" du roman, quand les ultimes signaux de détressent retentissent -soleil chaud poisson des profondeurs-, nous sommes devenus trop aveugles pour les voir, trop sourds pour les entendre, trop aliénés pour les comprendre.


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Ce livre est un chef-d’œuvre. Un 1984 onirique sur-vitaminé trempé dans le silicium, au nombre de modes de raisonnement multiplié. Grâce à cette réédition salutaire, il est encore temps de sauver quelques âmes avant la fin de notre chute. Car où, sur quoi et de quelle manière atterrirons-nous ?

"A un certain âge, on fait ses comptes. On ne peut pas s’en empêcher. [...] On s’apperçoit soudain qu’on n’arrivera pas à boucler le budget de la destinée. On en prend un coup. Alors quoi ? Se résigner et faire l’impasse des rêves et des désirs fous ? Soleil chaud, soleil chaud ! Je veux la forêt et la mer, le pouvoir des loups, les cerisiers sauvages !"

Soleil chaud ! Soleil chaud !