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Publié le 01/03/2007

« StarWarsTM, La guerre de l’essaim - Nid obscur III » de Troy DENNING

ED. FLEUVE NOIR

Par Ubik

Chroniquer Star WarsTM semble sans doute incongru aux yeux du public élitiste et cryptocommuniste - quant il n’invoque pas les mânes CGTiste de Henri Krazuki - qui fréquente le Cafard Cosmique. Que celui-ci soit rassuré immédiatement. L’auteur de ses lignes n’a pas encore basculé du côté obscur de la Farce. Tout au plus nourrit-il encore une passion occulte et régressive pour la trilogie historique qui a bercée - pas trop près du mur quand même - son enfance. Il n’est donc pas question de succomber à une vile propagande mercantile dans le but inavoué d’abrutir davantage le lumpenprolétariat. Il est encore moins question de se vendre au grand Capital [mais j’accepte néanmoins l’argent liquide]. Non ! Le but de cette chronique est de rendre hommage à une profession méconnue et pourtant très utile au lecteur français, paresseux et râleur par nature ; une profession capitale pour transposer dans la langue de Molière toute la finesse de la langue de Shakespeare. Oeuvrons donc au rétablissement de la Vérité.


Si Patrick IMBERT est un inconnu pour beaucoup, Star WarsTM est incontestablement beaucoup plus célèbre. En fait la série lucasienne, cette forteresse [noire] déclinée ad nauseam sur tous les supports imaginables mais fort heureusement pas encore en suppositoires, me paraît être l’exemple idéal pour évoquer ces damnés de l’édition, ces soutiers de la V.O. que sont les traducteurs. En effet je vous le demande, qui mieux qu’un traducteur motivé, que dis-je, dévoué à la beauté de son art et dur à la peine, peut accomplir le miracle de rendre intelligible au lecteur francophone crasseux et ignorant, les subtilités de l’émulsion lucasienne. Aussi rendons visible l’invisible, audible l’inaudible et dévoilons sans pudeur l’ineffable.

1] Le traducteur connaît parfaitement son sujet.

Lorsque le jeune padawan Patrick IMBERTTM s’est vu confier la traduction d’une partie du grand Œuvre lucasien, on peut supposer que son cœur s’est gonflé d’orgueil à l’idée de faire la démonstration de son apprentissage. Tout ceci demeure de l’ordre de l’imagination bien sûr. Néanmoins la lecture attentive de « La guerre de l’Essaim », troisième et dernier volet du sous-cycle « Nid obscur », nous donne des preuves indéniables de son investissement personnel et met en évidence sa connaissance poussée de l’univers Star WarsTM. En effet le fandom est impitoyable. Combien de traducteurs ont été voués aux gémonies pour n’avoir pas respecter la virginité d’un texte. Combien ont été poussé à boire pour oublier les moqueries. Que le fan se calme. L’esprit et la lettre ne sont pas trahis ici. On ne peut qu’admirer le savoir encyclopédique et le mimétisme naturel du traducteur qui lui a permis de se fondre dans le moule préformé de la saga intersidérale. Il y jongle ainsi sans s’égarer avec les innombrables xéno-races qui hantent les couloirs de l’hyperespace et il a fort à faire pour ne pas être troublé par les insectoïdes, les pseudo-crustacés, l’unique ichtyoïde - le trouverez-vous d’ailleurs dans ses lignes - et les rares mammifères qui animent le récit épiqueTM et machiavéliqueTM. 

De la même façon, Patrick, s’il veut bien me laisser l’honneur de l’appeler par son prénom, se joue de la technologie XXL qui abonde une fois de plus dans ce roman.
Turbolaser, charges Vapes, magcanon, taser, droïd de combat YVH, rien ne résiste à sa sagacité et son travail témoigne également de sa familiarité avec les concepts complexes qui sous-tendent la série, méconnaissance que ne lui auraient pas pardonné les ayatollahs du culte lucasien. « Il est parfois plus malin de frapper en premier, surtout si votre ennemi tripote un détonateur thermique. » Oui, cela est plus malin, à l’instar de « un tien vaut mieux que deux tu l’auras ». La difficulté résidait à le restituer sans en déformer la teneur profonde, comme il était malaisé aussi de décliner fidèlement et sans répétition toutes les nuances du credo Jedi qui, je le rappelle aux dilettantes qui auraient cliqué par mégarde sur cette page, se doit d’écarter le doute et la peur dans son affrontement éternel contre l’obscurité et le Chaos. Sur ce point, le parallèle avec le travail de traducteur s’impose. Oui, Patrick est notre champion éternel !
Pourtant son talent ne s’arrête pas là.

