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Première publication le 02/02/2006
Publié le 01/02/2007

« L’âge des lumières » de Ian R. MacLEOD

[« The Light Ages », Avril 2004]

ED. DENOËL / LUNES D’ENCRE, 18 JANVIER 2007

Par Daylon

ATTENTION, CHEF D’ŒUVRE !

Voilà. Je tenais à mettre les choses au clair d’entrée de jeu. Ian R. MacLEOD, auteur dont la toute fraîcheur réputation en France ne cesse de grandir : de part sa présence au sommaire de l’anthologie « Continents Perdus » chez Denoël, du second tome de Fiction aux Moutons Électriques ; mais surtout de son succès critique avec « Les Îles du Soleil » chez Folio-SF...

Le public accroche ; apprécie sa plume riche et dynamique... Sachez que vous n’aviez encore rien vu.


Attentention : Ceci est la chronique du roman dans sa version originale, avant traduction.
La VF est parue le 18 janvier 2007 chez Denoël / Lunes d’Encre.


Je suis euphorique. Ça ne se fait pas de parler de ses états d’âme, mais pensez : depuis combien de temps n’avions-nous un auteur bulldozer de la sorte ? Ses traductions [même malheureuses : à savoir le Bonnefoyesquement-annoté « Îles du Soleil »] l’ont déjà prouvé : MacLEOD est très fort. Vraiment très fort.

« This is London, isn’t it ? »

Abordons le vif du sujet :
« The Light Ages », lauréat du World Fantasy Award 2004, est une uchronie. Mais ici, point de déviance de l’histoire, mais de la physique. Dans ce monde, dans cette Angleterre de ce qui est considéré comme un troisième Age déclinant, l’éther décrit par Platon existe ; ce fameux cinquième élément de la Terre est depuis quelques siècles maintenant une matière première directement extraite du sol. Des mines, dont l’éternel SHOOM BOOM résonne à intervalles réguliers dans les campagnes. L’odeur agressive du métal ; ces ouvriers afférés. De la sueur et de la vapeur d’eau. Les pompes ramenant des roches chargées d’éther devant ensuite être traitées ; purifiées. Jusqu’à obtenir la précieuse matière volatile. Le vecteur d’une magie sans panache. L’ether permet l’altération de la réalité par ses manipulateurs : des techniciens formés à son utilisation.
Des spécialisations à outrance confinant aux castes.
Des guildes, hiérarchisées par le mérite et le métier ; par l’intimité avec l’éther et l’influence sur cette société figée dans un momentum post-victorien.

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La couverture de l’édition originale.

« We make a wish, and aether gives us what we want »

Ainsi, à Bracebridge, quelque part au cœur des campagnes du Yorkshire, nous suivons l’existence de Robert Borrows, cadet d’une famille d’une guilde inférieure ; celle des outilleurs. Comme son père, Robert semble destiné à prendre sa place à l’usine lorsqu’il sera adulte.
Et rien, dans cette société où des architectures impossibles tiennent uniquement par l’effet de l’éther ; où des câbles de piètre qualité parviennent malgré tout à faire transiter l’information des télégraphes sur de longues distances ; où les alliages autrefois fragiles deviennent de véritables blindages... Rien ne saurait faire dévier son destin.
Jusqu’à la maladie de sa mère, atteinte d’un mal incurable ; ses cellules saturées du rayonnement de l’éther, entraînant l’organisme dans une mutation irréversible : les stigmates d’un passé trop lourd qui incitera Robert, encore enfant, à rencontrer Annalise, petite protégée d’une vieille femme elle-même mutante.
Un évènement qui marquera à jamais son existence et guidera ses choix futurs.

De Bracebridge à Londres, des guildes modestes aux hautes castes, « The Light Ages » propose un prisme sur un monde en plein changement. Une société remise en question par les hors-castes, les simples « citoyens », révolutionnaires en devenir.
mcLEOD nous parle des relations entre humains ; ce que nos différences et nos peurs provoquent : les conflits, les sentiments frustrés, les violences irréfléchies et les idéaux bafoués.

