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Publié le 02/06/2007

« Téméraire, les Dragons de Sa Majesté » de Naomi NOVIK

[« Temeraire, His Majesty’s Dragon », 2005]

ED. LE PRE AUX CLERCS, AVRIL 2007

Par eleanore-clo

Ce roman de fantasy uchronique arrive en France précédé d’un petit buzz non négligeable : succès critique et populaire, « Téméraire » a déjà connu deux suites chez les anglo-saxons, et un troisième volume doit sortir à l’automne 2007.
Et puis surtout, surtout, Peter-Lord-Of-the-Ring-JACKSON himself a acheté les droits cinéma, ce qui, allez savoir pourquoi, a sonné aux oreilles du fandom comme un gage de qualité : si Peter JACKSON a aimé, ça doit être trop super...
L’ennui, c’est qu’il y a un malentendu...


Les romans de Fantasy historique sont à la mode. On se remet à peine du pavé de Susanna CLARKE, « Jonathan Strange et Mr.Norell », qui mettait en scène des combats de magie à l’époque victorienne. Naomi NOVIK a eu l’idée amusante d’ajouter une dimension « bataille aérienne » au conflit qui opposa Napoléon à la Perfide Albion : elle a imaginé des bataillons de dragons volants militarisés... belle idée qui accouche, hélas, d’un roman insipide en bonne position pour le Prix du Navet Cosmique 2007.

L’intrigue commence sur l’Atlantique : un vaisseau de guerre britannique, digne membre de la flotte de l’amiral Nelson, vient de triompher des infâmes mangeurs de grenouilles après une bataille navale. Or les cales du navire français recèlent un trésor : un œuf de dragon.
L’œuf éclôt en pleine mer et le dragonnet se prend d’affection pour le capitaine anglais, William Laurence. Après quelques hésitations, bien compréhensibles car la carrière de marin est incompatible avec celle de pilote de dragon [mais que fait la DRH ?], le jeune homme choisit d’éduquer la petite bête qu’il baptise Téméraire. La suite du roman conte l’irrésistible ascension de Laurence et de Téméraire dans la confrérie des aviateurs, et leur touchante amitié...

L’ennui c’est que « Téméraire » est un roman quasiment transparent : rien n’y prend corps, rien n’y possède d’épaisseur, ni les personnages, ni l’intrigue, ni l’époque... rien.

Détaillons : la psychologie des personnages est sommaire et la lecture des dialogues amène à se convaincre que leur Quotient Intellectuel plafonne à 80.
Les dragons n’ont aucune crédibilité. Chacune de leurs interventions [car oui, ils parlent, et ils parlent trop] sont creuses ou ridicules. Sans compter qu’ils causent un anglais châtié dès leur sortie de l’oeuf, ce que même les Studios Walt Disney n’aurait pas osé imaginé du temp de « Peter et Elliot ».
En revanche, Naomi NOVIK nous gratifie de descriptions interminables sur... leur sieste et surtout leur repas : après 340 pages, le lecteur en apprend beaucoup plus sur le régime alimentaire de Téméraire et de ses congénères que sur les héros d’une oeuvre que l’on peut finalement qualifier d’alimentaire !
La seule idée originale tient au parallèle établi entre les dragons et les bateaux : le pilotage d’un saurien de plusieurs tonnes nécessite un équipage étoffé, attentif à la manœuvre, sous le commandement d’un capitaine expérimenté. Mais on pourra s’étonner du fait qu’une bonne demi-douzaine d’équipiers prennent place sur la bestiole... la vraisemblance des proportions ne perturbe manifestement pas l’écrivain.

Quant aux méchants, ils manquent sérieusement de méchanceté, leur principal crime consistant à ne pas bien s’occuper de leurs dragons voire à les entraîner dans des tâches crapuleuses qui ne manqueront pas de salir l’âme délicate de ses petites bêtes. Le cas de Lord Rankin illustre parfaitement la critique sociale selon Novik puisque ce rejeton d’une grande famille sera jugé non à l’aulne de son outrecuidance et de sa fatuité mais pour ne pas avoir suffisamment aimé son saurien. Brigitte Bardot, au secours, un dragon maltraité !

Même l’époque Napoléonienne, qui pourtant offrait un decorum potentiellement riche, n’est que survolée. Rien n’évoque l’architecture, les uniformes, les rapports sociaux ou politiques...bref, tout ce qui fait un bon roman « historique ».


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Alors comment expliquer que « Téméraire » soit nommé pour les Hugo et les Locus 2007 ? Comment expliquer cette rumeur qui attribue à un roman des qualités littéraires qu’il n’a pas ? Un malentendu ? L’envie de surfer sur une [potentielle] réussite commerciale ?

Pour notre part, nous ne conseillerons ce bien palot « Téméraire » qu’à un très jeune lectorat, et encore pas trop exigeant. Et s’il s’agit de dragons, nous orienterons le lecteur vers l’œuvre d’Ursula Le GUIN, vu que « Téméraire », c’est un peu « Terremer » pour les moins de 10 ans.