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Publié le 10/04/2010

Stalker
ou Pique-nique au bord du chemin

de Arkadi et Boris Strougatski

[Piknik na obotchine, 1972]

ÉD. DENOËL / LUNES D’ENCRE, MARS 2010

Par Soleil vert

Un peu plus de vingt ans après la catastrophe, les touristes affluent à Tchernobyl. À côté des circuits visitant les rues et les habitations fantômes de la ville de Pripiat, des guides proposent des excursions individuelles, non loin de la zone contaminée. On appelle ces hommes des « stalkers », c’est-à-dire des traqueurs d’objets, un surnom attribué aussi aux fameux liquidateurs, des russes qui jouèrent les pompiers de la mort dans la centrale en feu. Au cœur de cette mythologie, ancrée comme une des grandes tragédies du XXe siècle, un texte de science-fiction publié en revue par A&B Strougatski en 1972 et réédité aujourd’hui en France chez Denoël / Lunes d’encre. À y regarder de plus près Stalker n’est pas Tchernobyl, mais pourrait l’être…


Redrick Shouhart travaille comme laborantin à l’institut international des cultures extra-terrestres de la ville de Harmont. En échange de quelques billets rapidement liquidés en beuveries frénétiques, il explore et ramène des objets étranges issus de la Zone.
La Zone est l’une des six aires d’atterrissages connues d’extra-terrestres débarqués et repartis en toute discrétion, mais abandonnant tout de même quelques restes à la curiosité humaine. Un trafic officiel, et officieux, s’organise autour de la capture des reliefs de ce pique-nique sidéral. Trafic non sans danger, car les objets en question dont la nature et le fonctionnement échappent à l’entendement humain, gisent dans des territoires dangereux défiant les lois de la physique.

Avec un découpage chronologique en quatre longs chapitres, les frères Strougatski bâtissent un récit autour du personnage de Redrick Shouhart. Pour lui et ses semblables, les stalkers, la Zone constitue le seul moyen d’existence, en même temps qu’une addiction destructrice. Le texte suit d’ailleurs une progression dramatique dans lequel le stalker, à l’image de Aguirre, héros du film de Werner Herzog, poursuit un eldorado symbolisé par un objet mythique, la Boule d’or, alors même que son univers personnel s’effondre.

Le premier chapitre écrit dans un style âpre et rapide, à la première personne, donne le ton du roman. Il relate une incursion dans la Zone façon Le Salaire de la peur, matière aussi à pénétrer l’univers mental de Shouhart, personnage fruste, déterminé et révolté. Plus nerveux que le précédent opus des frères Strougatski Il est difficile d’être un dieu, Stalker présente néanmoins quelques similitudes avec ce roman. On retrouve en premier lieu les thèmes de l’immersion et de l’incommunicabilité avec les extra-terrestres, présents également dans les ouvrages de Stanislaw Lem.

Ensuite la narration science-fictionnesque débouche sur une réflexion sur la condition humaine d’une rare noirceur digne d’un ouvrage de Thomas Disch. Elle culmine au cours d’une scène centrale entre Pilman le scientifique et Nounane, représentant d’une firme électronique, comme en écho à la discussion entre Boudakh et Arata du roman précédemment cité. Quelles étaient les motivations des Visiteurs ? Nous n’en saurons rien, puisque la vocation de l’Homme n’est pas de comprendre, mais de s’adapter, ou pire de parasiter comme des fourmis dévorant les restes d’un pique-nique.

Outre cette scène, la visite de Nounane à la famille de Shouhart confère au chapitre 3 une exceptionnelle force dramatique à laquelle succède dans le chapitre suivant un final étourdissant, comme en boucle avec le début du roman.

Roman d’invasion extra-terrestre qui n’en est pas un, ou de catastrophe écologique, Stalker déjoue tous les poncifs de la science-fiction.


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Mythologie tchernobilienne ou pas, bâti comme un polar et d’une grande force dramatique, cet ouvrage vaut son pesant de Solaris.
« Du bonheur pour tout le monde, gratuitement, et que personne ne reparte lésé ! »