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Publié le 06/01/2008

« Spin State » de Chris MORIARTY

[« Spin State », 2004]

ED. BRAGELONNE SF, NOV. 2007

Par Ubik

Premier roman d’une jeune auteure dont on dit le plus grand bien ici et surtout , et dont la suite intitulée Spin Control est toute fraîchement auréolée du prix Philip K. DICK 2006, Spin State attire forcément l’attention.
Reste à savoir si l’ouvrage a le mérite de la capter, cette attention volatile que les éditeurs cherchent désespérément à capitaliser.


Si vis pacem, para bellum...

Toujours en avance d’une guerre, l’ONU est désormais le chien de garde de l’Anneau, vaste habitat artificiel à la culture consumériste sans complexe, gravitant au clair d’une Terre ravagée par les guerres et les désastres écologiques.
La notion de sécurité collective a beaucoup évolué depuis notre époque ; surtout depuis la signature d’une trêve avec les Ligues, qui établit un statu quo avec ces entreprises commerciales renégates qui ont développé le clonage de masse et promu comme idéal, un mode de vie de type ruche.
Un oeil sur ces dangereux post-humains, l’autre sur les tensions sociales internes, l’ONU a fort à faire pour garantir la quiétude des nantis. Fort heureusement, ayant sans doute lu 1984 de George ORWELL, ses dirigeants ont transformé l’organisation de Paix en une arme de guerre.

Le commandant Catherine Li est une dure à cuire. Officier d’active dans les forces spéciales de l’ONU, elle compte à son tableau de chasse plus de missions délicates que n’importe quel autre trouffion de l’organisation. Le corps upgradé et la mémoire régulièrement mise à jour - le procédé du saut quantique ayant la fâcheuse conséquence d’effacer peu-à-peu les souvenirs -, Li est le rouage efficace du bras armé de cette Onusie futuriste.
Jusqu’au jour où, après un briefing aussi laconique et mystérieux que d’habitude, l’opération qu’elle dirige sur la planète Metz [une quinzaine de pages assez bien menées quand même] s’achève par une bavure. Son supérieur hiérarchique lui ménage alors un congé sabbatique, le temps que l’affaire se tasse. Bien entendu, pas question que la bête de guerre se repose. Elle est donc dépêchée sur le monde de Compson afin d’y enquêter sur le douteux décès accidentel d’une physicienne géniale.
La mission n’a rien d’une sinécure car Compson est un monde stratégique d’où est extrait la matière première nécessaire à l’espace spinien, donc aux communications instantanées et aux déplacements supraluminiques dans la sphère d’influence humaine. De plus, Li a un passé et un passif lourds à gérer sur la planète.

Bienvenue dans le monde réjouissant de la post-humanité : assemblages génétiques utilisés comme du bétail, intelligences artificielles méticuleusement asservies afin d’éviter la Singularité et humains améliorés grâce aux hardwares, wetwares, psywares et autres gadgets technologiques « awares ». Que du bonheur pour les fétichistes technophiles. Pour les autres, un arrière-goût de déception.
Spin State pourrait être sous-titré « un air de déjà-vu », tant les parallèles fusent à l’esprit, si l’on est pourvu d’un peu de culture générale. Si l’on fait abstraction de l’habillage technoscientifique, il est vrai imaginé avec un notable souci de vraisemblance [voir la bibliographie en fin d’ouvrage], force est de reconnaître que nous sommes définitivement en terrain de connaissance.

Le récit, très balisé et plan-plan, lorgne d’abord vers le roman noir. Ainsi dans un monde où tout est pourri - politique, sociétés multiplanétaires, syndicats -, Catherine Li apparaît-elle, comme une figure archétypale, celle du policier/détective solitaire couillu - sans en avoir évidemment les attributs anatomiques - qui cherche à redresser un tort avec des méthodes peu louables, tout en étant convaincu que cela ne modifiera en aucune manière les structures sociales.
Naturellement, elle cache aussi un lourd secret, une fêlure intime qu’elle supporte comme un joug, en bombant le torse comme un vrai mec. Ici s’arrête la comparaison car, là où le roman noir privilégie la concision et l’approche psychologique par l’action uniquement, Spin State s’enferre dans 540 pages de tourments psychologiques interminables, d’esbroufe bodybuildée à coups de joujoux technologiques [genre : tu l’as vu mon bel engin !] et de pseudo-suspense.

Evidemment, on me rétorquera que justement, c’est cette évolution psychologique du personnage principal Li, qui passe du stade de brute câblée satisfaite d’elle-même, à celui d’être empathique [je n’ai pas dit sympathique], fière de sa différence, et ouvert aux différences multiples de l’univers post-humain, qui constitue le coeur du roman. A ceci, je répondrais un « m’ouais » dubitatif car, dans la complexité, j’ai lu beaucoup moins simpliste. D’autant plus que l’environnement humain de Li ne fait pas dans la dentelle puisqu’il présente une belle galerie de stéréotypes. Jugeons sur pièces : le patron retors, prompt à exploiter sans vergogne son prochain ; le nervi musculeux et vicieux, ennemi [forcément] de l’héroïne ; le petit jeune de la police, admiratif et idéaliste [il trahira, naturellement], la faible créature féminine, martyrisée et humiliée [elle se vengera] ; le médecin humaniste, sorte de mère Teresa [la coiffe en moins] ; l’illuminé de service qui entend des voix [et il a raison, le bougre], des dirigeants syndicaux, prompts à imposer le Paradis du Prolétariat [Debout les damnés de la Terre !] ; une self-made intelligence artificielle... j’arrête ici, la liste.

Puis, Spin State suscite et surtout ressuscite quelques souvenirs d’une nature plus science-fictive. On ne peut s’empêcher en effet, de tisser des parallèles avec Dune. Il suffit de remplacer l’épice par les condensats de Bose-Einstein, la Guilde par l’ONU, les Grandes Maisons par les Ligues et les multiplanétaires, les Fremens par les mineurs du monde de Compson... Bon, je force sans doute beaucoup le trait car Dune bénéficie d’un background autrement plus approfondi et puis, il n’est pas question d’intelligence artificielle dans le roman de Frank HERBERT, Jihad Butlérien oblige.

Bref, rien de vraiment nouveau dans ce roman qui ne dépasse pas le cap de la distraction conformiste que vient alourdir une narration asthmatique. On est en effet très en-deçà du rythme trépidant attendu pour ce genre d’histoire. En dehors de la séquence d’ouverture [les fameuses quinze pages mentionnées plus haut] et d’une opération de piratage de données très minutée [pages 393 à 414], le récit se traîne en longueur, ressassant sans cesse les états d’âme de l’héroïne, épiloguant de manière interminable sur sa blessure à l’épaule, exposant jusqu’à la lassitude sa volonté de tout contrôler, alors que l’on sait d’emblée qu’elle ne maîtrise rien ; l’ensemble s’achevant sur - on commence à avoir l’habitude - un cliffhanger.


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Il me faudra donc plus que les parrainages aguicheurs de David BRIN ou de Stephen BAXTER pour me convaincre que Chris MORIARTY est un « dangereux talent ». Allez, pour terminer une ultime question : et si, le NSO n’était que poudre aux yeux ?