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Publié le 07/06/2007

Uglies de Scott Westerfeld

[Uglies, 2005]

ED. POCKET JEUNESSE, MAI 2007

Par Ubik

Je sais. J’ai passé l’âge de lire des livres destinés aux adolescents. Cependant, l’expérience a montré que cette niche bien délimitée de la littérature recèle souvent de bonnes surprises [passez par la case Philip PULLMAN et lisez la trilogie « A la croisée des mondes » pour vous en convaincre]. Et puis, je ne pouvais pas laisser passer un roman de Scott WESTERFELD. Je dois déjà rattraper « V-Virus » [« Peeps » en V.O., paru chez Milan], alors vous pensez bien que là, non, je ne pouvais pas ignorer le premier volet de ce qui est une trilogie. J’ai donc adapté mon niveau d’exigence à celui d’un adolescent boutonneux.


Commençons par l’histoire. Celle-ci adopte le point de vue de Tally Youngblood, une jeune Uglie, promise à l’Opération qui va changer sa vie, comme c’est le cas pour tous les Uglies âgés de seize ans. De quelle opération s’agit-il ? Celle qui contribuera à la rendre belle, conforme aux normes de la beauté chez les Pretties car désormais, voyez-vous, l’apparence est codifiée - afin d’éviter, comme par le passé, toute discrimination fondée sur le physique.
En attendant Tally s’ennuie. Evidemment, le temps est plus long à passer lorsque l’on attend l’Opération - il reste trois mois avant celle-ci - qui doit changer votre vie et que votre meilleur ami, il s’appelle Peris, à qui vous vous êtes lié par le sang comme en témoigne la cicatrice dans la paume de votre main, est déjà passé de l’autre côté. [Il faut que j’arrête de dire vous, sinon on va croire que je m’identifie à Tally comme un véritable adolescent...]

Tally tourne donc en rond dans sa chambre et continue, la nuit, à faire des bêtises. C’est de son âge, après tout, et ce n’est jamais très méchant. D’ailleurs, aucun exemple de bêtise, qui a mal tourné, ne lui revient en mémoire. Il y a bien cette rumeur concernant des Uglies qui auraient quitté la ville pour vivre, à la dure, dans la nature. Il y a aussi celle concernant les Specials, cette sorte de police secrète qui veille à la quiétude des habitants de la ville. Mais ceci ne la décourage pas et d’ailleurs c’est bien loin de ses préoccupations présentes car ce soir, c’est décidé, elle va s’infiltrer dans New Pretty Town afin de retrouver Peris. Après bien des péripéties, elle fait finalement la connaissance de Shay. Le courant passe tout de suite avec la jeune fille à peine plus vieille qu’elle. Pourtant Shay est bizarre. Figurez-vous qu’elle ne souhaite pas devenir belle...

Nous n’en dirons pas plus pour ne pas déflorer davantage le sujet. Sachez simplement que Tally n’est pas près de devenir belle. En tout cas pas avant d’avoir connu quelques aventures, élargis son horizon et être tombée amoureuse. Bref, « Uglies » est destiné à un public de jeunes lecteurs et cela se sent immédiatement à la lecture des premières pages. L’intrigue est balisée et la touche science fictive est parfaitement digérée pour ne pas être difficile à appréhender.
Attention, ce n’est pas non plus de la science-fiction pour les neuneus. Facilité d’appréhension n’est pas synonyme de roman simpliste. Au contraire, à travers le récit de Tallis apparaît un futur crédible qui évoque à la fois le monde de « L’âge de cristal » - pour ses agglomérations fonctionnant en vase clos - et celui du film « Bienvenue à Gattaca » pour son ambiance. On a connu pire comme références.
Mais ce n’est pas tout, fort heureusement, puisque New Pretty Town n’est pas sans évoquer également une parenté avec les mondes utopiens déjà effleurés dans le diptyque « The Risen Empire ». Nous sommes donc en terrain de connaissance, celui de thématiques déjà abordées par l’auteur d’une façon qui ne nous a pas laissé indifférent jusque-là. En effet, derrière les petites aventures et états d’âmes d’une adolescente, intrigue que certains jugerons faible au regard de lectures beaucoup plus adultes, se dessine la vision très cohérente et pas très réjouissante d’un avenir dont on décèle déjà des traces dans notre quotidien.
Tally est ainsi le révélateur d’une société artificielle, idéale [?], qui a érigé l’uniformisation, l’écologie et la sécurité en règles de vie. On y recycle les objets lorsqu’ils ne servent plus. En conséquence, il vaut mieux éviter de s’y attacher. On préfère le développement durable au gaspillage généralisé. On s’y amuse, quand on est jeune, sans risquer grand-chose puisque des dispositifs de contrôle et de sécurité régulent les conduites trop dangereuses. Puis on devient « grand Pretty », on se marie et on va vivre en banlieue pour y perpétuer un cycle « vertueux ». Evidemment, on y a aussi un peu oublié la liberté et la possibilité de choisir. Pas grave puisque c’est le bonheur à tous les étages. Et tant pis, si l’Histoire de l’humanité est engluée dans une sorte de stase consensuelle où le passé [une époque absurde pendant laquelle les « Rouillés » ont quasiment mené le monde à sa perte. Heureusement, une catastrophe a mis un terme à la gabegie] est instrumentalisé pour servir de repoussoir. Ce dernier terme convient parfaitement puisque « Uglies » dresse finalement le portrait d’une civilisation du repoussoir. On n’y est pas beau, on a appris à se sentir moche sans s’interroger sur la notion de beauté. On s’y moque du passé pour éviter de se poser des questions sur le présent...

« Je me demande pourquoi on ne nous raconte pas tout ça en cours d’histoire. Généralement, les profs adorent présenter les Rouillés sous un jour pathétique. David baissa la voix. Peut-être ne tiennent-ils pas à ce que vous réalisiez que chaque civilisation a ses faiblesses. Pas la nôtre, dit Tally. Energie renouvelable, ressources durables, une population stable. Les deux purificateurs d’eau sonnèrent, et David alla les chercher. Ce n’est pas forcément une question d’économie, observa-t-il en ramenant la nourriture. La faiblesse pourrait bien être une solution. »


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Bref, « Uglies » est bien plus intelligent que n’importe quel roman de fantasy bas de plafond [c’est un exemple, mais j’avoue avoir un mauvais fond lorsque je choisis mes exemples] destiné à un public sensé être plus adulte.

En attendant la suite « Pretties » prévue pour novembre 2007, terminons sur ce constat : ça fait du bien de redevenir jeune !