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Première publication le 01/04/2006
Publié le 01/02/2010

Spin de Robert Charles Wilson

[Spin, ED. TOR, MARS 2006]

ED. DENOËL / LUNES D’ENCRE, FEV. 2007 - REED. FOLIO SF, JANV. 2010

Par Daylon

Choisir un auteur comme Wilson, lorsqu’on chronique, c’est un peu choisir la sécurité : on sait déjà à peu près où il risque de nous emmener ; on connaît l’évolution progressive de ses travaux (depuis Bios jusqu’à Blind Lake, en passant par l’excellent Chronoliths).

Je ne surprendrai donc personne en affirmant que « Spin » réhausse une fois de plus la barre qualitative de quelques degrés.


PRIX HUGO 2006


Cette critique est basée sur la version originale du roman, parue début 2006.


« It was as if had reached up and touched the stars. And they had touched him in return. »

Mieux : là où la hype semble s’accorder à encenser un Charles Stross [pour le coup, je vous renverrai à la fiche de lecture d’un autre cafard, plutôt que la critique elle-même ; ça ne fait jamais de mal] pour des qualités concernant un sujet lui-même très hype [que je vais finir par regretter de défendre]... Le post-cyberpunk, avec tout ce qu’il possède de singularité [n’oubliez pas la majuscule, la prochaine fois que vous en parlerez en société] de nanotechnologies tordues et d’utopie naïve... Bref, là où nous semblons nous enflammer un chouya [mais alors, juste un chouya] de trop sur Stross [en revanche, j’en profiterai pour dire qu’il semblerait que l’autre buzz, celui sur Ted Chiang, soit cette fois un peu plus justifié][un peu], Wilson continue son bonhomme de chemin...
... Et nous en met plein la vue.

« Yeah. I told her to stop calling you because you have a new girlfriend. I told her I’d be handling your calls from now on. »

Revenons à l’histoire. Un futur proche ; un futur très proche. Certainement un futur d’un horizon de 5 ans maximum. Par une nuit froide d’automne, 3 enfants jouent sur la pelouse d’une maison [the Big House] d’un couple aisé. Le mari est un cerveau de l’aérospatiale ; la femme, un ancien docteur retiré du circuit professionnel pour se noyer dans la boisson.

La nuit est glaciale, mais cela n’empêche pas Jason, Diane |les deux enfants du susdit couple] et Tyler [le fils de la femme de ménage] de rester dehors : Jason, véritable surdoué, insiste pour leur montrer les étoiles par sa lunette astronomique. À quelques mètres d’eux, au chaud dans la maison : une soirée mondaine. Puis les étoiles disparurent.

« I drove into the Hiroshima of the rising sun. »

Ici, il est important de briser une rumeur qui semble avoir persisté depuis que l’existence de ce roman a été éventé sous nos latitudes : il NE s’agit PAS d’un Isolation-like. Si les deux romans partent sur un isolement de la Terre, l’art et la manière de présenter le phénomène diffère totalement.

Le Spin. Une barrière déposée autour de notre planète, juste au-dessus de la stratosphère. Une barrière capable de projeter un soleil artificiel sur sa surface pour nous maintenir une illusion de monde vivant, mais dont l’extérieur nous deviendrait inaccessible. Un extérieur dont le temps serait accéléré à un point ahurissant.

« Words like anchors, tethering boats of memory that would otherwise be scuttled by the storm. »

« Spin » nous conte 30 ans d’un monde bouleversé, par les yeux d’une génération se sachant condamnée : des gens sachant qu’ils verront l’engloutissement par un soleil mourant. Une génération maudite, essayant de vivre avec plus ou moins de bonheur en attendant l’apocalypse.

Nous suivons cette histoire par les yeux de trois enfants du Spin ; par Tyler Dupree, en particulier. 30 ans de ses relations avec un Jason devenu obsédé par le Spin et une Diane tombée dans une mystique chrétienne extrémiste à tendance néo-hyppie.
Ce sont 30 ans d’un combat contre la fatalité, qui verra Tyler chercher à maintenir sa vie comme il peut, mais aussi [surtout ?], les tentatives de comprendre la barrière qui entoure le monde.

Je ne pourrai vous expliquer pourquoi [sous peine d’éventer le récit], mais là où Spin dépasse les autres productions signées Wilson, c’est par l’intelligence des idées. Lorsqu’on lit ce roman, on ne peut pas faire 10 pages sans s’arrêter et rester pantoi devant cette capacité, qu’on dirait inépuisable, à développer des idées : qu’elles concernent des spéculations géopolitiques, sociales ; des relations humaines, des descriptions ; qu’elle concerne aussi [et c’est sur ce dernier point que Wilson met notre ami Stross dans le vent] les idées technologiques ; ces concepts mis en œuvre pour contrer la fin du monde.


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« Everybody falls, and we all land somewhere. »

Si vous aimez le style Wilson. Si vous avez apprécié sa production, vous pouvez d’ors et déjà vous préparer à lire Spin.

L’auteur nous montre une fois de plus sa capacité à gérer des histoires depuis des subjectivités humaines, avec tout ce que ça comporte en banalité apparente. Le public qui sera resté froid face aux Chronoliths cherchera certainement l’intérêt de cette nouvelle œuvre.
À titre personnel, j’ai choisi mon camp : Wilson vous laisse sur le carreau ; époustouflé par une telle démonstration d’intelligence. Smart, they’d say.