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Publié le 06/02/2011

Terre sans Mal de Martin Lessard

ED. DENOËL, JANV. 2011

Par Ubik

Troisième roman proposé par Gilles Dumay et paru hors Lunes d’encre, Terre sans Mal impose d’emblée une rupture par rapport à ses prédécesseurs Depotte et Marguerite. Improbable crossover entre Le gendarme et les extraterrestres et Un indien dans la ville, mâtiné d’accent québécois, le livre de Martin Lessard donne mal aux côtes, c’est bien là le seul reproche que l’on puisse lui adresser. Car à l’instar d’une bouffée de gaz hilarant, Terre sans Mal rend heureux. Le lecteur succombe aux effets euphorisants d’un roman compensé carbone. Give Earth a Chance.
Un appel d’air bienvenu dont la brise vivifiante décoiffe déjà les vieux crabes du fandom hexagonal remuant encore dans leur casier.


Résumer l’argument de Terre sans Mal tient de l’exploit. Trouver les mots permettant de restituer l’ampleur du propos de Martin Lessard sans l’affaiblir confine à la gageure. Aussi se contentera-t-on de répéter le sous-titre : « Les extraterrestres arrivent. Ils ont un marché à proposer. » Simple, concis, efficace, en deux phrases tout est dit. Au moins le consommateur (on aura traduit de nous même) ne risque pas de se sentir floué par l’emballage, doté de surcroît d’un clair de terre chatoyant, façon omelette norvégienne périmée.

Adonc, les Pitinomverts débarquent sur Mars, colonisée par trois mille pionniers. La crème de la crème de l’intelligence humaine, à l’exception des fourbes Chinois. Ils se présentent sous le nom de Guides et dépêchent comme émissaire un jeune Amérindien, enlevé il y a plus de sept cent ans sur Terre.
Le marché proposé a le mérite de la clarté : « moi donner technologie avancée contre plein d’êtres humains. » Que le grand troc me croque ! Se dit aussitôt l’humanité blasée. Seule ombre au tableau : Les États-Unis.
Méprisant le suffrage populaire, le président de l’hyperpuissance souhaite imposer l’hégémonie de sa nation sur l’ensemble de la Terre et sur les bases lunaire et martienne. Évidemment, il voit dans la proposition des extraterrestres l’opportunité de se débarrasser des opposants politiques et autres agitateurs ne faisant rien que le gêner. On regrette juste qu’il ne soit pas Texan. Personnage retors et vulgaire, il n’agit pas seul. Il reçoit l’aide de Charlie Merkel, chef du projet Galaxy, autre intriguant avide de pouvoir, dont l’organisation sous couvert d’exploration spatiale, noyaute le milieu scientifique pour mieux le contrôler.

Comme on le voit, Martin Lessard manie les stéréotypes avec l’art consommé du jongleur d’enclumes. « Tu l’as vue ma grosse queue, hein ? Maintenant tu vas la sentir... » Voilà qui résume bien le point de vue, dépourvue d’angélisme (dixit la quatrième de couverture), de ces deux tristes sires.

Heureusement, l’Axe du Bien veille, prêt à s’insurger, au moins en paroles, criant jusque dans nos campagnes qu’on égorge nos fils et nos compagnes. Ennemie mortelle du président américain, la famille du magnat canadien des médias François-Guylain Bérubé lui livre depuis le début de son premier mandat une guerre sans merci. Reprenant le flambeau de la lutte, sa petite fille Nathalie sous-marine depuis longtemps dans la mouvance gauchiste, multipliant les manifestations non-violentes contre l’apprenti dictateur américain. Pas vraiment une Girl kicks Ass en somme. Mais l’arrivée des Pitinomverts change la donne.
Par ailleurs, le clan peut compter sur Lydia Numès, mère de Nathalie, dont la fidélité oscille entre Galaxy et la famille de son ex. Elle doit allégeance à Charlie Merkel, toutefois là, ça lui fait mal au cul.
Pendant ce temps, Kim Wong, chef de la base martienne KSR provoque la sécession. Devenus Cité Rouge, les sécessionnistes s’empressent d’appliquer un ambitieux programme utopique : du jumpfoot pour tous !

À la lecture de ce bref compte-rendu, les habituels blasés soupireront, regrettant le manque d’originalité de l’histoire. Ils se trompent ! Cet affrontement manichéen, digne d’un Tom Clancy écrit par Gérard de Villiers, s’enrichit d’un suspense haletant. On tourne les pages avec fébrilité attendant la réponse à la seule question qui importe finalement : quelle blague vasouillarde Martin Lessard va-t-il nous sortir de son coffre à malices ?
De même, à l’instar du temps, le sense of wonder suspend son vol au-dessus d’un nid de coucous de Midwich durant toute la durée de la lecture. On s’émerveille, on s’enthousiasme, on reste pantois devant toutes les trouvailles de l’auteur. Et ce n’est pas tout !
Profitant de l’audience de son roman, Martin Lessard nous livre le fruit de ses cogitations philosophiques et géopolitiques. Une réflexion frappée au coin du bon sens accoudé au zinc du Balto (7 Quai Bérigny, Fécamp). Pour un résultat réconciliant les opposés, les éternels frères ennemis, métaphysique et science, désenchantement et optimisme, Serge Lehman et Roland C. Wagner.
Nul doute que l’utopie joyeuse de la Cité Rouge, composée de Coréens travailleurs et honnêtes, de Français hâbleurs et râleurs, d’Italiens à l’accent chantant (Ma qué !), fera date avec son jumpfoot fédérateur.
Et puis, Terre sans Mal c’est aussi la SF sans se forcer. Sacrifiant au culte du bidule – Telnet, fusée sonique, électroroute – et au name-dropping – Silverberg, Dick, Asimov, Clarke, Card, Bradbury, il y en a pour toutes les chapelles –, Martin Lessard réalise l’impossible. La fusion entre la SF pointue façon Kim Stanley Robinson et le kitsch à la Bernard Werber. Pas besoin d’un test de paternité pour déterminer lequel des deux a pris le dessus.
En guise de petite touche d’exotisme, l’ensemble est en outre saupoudré de québécois bucolique* (*authentique) conférant à la progression dramatique, un on ne sait quoi de décalé... Les tabarnak, calife, et autres diguidou fusent. Rien de bien gênant si l’on dispose du traducteur googleTM à portée de main.


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À lire les premières critiques et chroniques, il semble que l’on reconnaisse à Martin Lessard le bénéfice du doute. « Un bon premier roman, (…) mais on attend dans sa prochaine œuvre, débarrassée de ses petits défauts, un thème plus personnel ». « Il ne fait aucun doute qu’il en garde sous le capot ». Quelle bande de pétochards !
Nous ne craignons pas d’affirmer : « Vas-y Martin ! Explose-nous encore les zygomatiques et par la même occasion pulvérise Denoël Lunes d’encre, cette collection d’ouvrages imbuvables pour élitistes. »