« A hand, black-clawed, many fingered, [...] withdrew in a coaly flare of breath »

On vous avait parlé de « The Light Ages » comme d’un roman de fantasy ? Hé bien, pas du tout. Mieux : l’auteur s’approprie et réinterprète les codes. Les licornes deviennent des chevaux mutant ; de simples bêtes finissent en dragons. L’éther permet toutes les folies, tous les caprices ; provoque des accidents : changelins, trolls ; des monstres ; humains trop exposés à l’éther dont les chairs ont perdu le contrôle, obligeant l’enfermement ou le bannissement pur et simple. De temps à autre, un hospice, hanté par les râles et les délires incohérents des malades.
Ainsi, les parallèles de l’éther avec nos industries nucléaires et pétrochimiques n’échapperont à personne : ses conséquences, mutations parfois surprenantes mais le plus souvent hideuses [on notera l’incroyable passage sur St Blate]. L’éther produit comme toute matière ses propres déchets : de la glace-machine s’accumulant en gigantesques terrils dans les plus grandes métropoles.

« You fucking troll »

Puis, ponctuellement, un miracle.
L’éther, bien loin de changer l’être en plaie à vif, génère une créature sublime. Parfaite.
Mais cet être, si jamais il venait à exister, assumerait-il ce qu’il est ? Et notre héros, Robert Borrows, lancé dans une quête de sens pour comprendre la déliquescence de sa propre vie, peut-il seulement concilier son amour et ses espoirs ?

« The Light Ages » est un roman complexe, axé sur la vie de Robert. Sur ses pensées, son cheminent vers une vie d’adulte. Vers une accession à la connaissance. Son regard, porté sur ce monde intolérant ; fossilisé, balisés des tabous et de la main de fer des guildes le plus puissantes.
Fans d’action, en revanche, passez votre chemin. C’était vrai pour « Les Îles du Soleil », ce le sera aussi pour « The Light Ages ». Je l’ai déjà dis, mais il ne me coûte rien de le répéter : c’est un regard que pose l’auteur. Les héros ne sont pas ceux que l’on côtoie ; les guerres ne sont pas celles que nos protagonistes vivent.

« Her fingers draw back, then caress my eyes »

« The Light Ages » est une œuvre rare, servie par une plume subtile, ciselée, aux propos immersifs. mcLEOD nous propose de véritables personnages : des gens comme vous et moi, avec leurs secondes de gloire et le reste de frustration. mcLEOD nous parle d’erreur et de rédemption [parfois dans le désordre]. Le monde est exceptionnellement décrit et laisse le lecteur le souffle coupé.

« In my mind we’re leaving Bracebridge forever »


ADDENDUM : A PROPOS DE LA COUVERTURE

Ceci devait être à l’origine un entrefilet, ajouté à l’arrache dans la chronique de l’Âge des Lumières, de Ian R. MacLEOD [auteur que nous aimons énormément et nous ne sommes pas les seuls]. Le bouquin est extraordinaire, j’insiste. Vous lirez rarement des livres animés d’un tel souffle.
Je vais même le redire avant que cet article ne parte en sucette :
Lisez l’Âge des Lumières.

Par contre.
Par contre. Ah ah. Hem.
En France, ce qui est bien : on a pas de pétrole, mais des idées ; et en parlant d’idée, nos amis de chez Denoël n’ont rien trouvé de plus intelligent que pondre une couverture [chapeau quand même à Sorel d’avoir les couilles de signer cette chose infâme] qui confine au scandale.
Mais qu’est-ce que c’est que cette merde ? Je veux dire : sérieusement ? J’admets volontiers qu’on puisse faire des couvs de ce type pour de la BCF. Voir du HOLDSTOCK, ça s’est déjà vu [ahah, pardon, c’était dans la même collec’]. Admettons [et encore : avec pas mal de réserves]. Mais bordel de pompe à chiotte, POURQUOI SUR UN MCLEOD ?

