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Publié le 15/11/2009

Tape-cul de Joe. R. Lansdale

[Rumble Tumble, 1998]

ÉD. GALLIMARD / SÉRIE NOIRE, MAI 2004 – RÉÉD. FOLIO POLICIER, SEPT. 2009

Par Arkady Knight

Série fétiche de Joe R. Lansdale et locomotive de ses parutions françaises, les aventures de Hap Collins & Leonard Pine sont désormais raisonnablement accessibles en poche ; l’occasion de dire tout le bien que l’on pense de cette saga et de son auteur.


Joe R. Lansdale n’est pas un inconnu des littératures de genre. Influencé à la fois par son amour des drive-in et par les valeurs d’une littérature plus traditionnelle (Hemingway, Faulkner, Fitzgerald…), il a produit, depuis une petite trentaine d’années, un beau paquet de récits horrifiques et polardeux, étranges et déjantés. Si ses apparitions traduites dans le genre fantastique ont principalement convaincu dans le registre des nouvelles, c’est dans le roman noir, tendance polar mystérieux au fin fond du Texas, que Lansdale a définitivement conquis son public français. Ainsi, dans le sillage de la série des Hap Collins & Leonard Pine, de nombreuses œuvres similaires, plus ou moins datées, se sont succédées, desquelles on retiendra Les Marécages comme la plus aboutie de l’écrivain (mais peut-être pas la plus accessible).

La série Hap Collins & Leonard Pine a bénéficié d’une publication française assez chaotique. Le tome 1 Savage Season (1990) n’est pas traduit. Les tomes 2 à 5 L’Arbre à Bouteilles, Le Mambo des deux ours, Bad Chili et Tape-cul (1998) sont parus chez « Folio Policier » dans le désordre. Le tome 7 Tsunami mexicain est disponible uniquement en grand format en Série Noire, tandis que les tomes 6 et 8 (2009) sont encore dans les tiroirs. Peu importe aujourd’hui, puisque le lecteur français peut désormais aligner les tomes 2 à 5 à la suite. Mieux, il peut ajouter en guise de préquelle Un juillet de sang, (1989), écrit dans la même veine (le narrateur est une déclinaison de Hap Collins) et où intervient l’un des personnages secondaires les plus savoureux de la série, le détective Jim Bob Luke, un croisement entre Sam Spade et le Big Lebowsky.

Cette série de Lansdale met donc en scène Hap Collins et Leonard Pine, deux low-class texans, régulièrement empêtrés dans des embrouilles à tiroirs – embrouilles solutionnées par leur méthode préférée : la bagarre. Pour Hap et Leonard, entre affronter un serial killer pédophile, le Ku Klux Klan, le roi du chili con carne, des bikers nazis et des écureuils enragés, tout n’est après tout qu’une question de mesure. S’ils se sortent plutôt bien de ces péripéties, côté vie privée, c’est la galère : entre périodes sans le sou, déboires amoureux, tornades dévastatrices, fugue du tatou domestique et problèmes de voisinage, Hap et Leonard ont de plus en plus de mal à trouver la bonne mesure.

Deux gros points forts boostent la série : l’humour et l’action.
Si les scènes d’action sont l’apanage du genre, elles se révèlent fréquemment brouillonnes et guère crédibles une fois mises à plat. Lansdale est spécialiste d’arts martiaux, au point d’avoir créé sa propre technique d’auto-défense, et ça se voit. Ces scènes d’actions font mouche et leur réalisme accentue l’immersion du lecteur, générant ainsi une véritable dynamique de la baston. Jamais gratuites, elles servent soit de déclencheur soit de repositionnement des personnages – les relations des protagonistes s’établissant dans leur façon de se battre, trouvant dans la bagarre une mesure compensatoire de réussite sociale.
Niveau humour, Joe R. Lansdale excelle aussi bien dans les dialogues que dans les situations, souvent rocambolesques, mais incroyablement sensées. L’humour étant une notion subjective, on ne peut qu’encourager le lecteur à se faire une idée par lui-même. Mais ici, on n’a jamais rien lu d’aussi drôle depuis La Bible.

Au vu des deux points suscités, forcément les pages défilent vite et le lecteur en redemande. Seul le tome 2, L’Arbre à bouteilles, ne fonctionne pas totalement, l’intrigue n’impliquant pas personnellement Hap et Leonard ; cependant dès les tomes suivants, l’intrigue concerne leurs proches et devient plus prenante, plus homogène.
La dissolution de la frontière entre la grande intrigue et la vie privée de Hap et Leonard permet à Joe R. Lansdale de conférer une teinte intimiste à son roman. On retrouve alors dans les galères de Hap et Leonard la dualité de son œuvre, une dualité évoquant celle de la veine noire des films des frères Cohen.
Si l’aventure centrale (le thriller mystérieux halluciné) découle de la passion de Lansdale pour le genre, le quotidien de son narrateur Hap Collins dérive de la littérature sociale, à tendance noire – même si l’humour est de rigueur, l’ambiance générale est plutôt au pessimisme. Les thèmes humanistes et moraux traditionnels (misère, problèmes raciaux, homosexualité) sont abordés sans tabou, au travers du prisme franc et droit de Hap Collins.


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Tour à tour hilarante et tragique, foisonnante de personnages secondaires croustillants et pathétiques, blindée d’humour, de bagarres, de mystères et de considérations de quarantenaires sur la vie, la mort et les travers de leur temps, la série des enquêtes policières intimistes barrées noires de Hap Collins & Leonard Pine s’inscrit d’ores et déjà dans les classiques du genre. C’est dans le maintien de cet équilibre précaire entre le rire et l’émotion que Lansdale nous interpelle et, à la fin de chacun de ses textes, nous touche.
La vie c’est pas drôle, mais racontée par Joe R. Lansdale, on s’y fait.