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Publié le 15/05/2008

Sur la ligne noire de Joe R. Lansdale

[A fine dark line, 2003]

ED. DU ROCHER, 2006 - RÉÉD. FOLIO POLICIER, AVRIL 2008

Par Tallis

Du haut de ses treize ans, Stanley Mitchel reste encore bien ignorant de la complexité et des perversités de l’existence. Les vacances d’été, en plein cœur de son Texas natal, font brusquement basculer le gamin dans le monde des adultes et l’initient à bien des secrets.
Au cœur de cette révolution, un paquet de vieilles lettres d’amour découvertes au cours d’un jeu par son chien Nub. Des lettres écrites des années plus tôt par une jeune fille de quinze ans, Margret, découverte sauvagement assassinée au cours d’une nuit tragique dans la ville de Dewmont.
Le jeune Stanley et sa grande sœur Callie se mettent alors en tête de résoudre ce crime et déclenchent bien malgré eux une cascade d’événements sanglants.


Écrit trois ans après, Sur la ligne noire se situe dans la droite lignée des Marécages. Lansdale reprend en effet le thème du récit initiatique et place au centre de son intrigue une famille soudée dans le danger et l’adversité, au cœur d’un Texas rural confronté au racisme.
L’auteur évite toutefois l’écueil de l’auto-remake ou de la parodie en parvenant à donner une identité propre à son roman. Il place clairement son histoire sous le patronage de deux grands aînés : Stevenson (le gamin tout excité à la découverte de son trésor se projette dans la peau du jeune héros de l’Île au trésor) et Mark Twain (l’amitié qui se noue entre Stanley et Buster le vieux projectionniste noir est à ce titre un hommage évident à Huckleberry Finn).
Il évacue également toute atmosphère fantastique, privilégiant ici la reconstitution soignée d’une époque et la dissection de la cellule familiale.
En effet, au-delà de la famille Mitchel, chacun des personnages-clé du roman se heurte à des conflits ou des choix familiaux liés à l’époque et au poids des conventions sociales. Et les réponses qu’ils y apportent influent d’une manière ou d’une autre sur le cours des événements.

Lansdale orchestre le tout de main de maître, menant son récit avec l’efficacité et l’élégance qui lui sont propres. Il parvient à croquer en quelques traits des personnages qui gagnent en complexité au fil du récit, où les femmes ont la part belle. On lui reprochera seulement une sympathie trop marquée pour sa famille de héros qui, du coup, apparaît parfois bien progressiste pour une époque encore très ancrée dans le racisme et les traditions.
Mais là encore, l’art de la narration de l’auteur fait mouche : au moment où un manichéisme de mauvais aloi semble poindre, l’histoire se voit secouée par des bouffées de violence sèche parfaitement inattendues qui remettent en question les certitudes de tous (lecteur compris). Le dénouement lui-même se plaît à laisser dans l’ombre un certain nombre de réponses, parachevant le tout d’un parfum de réalisme extrêmement pertinent.


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Au final, Sur la ligne noire apparaît nettement comme le petit frère des Marécages. Un petit frère aux airs de famille indéniables, certes, mais avec une personnalité et un caractère bien à lui. Et qui, décidément, n’a rien à envier à son prestigieux aîné.