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Publié le 13/06/2000

Ubik de Philip K. Dick

[Ubik, 1969]

Par Epistolier

"Je suis Ubik.
Avant que l’univers soit, je suis.
J’ai fait les soleils.
J’ai fait les mondes.
J’ai créé les êtres vivants et les lieux qu’ils habitent ;
Je les y ai transportés, je les y ai placés.
Je suis.
Je serai toujours..."


Synopsis :

Ubik semble être un produit commercial, plutôt une marque de produit qui désigne une multitude d’objets n’ayant pas vraiment de rapports entre eux. Quoique cela puisse être, Ubik est un produit miracle, à acquérir absolument. Cependant, en 1992, Ubik semble inconnu. En tout cas, il n’est pas au centre du récit Par ailleurs, à cette époque, les personnes possédant des pouvoirs parapsychiques sont nombreuses. Ainsi, il y a d’un côté ceux qui violent votre vie privée, ne respectent rien, attirés par l’argent ou tout autre idéal, ils sont embauchés par la firme de Hollis. Et de l’autre côté, il y a la société de protection Runciter, qui vous protège de ces individus. C’est un vrai business des deux côtés, mais la firme Runciter est en perte de vitesse, elle perd la trace de plus en plus de membres de Hollis. C’est la raison pour laquelle le président, Glen Runciter va demander conseil à sa femme, qui est en semi-vie et voulait s’occuper de l’entreprise après sa mort. La semi-vie, c’est lorsque vous êtes mort, mais que vous avez été congelé à temps, vous pouvez ainsi communiquer avec les vivants pendant un certain temps. Cette semi-vie est bien utile, mais elle est entourée de mystères... Joe Chip, collaborateur chez Runciter, dépensier chronique va faire la rencontre d’une personne détentrice d’un pouvoir bien étrange. Par suite la société Runciter va avoir un gros contrat, qui va échouer lamentablement. À partir de ce contrat, tout ira de travers : de la mort progressive du président et de certains de ses collaborateurs, à la dégénérescence temporelle de l’environnement. En passant par des manifestations aussi étrange, la réalité n’est pas forcément celle que l’on croit, mais heureusement qu’il y a Ubik !

1. Ubik ?

Ubik est vraiment au coeur du récit, mais sans y être. Tout d’abord, on parle d’Ubik dans chaque en-tête de chapitre, et ensuite, dans la seconde moitié du récit, Ubik fait son apparition dans le récit, d’une telle façon qu’il est recherché activement par le personnage principal.Finalement Ubik est bel et bien le produit miracle annoncé, mais si Ubik est bien la finalité du récit, ce sont les exergues qui le font apparaître. Sans les en-têtes de chapitres, ce livre ne pourrait s’appeler Ubik. Sans Ubik, le récit ne souffre pas beaucoup et est une « simple » histoire de pouvoirs psi et de déformation temporelle de la réalité, et pourtant Ubik semble être d’une importance capitale. Alors que le récit, sans être transcendant, peut être intéressant dans un certain point de vue, Ubik transforme cette vision, banalise le récit. En effet, pourquoi tant de pages, alors que le sujet propre du récit est beaucoup plus condensé ? Il faudrait prendre une dose d’Ubik pour comprendre Ubik.

La question qui nous taraude tout au long du récit, et que l’épilogue relance est « qu’est-ce qu’Ubik ? » Cela vaut-il la lecture d’une telle oeuvre, surtout pour ne pas avoir de réponses claires ? « Chez Dick, les informations nouvelles ont une fâcheuse tendance à contredire les précédentes et à ébranler tout l’édifice » (Une oeuvre, une écriture : Philip K. Dick, Steven Schwartz et Jacques Goimard) Cette absence de fresque dans Ubik lui enlève une certaine cohérence, arrivé à la fin du livre, on se rend compte que toute l’histoire n’est que factice. Ubik, c’est l’élément directeur, mais il faut lire entièrement l’oeuvre pour s’en rendre compte.

En dehors de cet imbroglio sur Ubik, divers thèmes apparaissent, qu’il est intéressant d’aborder rapidement.

2. Le monde économique consommateur-payeur

Jetons tout d’abord une regard sur l’économie. Le caractère prodigue de Joe Chip rend son appartement un véritable enfer. En effet, dans cet univers économique, tout se paie, votre appartement semble être un lieu public, chaque objet est muni d’un réceptacle à pièce et parle. De la cafetière à la porte d’entrée, en passant par le distributeur de journaux, tout est payant. Vous payez un loyer, mais vous devez payer toute utilisation quelconque de la douche ou de la télévision. On remplace ici le problème de la facture d’électricité ou d’eau, quoique rien indique que celles-ci ont disparu. En tout cas, c’est ici la règle du consommateur-payeur qui règne, règle issue d’une logique la plus absolue à l’origine, mais qui est toujours une règle très peu appréciée.

