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Avec La Cité Nymphale, troisième et dernier volet de la trilogie Chromozone, l’écrivain Stéphane BEAUVERGER met la touche finale au portrait très noir d’une société gérée - et en l’occurrence, débordée - par des phéromones artificielles. Une saga s’échelonnant sur plusieurs années à l’originalité certaine, dont le dernier volume paraît accompagné d’un CD produit par le mythique duo français d’ambiant-dub industriel HINT, illustrant cet univers biotechnologique incontrôlable. Un cycle qui risque bien de faire date dans l’histoire de la science-fiction contemporaine.


Votre trilogie se passe dans le futur, mais il s’agit d’un futur très proche, presque demain. Est-ce encore de la science-fiction ?

S.B. : Je n’ai jamais considéré que la science-fiction devait forcément se passer dans un futur lointain... Ni même dans le futur tout court. Dans le cas de ma trilogie où je pose le postulat de la "phérommunication" [la communication par phéromones] on peut considérer que c’est une œuvre de science-fiction, de prospective biologique, de fuite en avant, ou de social-fiction. J’aime bien ce mot, formulé un jour par une lectrice. Pour autant, je considère que j’écris des histoires, tout simplement. Libre à chacun d’y coller l’étiquette qu’il préfère. Et il ne faut pas s’y tromper : sous couvert de défricher des futurs improbables, les auteurs de S.-F. parlent énormément du monde qui les entoure.

Malgré l’omniprésence des sciences du vivant, la SF continue de ce pencher sur l’aspect presque uniquement mécaniste de la science, vous êtes quasiment le seul à vous intéresser aux biotechnologies. Comment expliquez-vous ça ?

S.B. : Je suis sûr que si on cherchait bien, on en trouverait d’autres. La nanotechnologie, cette ingénierie de l’infiniment petit, a déjà interpellé de nombreux auteurs. Pendant la Guerre froide, l’Occident vivait avec la menace de la science de l’atome. Désormais, si celles-ci sont encore plus ou moins présentes, il y a aussi la question de l’altération génétique planifiée de l’espèce qui approche à grand pas. Le danger vient de l’intérieur. La bioéthique est au cœur du débat de l’avenir humain.

Quand j’ai travaillé sur cette "trilogie du virus", j’avais envie de faire un pied de nez à tous ces grands débats fondamentaux. Dans mon histoire, ce sont de sinistres et dérisoires motivations économiques qui rendent l’espèce humaine perméable à un virus redoutable. La pandémie qui se faufile par le petit bout de la lorgnette capitaliste. Je pense hélas que c’est terriblement crédible.

Qu’est-ce qui vous a plut dans l’idée de contamination, présente à tous les niveaux de la trilogie ?

S.B. : La nature profondément insidieuse du phénomène. Le virus Chromozone exacerbe les pulsions des individus infectés. Dès lors, quand la colère le saisit, qui peut dire si c’est une expression légitime de son système émotionnel où l’influence du virus ? Comment gérer votre quotidien, quand vous ignorez si vos émotions sont les vôtres ? Un de mes personnages essaie de décrire le cauchemar de cette perméabilité de sa conscience aux pensées des autres : "Tu commences à douter de tout. Est-ce bien toi qui a émis le souhait de voir la mer ? As-tu vraiment eu envie de boire ce vin d’Alsace au dîner ? Veux-tu réellement te jeter par la fenêtre ?" C’est une mise en abîme de la notion d’identité. Je trouve ça terrifiant. Pas de monstres. Pas de signes extérieurs d‘infection. Juste soi et la paranoïa.

Pensez-vous comme certains théoriciens de la cyberculture, qu’un jour le logiciel pourrais s’unir à la chair ?

S.B. : Disons que ça me semble envisageable. La puce sous-cutanée est déjà une réalité, même si ce n’est qu’un prototype. Une fois qu’un principe scientifique est découvert et appliqué, tout n’est plus qu’une question de temps. C’est peut-être pourquoi la question de la bioéthique est si brûlante : même balbutiante, la technologie de l’ingénierie génétique est là. Ce n’est pas une question de "si", c’est une question de "quand"... Et donc de "comment". Pour autant, je ne crois plus à l’esthétique flamboyante du courant "cyberpunk". Si le logiciel doit s‘unir à la viande, ce ne sera pas pour être à la mode et frimer en boîte. Ce sera pour des motivations nettement plus sinistres.

Pouvez-vous nous parlez de votre collaboration avec le mythique groupe HINT ?

S.B. : Depuis dix ans, voulais être décisionnaire sur l’illustration musicale d’un projet. Et je savais que j’imposerais HINT. Je consomme beaucoup de musique, issue de genres très différents. Quand j’ai entendu HINT, je me suis fait retourner la cervelle et les nerfs. Voilà ce que je voulais entendre depuis longtemps. L’aboutissement de choses que j’avais déjà croisé chez les Young Gods et que je retrouve chez Tool aujourd’hui. Un malstrom sonore ultra-violent et pourtant terriblement pensé et audible. De la poésie radicale au scalpel. Une agressivité raisonnée, résonnante. Quand Mathias ECHENAY, fondateur de La Volte, m’a proposé d’associer une "bande originale au livre", seul leur nom s’imposait. Arnaud et Hervé [fondateur du duo, NDA] avaient laissé ce projet en état de cryogénie. J’ai donc fait quelques recherches pour retrouver leur trace et réveiller leur golem sonique. Nous nous sommes rencontrés pour en discuter, puis ils ont eu carte blanche. C’est l’accomplissement d’un vieux rêve. Des chapitres entiers de "Chromozone" ont été écrits en écoutant leurs morceaux. Je suis plutôt fier de modestement participer à la [re]diffusion de leur musique et de leur talent.


Propos recueillis par Maxence Grugier - OCT. 2006


Max