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Publié le 26/06/2002

Téranésie de Greg Egan

[Teranesia, 2000]

ED. ROBERT LAFFONT / A&D, NOV.2001 - REED. LIVRE DE POCHE, FEV. 2006

Par Dr.Ergodique

Des espèces nouvelles d’oiseaux, d’insectes et même de plantes sont apparues dans des îles de l’archipel indonésien. Des espèces qui semblent avoir échappé aux règles de l’Evolution telle qu’on les connait depuis Darwin.
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Prabir et sa soeur Madhusree, exilés au Canada retournent dans cette région où leurs parents étudiaient, déjà 20 ans plus tôt, d’étranges papillons aux formes inconnues.

Un voyage difficile pour l’un comme pour l’autre car leurs parents sont morts là-bas... et les mystérieuses espèces déviantes pourraient cacher un danger beaucoup plus grave...


Disons le d’entrée : on est déçu.
Depuis La Cité des permutants on considérait Greg Egan comme l’un des meilleurs, l’un des rares capables de synthétiser projection scientifique, imagination et aventure humaine.

Or Téranésie est un petit roman [assez court d’ailleurs] dont l’intrigue sans grande ambition mêle hypothèses hasardeuses sur l’évolution génétique [quand on arrive à suivre...] et étude psychologique ultra-cliché sur le personnage de Prabir, frère-protecteur embourbé dans ces complexes de culpabilité vis à vis de sa soeur.

L’histoire se passe en grande partie sur des îles indonésiennes dans lesquelles la faune a subi d’étranges mutations. Le caractère étrange de ces mutations provient a) de leur radicalité et b) de leur cohérence sur l’ensemble de la faune. Par exemple, une plante carnivore a évolué en même temps qu’une sorte de cafard (non, pas cosmique), dont elle reprend en partie la forme afin d’attirer les oiseaux, et en même temps qu’une espèce de fourmi carnivore qui utilise le piège de la plante pour dévorer les oiseaux, la plante se contentant des restes...

Je ne m’appesantirai pas sur les personnages du roman, qui sont, soit dit en passant, si humains qu’ils en deviennent globalement tous plutôt antipathiques. Ni sur les descriptions de la vie future en Indonésie et dans le reste du monde. Tout me semble très pertinent ; Greg Egan maîtrise son sujet : c’est un grand auteur, n’en doutons plus jamais.

Par contre, n’en déplaise à ARN, je n’ai pas vraiment été convaincu par l’Idée Scientifique qui fait le roman, c’est à dire par ce que j’appellerai le "Facteur MutaGène" [FMG] pour ne pas en dévoiler trop.

Je trouve pour ma part qu’il manque une explication plausible de l’apparition de ce FMG. L’évolution, ça ne date pas d’hier, donc pourquoi le FMG est-il apparu dans ce futur si proche ? L’auteur aurait pu au moins faire des allusions à un mécanisme même improbable, par exemple une contamination par la noossphère.

Mais j’ai une autre théorie : j’ai l’impression que Greg Egan n’a pas osé aller au bout de sa logique à savoir que le FMG a existé auparavant et a agi par intermittence tout au long de l’histoire de la vie. Pourquoi ? parce que dans ce cas, il semblerait se joindre à la foule des crétins qui remettent en question la théorie de l’évolution et défendre un certain créationnisme ou plutôt une théorie type "dessein intelligent" car il ne désigne pas de créateur. Or Egan ne veut pas se mêler avec ces crétins. Et il le dit implicitement. C’est AMHA la raison d’être de cette grande digression qu’est la deuxième partie du roman, celle où Prabir est au Canada et découvre que le "Discours Trangressif" est considéré comme une discipline scientifique à la fac.

Pourtant, remettre en cause les théories scientifiques bien établies, c’est ce que font tous les plus grands chercheurs... mais dans certains cas, et surtout dans celui de la théorie de l’évolution, communiquer sur le sujet comporte des risques : c’est un euphémisme de dire que les promoteurs de l’obscurantisme font feu de tout bois. Ce sont peut-être ces scrupules qui ont empêché Egan d’aller jusqu’au bout de son Idée et qui donne un goût d’œuvre inaccomplie à Téranésie.


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Une idée qui n’est pas développée jusqu’à son terme. Une fin en forme de pirouette désinvolte qui laisse sans voix. Résultat : plein de frustrations pour le lecteur.

Non, y a pas à dire, ça nous embête bien - et l’œuvre de Greg Egan, par ailleurs, vole tout de même à quelques milliers de pieds de la moyenne de la SF mondiale - mais Téranésie, faut pas le lire.