Au kibboutz tout est gratuit, le salaire de chacun est versé dans une coopérative, qui gère le système : une structure communautaire par excellence. De plus, « le kibboutz [...] est depuis plusieurs années une entreprise rentable », alors que pour un actif consommateur « c’est infaisable économiquement. » Ainsi alors qu’un système sans argent a montré son efficacité, la société a continué de progresser dans le « tout consommation. » Nous sommes donc prisonnier de ce système monétaire qui se développe même si nous y sommes contre, de toute façon, nous serons un jour ou l’autre convertit, et alors le monde ne pourra se concevoir autrement. Effrayant un tel système, non ? Et pourtant, nous sommes tous prisonniers de notre monde libéral...

3. La semi-vie

Ensuite, il y la semi-vie. Tout d’abord, on a l’impression que cet état de semi-vie, c’est la congélation « classique », celle que l’on voit dans l’espoir de ressusciter le mort, lorsque la technologie sera suffisamment développée pour le permettre. C’est donc une personne à l’agonie qui est congelée, et il lui reste quelques instants de réanimation possibles afin de discuter avec l’extérieur, on « réveille » donc cette personne pour des discussions de salons. Et lorsque son « crédit-temps » est épuisé, cette personne est réellement morte. C’est un peu la description de la semi-vie que l’on se fait d’après les premiers paragraphes, mais par la suite, on se rend compte que c’est vraiment quelque chose de particulier que cette « semi-vie », la personne est vraiment morte, on pourrait dire qu’on a emprisonné l’âme de la personne, afin de la garder auprès de soi, jusqu’à ce que l’âme aille ailleurs.

Cette semi-vie est toute aussi dangereuse que la vie, la mort semble là-bas attendre tout un chacun, ou bien la réincarnation. Cela ressemble donc au purgatoire, car ce n’est qu’une étape cette semi-vie. En tout cas, cela laisse transparaître une certaine notion de la mort, ce n’est plus le vide, le néant, ainsi, personne n’arrive à savoir s’il est mort ou pas, car évidemment, il n’y a pas de Saint-Pierre pour nous accueillir ! Ce purgatoire n’est pas fondamentalement différent du notre, et rien nous dit que nous ne sommes pas actuellement dans un purgatoire et que le monde des vivants est ailleurs. Et pourtant, nous nous croyons bel et bien vivant. C’est cette contradiction que traite Dick, nous savoir vivant ou mort, est-ce si facile après tout ? Une réalité alternée, que nous ne pouvons distinguer de l’autre, c’est le thème classique des univers parallèles, mais le fait que ces univers semblent se distinguer dans l’absolu par la mort et la vie, cela semble fondamental, il faut savoir qui est du bon côté. Un bon côté qui n’est pas forcément celui auquel nous croyons...

4. Les pouvoirs Psis

Les deux seuls pouvoirs courants que l’on voit dans ce récit sont la télépathie et la précognition et pourtant les pouvoirs semblent être nombreux et variés. Les termes de télékinésiste et animateur sont évoqués sans pour autant les expliciter, quoiqu’il n’y ait pas de problème pour le kinésiste. Ces pouvoirs sont décrits naturellement, il n’y a pas d’explication de leur fonctionnement, ils semblent avoir toujours existé, ou en tout cas, il n’y a pas d’évènements majeur marquant l’avant et l’après Psi. Le Psi et l’anti-Psi sont plutôt une forme de commerce nouveau, exactement comme les réseaux de détectives ou d’espions. C’est un marché qui a été crée de toute pièce.

Les pouvoirs psis semblent être important au départ, ils dirigent même le départ de l’intrigue, mais ensuite, pratiquement aucun psi n’entre en action, cela en devient même une composante mineure de l’oeuvre. Ubik, c’est un renversement complet des valeurs : les pouvoirs psis, qui gouvernent la création de grosses sociétés contrebalancés par Ubik, un produit mystérieux et inconnu ! L’action se passe au sein d’une entreprise anti-Psi, et donc on parle des pouvoirs Psis, mais ensuite, il n’y a même pas vraiment d’utilisation de ces pouvoirs. C’est un des faits qui contribue à la non-cohérence de tout le récit.


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Des éléments intéressants qui constituent un univers à découvrir sont parsemés un peu partout, mais Dick ne construit pas de fresque et bouleverse son univers autant de fois que nécessaire.

Ce manque de cohérence nous fait douter sur notre propre existence, mais cela rend l’oeuvre globale peut compréhensible. La manipulation est autant du côté narratif que du côté du lecteur, et le lecteur n’aime pas être manipulé, dommage...