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Publié le 15/09/2006

Substance Mort de Philp K. Dick

[« A Scanner Darkly », 1977]

REED. FOLIO SF, 2006

Par Mr.C

Plongée cauchemardesque dans le milieu des drogués. Jerry, qui cherche en vain par tous les moyens, à se débarrasser des insectes qui vivent dans sa tête et qu’il est le seul à voir. Barris, l’érudit dingo dont la logique implacable confine à la folie. Bob Arctor, qui en réalité est un flic infiltré, sauf que nul ne le sait - et que lui-même en doute.

Considéré par certains comme LE chef-d’oeuvre de Philip K. DICK.


« For now we see through a glass, darkly  »
Traduction : « Aujourd’hui nous voyons à travers un miroir, obscurément »
Première Epître au Corinthiens de Saint-Paul 13:12.


Fred est un flic de la brigade des stupéfiants. Pour faire tomber les dealers, il a inflitré le milieu des drogués. Dans le civil, il s’appelle Bob Arctor, vit dans un pavillon délabré aux allures de décharge publique où il héberge deux potes accros, Luckman et Barris, et consomme comme eux des plaquettes de Substance M.
Fred et Bob Arctor, une seule et même personne. Mais un être à deux faces, le flic et le drogué. Une schizophrénie latente qui va devenir obsessive et dangereuse lorsque le supérieur de Fred aux Stups lui donne pour mission de surveiller de très près... Bob Arctor.
Si Substance Mort est parfois considéré comme LE chef-d’oeuvre de Philip K. Dick c’est pour une raison bien simple : c’est le plus autobiographique de ces romans. Dans les années 60 et 70, Dick a fréquenté de très près les drogués, et fait partie des leurs. En 77, après un séjour en désintoxication, il décide avec ce roman de délivrer sa vérité sur les ravages de la drogue. La peur paranoïaque qui naît au coeur du roman, c’est la sienne, celle de toutes les victimes de la came.

Inscrit dans une oeuvre dont la paranoïa est un des traits majeurs, « Substance Mort » apporte l’épaisseur du vécu : cette réalité qui s’effondre pour laisser place à des cauchemars plus réels que la réalité, ce sont les hallucinations du camé en manque. La schizophrénie du camé qui ne sait plus où il en est, c’est le dédoublement de personnalité de Fred/Bob Arctor.

L’autre thème récurrent de Dick, c’est le glissement de réalité. « Substance Mort » est le royaume de l’hallucination : rien ni personne n’est celui que l’on croit. Une nuit, Bob croit voir dans son lit Danna, alors qu’il a couché avec Connie. Mais voici que les traits de Danna s’estompent... et c’est bien Connie qui est allongée à ses côtés. Les caméras espions de Fred renvoient étrangement le même flottement de réalité. Qui croire ?

Bob Arctor-le-junkie est Fred-le-flic qui cherche à coincer Bob-Arctor-le-junkie, une boucle sans fin qui rend dingue. Fred ne sait plus qui il est. Il ne sait plus qu’il est Bob. Il le surveille et le soupçonne. Bob, de son côté, se sent épié... mais par qui ?

Idée de génie : le complet-brouillé que porte les infiltrés des Stups lorsqu’ils font leur rapport à leur supérieur ; il couvre visage et corps pour leur subsituter une mosaïque de visages et de tenue modifiée en permanence. Quelle trouvaille pour décrire l’évanouissement d’une identité...

DICK parle des drogués avec une tendresse infinie et son roman sait mieux que beaucoup d’autres dirent leur prison mentale. Bob, Barris et Luckman tournent en boucle autour de leurs peurs [peur d’être arrêté, peur de manquer, peur de voir sa réserve volée par un autre] et leur dialogues sont parfois très drôles à force d’explorer les limites de l’absurde - du coup, ils en deviennent parfois terrifiants.

La fin du roman, une méchante claque, est aussi parmi les plus touchantes que l’on ait pu lire sous la plume de l’auteur. Elle précède une note qui clôt le livre sur un hommage rendu par Dick à ses amis, bien réels, victimes de la drogue.


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Substance Mort n’est pas vraiment un roman de SF, mais c’est le seul roman de Dick qui soit écrit avec les tripes, le seul dont les personnages soient tous décalqués sur des personnages ayant existés, le seul enfin à donner une existence palpables aux paniques paranoïaques qui agitent son oeuvre.

Un grand bouquin, à comparer chez Dick, avec Le Dieu venu du Centaure, autre déclinaison, franchement SF celle-là, du thème de la drogue et du glissement de réalité. A comparer également avec Fight Club de Chuck Palahniuk, qui en reprend de très nombreux aspects.