EN BREF

 
VOS LIVRES DANS LA BOITE AU LETTRES !




En commandant vos livres sur Amazon.fr vous faites des économies [-5%] et vous participez au financement du site car le Cafard cosmique reçoit une petite commission sur les ventes.

Le livre le plus acheté
en mai 2010 :
Janua Vera +
de Jean-Philippe Jaworski
aux Ed. Moutons Électriques

 

A VOIR AUSSI

 
 
Publié le 12/03/2007

« Tropique de la nuit » de Michael GRUBER

[« Tropic of Night », 2005]

REED. POCKET THRILLER

Par Mr.C

Quel secret cache Dolores Tuoey ? Pourquoi a-t-elle changé de nom ? De quoi a-t-elle peur - ou de qui ? Et pourquoi se sent-elle directement menacée lorsque un meurtre rituel particulièrement atroce est découvert à Miami ?

Un thriller palpitant transfiguré par la sorcellerie africaine.


Jimmy Paz, flic à Miami, n’a jamais vu ça : une femme de 20 ans éviscérée, des mares de sang, l’enfant qu’elle portait depuis presque neuf mois extrait de son ventre, charcuté, le crâne brisé, des organes manquants.
Un seul indice matériel : une coquille de noix. Une noix venue d’Afrique de l’Ouest, et dont les marques ne laissent pas de doute : il s’agit d’un fragment d’opele, un objet utilisé lors des cérémonies de Santeria...

Jimmy Paz a beau être d’origine cubaine, pour lui la Santeria, ce ne sont que des histoires de bonnes femmes. Un tissu de superstitions, des rites vieillots nés à Cuba de la confrontation entre la religion des esclaves amenés d’Afrique et le Christianisme. Des saints trop colorés, des offrandes de fruits et de fleurs, des croyances kitsch qui prêtent à sourire...

L’affaire se corse lorsque l’enquête révèle que la victime a ouvert sa porte a son agresseur et ne s’est pas débattue ; d’ailleurs personne n’a vu le meurtrier, ni entrer ni sortir, un peu comme s’il était... invisible ?

Michael GRUBER construit son roman en menant en parallèle les chemins de deux personnages : le flic, Jimmy, don juan malin rapidement dépassé par les événements, et la mystérieuse Dolores Tuoey. Le carnet intime de cette femme en fuite nous livre peu à peu ses souvenirs, du temps où, anthropologue en Afrique de l’Ouest, elle fut initiée à la sorcellerie comme à une prise de contact tangible avec l’au-delà.

Le premier meurtre rituel est suvi d’un second tout aussi atroce, et sur la piste d’un serial-killer proprement insaisissable, Jimmy Paz et Dolores sont destinés à se croiser.

Michael GRUBER, dont c’est le premier roman, semble avoir une connaissance encyclopédique des rituels de la Santeria, et de la religion Yoruba qui en est à la source. Le panthéon des dieux Olo, les fameux orishas, est d’une complexité fascinante. La vision du monde qu’il sous-tend imprègne les pages et donne au récit une sacrée densité. Le lexique ajouté en fin de roman n’est pas inutile.
On conçoit ici la sorcellerie comme un ensemble de techniques immémoriales qui, tout comme la physique quantique, échappe à notre raisonnement - sans que pour autant on puisse en nier l’existence. Des techniques oubliées de notre civilisation qui s’avèrent d’une puissance inimaginables une fois mise au service de la haine d’un homme.

S’ajoute une réflexion permanente sur la pesanteur des rapports raciaux qui, à Miami, où vit une très importante communauté cubaine, n’opposent pas seulement blancs et noirs mais chaque strate de métissage ; une thématique récurrente puisqu’elle s’impose à chaque niveau, entre policiers, entre flics et témoins, entre Jimmy et Dolores, entre eux et le serial-killer...

Enfin "Tropique de la nuit" est un vrai thriller, l’investigation de Paz étant le moteur du récit. GRUBER sait manier les armes du suspense, provoquer la scène d’action, pousser ses personnages à la faute et jouer avec nos nerfs. Le personnage de Dolores terriblement touchant.


COMMANDER

« Tropique de la nuit » est un roman riche et envoûtant, qui démarre comme un polar classique pour basculer dans le fantastique lorsque la réalité de la sorcellerie s’impose et que l’hallucination prend le dessus.

On reste marqué par ces séquences fascinantes où la réalité devient mensongère, et où l’on se réveille d’un mauvais rêve pour réaliser qu’on est toujours enfermé dans le cauchemar. P.K. DICK n’est pas loin.

Efficace, brillament écrit, effrayant à souhait. On sera attentif à la prochaine traduction de cet auteur étonnant qui n’a pas peur de transcender les genres et en possède assurément les moyens.