Sa connaissance de la psychologie intime des personnages, par exemple les époux Solo, non seulement force le respect, mais par ailleurs lui permet de restituer avec fluidité et sincérité leurs échanges savoureux : « ... ça craindrait vraiment si nous dévoilions tout, termina Yan.
- C’est ce que j’aime en toi.
- Tu veux dire, à part ma beauté et ma fortune ? demanda Yan.
Leia secoua la tête.
- Plein de ressources... bien qu’un peu vieux.
Elle lui lança un sourire mièvre et une petite contraction entre ses omoplates lui indiqua que son déguisement Falleen réagissait à son expression en sécrétant une bonne dose de phéromones. Une étincelle de désir illumina immédiatement les yeux de Yan. Il regarda le Swiff.
- Doucement, mon garçon, calme-toi, ricana Leia. Plus tard.
- Ok.
Même sous son déguisement Arkanien, Yan avait l’air déçu. Tu garderas ton costume ? »

Tout est dit sans en rajouter et même le plus ignare aura reconnu l’ironie et la totale complicité des deux personnages de la saga. Chapeau bas Patrick !

2] Le traducteur respecte son sujet.

Evidemment la tentation est grande de se moquer. Nous les entendons déjà se gausser les tièdes infatués de mépris. Remercions Patrick de ne pas abonder dans leur sens par mollesse. Au contraire, louons son abnégation car c’est avec le plus grand sérieux qu’il retranscrit les borborygmes étranges si doux à l’oreille du fan :
« Le fragile Wuluw qui servait d’assistant de communication à jaina la rejoignit.
Buur u rururubu bub rru, transmit-il. Ruur uur rr uu.
Dis aux Rekkers de se disperser, ordonna-t-elle, même s’ils sont capables de sauter d’un bond sur ces piles, ce n’est pas le moment de charger. »

Et tout cela pendant des chapitres entiers.
C’est avec une insatiable imagination qu’il transpose les délicieuses onomatopées qui rendent si crédibles les scènes d’action :
« Le bip s’effaça du scanner. Un léger plouf s’éleva de la rivière, juste avant l’énorme woouuuf d’une explosion sous-marine. »
Ce qui est tout de même plus parlant qu’une longue description monotone dont nous gratifient certains auteurs immatures et abscons.. C’est le sourire aux lèvres qu’il retranscrit les saillies drolatiques qui égaient les dialogues.
« Vous êtes un imbécile si vous placez votre confiance en Jacen, cracha Tesar. C’est un vrai Shenbit dans une peau de serpent. »
Il teste même, sans condescendance évidemment, la mémoire du lecteur en glissant volontairement les erreurs des traducteurs de la trilogie cinématographique originelle. Ainsi C-3PO redevient dans le même chapitre Z6-PO et Yan est ramené, le temps d’un clin d’œil, à son identité première de Han. Bel hommage pour l’œuvre en vérité et bref rappel des progrès continu de la traduction dans l’Hexagone.


Arrivé au terme de cette longue chronique, on est donc admiratif devant le dévouement de Patrick ImbertTM qui demeure bien la seule raison de lire ce roman jusqu’à son happy-end temporaire. Accessoirement, je me rends compte qu’emporté par la fougue de ma démonstration, j’ai omis de dire un mot de l’histoire de cette guerre de l’Essaim. Faute avouée à moitié pardonnée comme on dit. Cependant si quelques esprits chagrins me reprochent mon laxisme, voire un quelconque copinage de circonstance ; foutre ! Qu’ils lisent eux-mêmes cette daube cosmique franchisée.