Ceci-dit, ça me bourre le mou, faut être honnête : car si on compare cette couverture avec ce que j’ai lu, il va être grand temps que je prenne des cours d’anglais [ça m’apprendra à faire le malin ; au moins, avec du tamoul, j’aurais été moins emmerdé par la traduction]. J’avais VRAIMENT eu la sensation de lire un roman décrivant un univers victorien uchronique, où l’industrie de l’éther servait de trames aux luttes des classes entre citoyens et bourgeoisie.
Quelqu’un doit se tromper. Forcément.
Alors imaginons ce formidable élan marketing/com :
« Ouais, bon, coco, faut vendre des palettes du MacLEOD, là.
- Des camions !
- Ouais, des camions. Et pour vendre, c’est bien connu, il faut une couverture bien basique.
- Passe-moi les cahuètes.
- Faut que ça fasse fantasy.
- Ah ben on met une cape, des feuilles d’automne et des bas-reliefs avec des nymphettes à gros seins.
- Ah oui, c’est bien ça ; ça fait goth. Mais faut un coté romantique petite-fille, sinon on va récolter que les fans de Sopor Aeternus.
- Je mets des couleurs ? Du bleu, du rouge. On mélange. Un autre ricard ?
- Penses à coller un sceptre. Faut qu’on sente qu’il y a de la magie. Et la fumée, aussi.
- Ça cultive le mystère.
- Voilà. Pense à mettre le personnage, genre : de dos, qui domine une ville. Y’a une scène, là, dans une grande tour. C’est grandiloquent. Ça va cartonner. Tu penses à la ville, hein ?
- Avec la fumée.
- Ouais et tout, quoi.
- Ouais.
- Bon, super ! On a bien bossé, non ? Tu me fais ça pour quand ?
- Oh ben je te torche ça dans la nuit, hein. Pas que ça à foutre que tes couvs de merde.
- C’est pas très gentil... On se fait un rapido ? »

Merci les gars. Vous êtes géniaux.
Tant de compétence en communication visuelle, ça me réjouis autant qu’une prune de la SNCF.
Il est où le problème, alors ?
Déjà, toutes les pseudos vérités générales véhiculées entre services commerciaux. Mais ce qui est pour le coup vraiment honteux, c’est que les directions littéraires [soyez rassuré, y’a pas que Denoël ; ils sont pas les seuls et encore moins les premiers] récupèrent ces tissus de conneries et s’en compilent une bonne bible. Super.

Le plus grave, de facto, se répercute sur la SÉMIOTIQUE de l’objet livre. Expliquons : si on enlève les revues totalement obscures, les fanzines photocopiés à 30 exemplaires et les sites de nerds comme le Cafard, toute personne qui débarquera [comme je la plains] dans un rayon sf/fantasy/autres ne pourra se fier qu’à quelques maigres indicateurs :

  • la couverture
  • la quatrième de couverture
  • un feuilletage rapide

Il semble pourtant que quelque chose n’est pas très clair dans la tête de certains : une couverture n’est pas seulement là pour plaire. C’est pas le calendrier des postes avec les petits chats que votre mamie adore tant. Ni le poster de cul que vous planquez dans vos chiottes [ou le poster de loups, si vous êtes un nain pervers à cravate bossant dans la finance]. La couverture doit porter du sens [et plus sûrement que les quatrièmes de couv]. Ça devrait tomber comme une évidence, mais à force de barboter dans une culture de la « couverture = joli dessin »... Hé bien... Vous voyez le résultat.

Une illustration de couverture est censée représenter le contenu du livre [étonnant, non ?], en usant de ses symboles les plus forts, lesquels transmettront un message au lecteur potentiel.
Pour « Light Ages » : clairement, cette couverture est une blague. Dans le même genre, on a déjà vu « Les Extrêmes » de PRIEST, en Folio-SF, montrant une Scully-like avec son flingue.
Amis éditeurs : que vous vouliez vendre des bouquins par cargos entiers, c’est un problème. Mais tromper les gens sur le contenu des livres, merci, mais ce serait sympa d’arrêter à l’avenir. Vous vous adressez aux mauvais publics et prenez le risque de vous manger un retour de manivelle sur le long terme.

Allez, pour citer le Mr Hyde du coin : « Une couverture ratée, c’est presque à tous les coups un livre qui ne se vendra pas ». Pas mieux, tiens.
Espérons que le bouche-à-oreille sauve ce gaufrage annoncé.


RÉPONSE DE GILLES DUMAY SUR LE SFORUM


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Ceci-dit, vous ai-je dis que « L’Âge des Lumières » était un chef d’œuvre ?

Cela arrive rarement, mais nous ne pouvons bouder notre plaisir : ce roman va figurer très rapidement dans les bibliothèques idéales. Je prends les paris.