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Publié le 01/06/2006

"The House Of Storms" de Ian R. MacLEOD

ED. POCKET BOOKS, FEV. 2006 (paperback)

Par Daylon

On rembobine : quelques mois plutôt, j’évoquais la claque baptisée "The Light Ages" [toujours prévu au futur catalogue Denoël, aux dernières nouvelles -pas forcément fraîches-].

Déjà auréolé par son entrée sur la scène française, je braillais aux oreilles de qui voulait bien l’entendre que cette [autre] Angleterre [toujours] uchronique représentait une certaine forme de perfection. De l’Imaginaire avec le bon gros « I » majuscule dont on rêve la nuit. Inclassable, brillant... Peu de temps après, sortait un autre roman situé dans le même univers : "The House Of Storms". Depuis peu réédité en poche en V.O. Et je peux bien abhorrer les suites, force est d’avouer que celle-ci me faisait de l’œil.

Egaler [voire : faire mieux] "The Ligh Ages", c’était un rêve un peu impossible. Mais Ian R. MacLEOD n’est-il pas un auteur talentueux ? Serez-vous étonnés, si je vous dis que vous serez déçus ?


« When greatgrandmistress Alice Meynell brought her son to Invercombe, she fully believed she was taking him to die there. »

Pourtant, au départ, tout commence comme dans un rêve : dès les premières lignes, la patte MacLEOD saute aux yeux, dans toute sa plendeur ; enlevée, juste, usant des bonnes techniques aux bons moments ; je crois avoir affiché un sourire niais en imaginant combien il serait extraordinaire pour l’auteur de réaliser un doublé. C’est tellement rare.

« I’m the Bonny Boy [...] I went to Einfell until it grew empty and then I came here. I’m part of the War Effort. »

Petit détour sur l’histoire : nous retrouvons la côte ouest anglaise, à peu près un siècle après les évènements de The Light Ages. Beaucoup d’évolutions minimes dans un monde qui n’a finalement pas si changé que ça. Les guildes tiennent toujours les rênes du pouvoir. En particulier, celle des télégraphes, dont Alice Meynell se trouve être la première dame. Arriviste débarquée de nulle part, avide de pouvoir, elle protège un fils adolescent, Ralph, alors à l’article de la mort.

Sa dernière initiative pour le sauver consiste à l’emmener à Invercombe, une maison de campagne proche de la côte et d’Einfell, le refuge des trolls et changelins entrevu dans "The Light Ages".

Ensuite... Ensuite.

Ensuite suivent un récit étalé sur vingt longues années où le lecteur croisera amours adolescents, darwinisme alternatif, guerre civile, élus, affrontements symboliques, émergence de figures mythiques et chroniques familiales.

« Klade’s hand, his whole heavy arm, reached towards her, and she clasped it, and raised it to her face, and stroke it, and kissed it, and tasted tidal rock, and salt. »

Ne nous trompons pas : The House Of Storms se tisse d’une myriade de fils narratifs qui, pris indépendamment, s’avèrent être toujours aussi magnifiquement écris et développé. On suit en particulier Ralph, dirigé droit vers le destin décidé par sa mère ; Marion, une jeune fille habitant le littoral ; et, enfin, Klade, être élevé quelques années plus tard par les changelins. Le tout, sur fond de crise géopolitique et nationaliste. Ça part vraiment dans tous les sens.

« All the pain passed from him as he made the connection to Einfell, and his head was filled with inexpressible song. »

Mais s’il est intéressant de voir un univers continuer son développement sous les yeux du lecteur ; le voir phagocyter le récit, en revanche, est tout de suite beaucoup moins enthousiasmant.

MacLEOD, certainement mû par une volonté de tout dire sur tout le monde en tout temps et tous lieux, se perd dans les digressions. PIRE, il perd le lecteur en chemin, qui tente tant bien que mal de retrouver les morceaux importants et les recoller ensemble. Tenter de comprendre où veux finalement aller l’auteur. À titre personnel, j’admets rester dubitatif : le récit regorge d’un nombre incroyables de prémisses, de pistes, d’idées ; on tente de tracer les liens, mais rien n’y fait. L’auteur, à force de raconter [et raconter, encore] noie le poisson et désintègre toute structure narrative.

Au final, "The House Of Storms" ressemble à un brouillon laissant deviner une future œuvre superbe ; où les notes de bas de pages et les gribouillis laissés entre les lignes laisseraient entrevoir un feu d’artifice littéraire... Mais non. Rien. On voit ce brouillon, tout en essayant de comprendre POURQUOI MacLEOD n’a pas cherché à plus se concentrer sur son récit.

Sur les idées de Ralph. Ou la guerre civile. Ou les pouvoirs et technologies entr’aperçus. Ou la relation de Marion [autre personnage essentiel de l’histoire] avec sa famille. Ou Alice Meynell. Ou Invercombe. Ou le futur d’Einfell. Quelque chose, à la fin !

« We’ll soon find out. »


Le projet avait de quoi surpasser "The Light Age"s. Vraiment. Mais l’auteur, pris dans la glue de son propre enthousiasme, se noie dans un verbiage lassant. On en profite pour se demander où l’éditeur pouvait passer ses vacances pour ne pas aider l’auteur à écrémer. Le roman dessine tant de pistes intéressantes...

Alors, oui ; mais, bon. MacLEOD a beau rester un incroyable styliste, "The House Of Storms" ne laissera qu’un triste sentiment de gâchis.