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Première publication le 02/01/2006
Publié le 21/06/2006

"Un cas de conscience" de James BLISH

["A case of conscience"]

REED. FOLIO SF, NOV. 2005

Par K2R2

Esprit brillant, écrivain talentueux et critique influent, James BLISH a connu son heure de gloire en pleine période de l’âge d’or, mais n’a jamais eu l’aura d’auteurs comme Robert HEINLEIN, Isaac ASIMOV ou bien encore Arthur C. CLARKE ; la faute sans doute à une littérature exigente et probablement trop intellectuelle pour son époque. "Un cas de conscience" est considéré comme son roman le plus abouti et eut l’insigne honneur de recevoir en 1959 le prix Hugo du meilleur roman de l’année. Une récompense qui malheureusement ne constitue pas toujours un gage de qualité.


Dans son perpétuel désir d’exploration, l’humanité a migré vers les étoiles à la recherches d’autres formes de vies et de nouvelles richesses à exploiter. Sur Terre, les hommes, terrorisés par l’imminence supposée d’un terrible conflit nucléaire, se sont enterrés dans d’immenses abris anti-atomiques, délaissant leurs mégalopoles dont les gratte-ciel défiaient les étoiles. Mais jusqu’à la découverte de la planète Lithia, l’humanité n’avait jamais été confrontée à une autre forme de vie évoluée ; c’est la raison pour laquelle une délégation de quatre scientifiques destinée à évaluer les potentialités de ce nouveau monde est envoyée sur Lithia.

En apparence cette planète a tout d’un paradis. Ses habitants, d’immenses reptiles de près de trois mètres de haut, ont développé une civilisation technologiquement avancée et totalement pacifique. Lithia n’a jamais connu la guerre. La technologie locale est cependant très différente de la technologie humaine et les deux espèces auraient tout intérêt à collaborer étroitement pour faire progresser l’étendue de leurs connaisances.

Après un séjour de plusieurs semaines, les quatre scientifiques sont donc sur le point de rédiger le rapport qu’ils transmettront au gouvernement des Nations Unies. Mais les quatre hommes sont loin d’être d’accord sur les conclusions de leur séjour. Deux d’entre eux préconisent une exploitation intensive des ressources minérales de la planète, en réduisant - si besoin - la population autochtone à l’esclavage ; le troisième prône une collaboration raisonnée avec les Lithien, persuadé que les hommes tireraient un important bénéfice d’un échange de technologie.

Le quatrième membre de l’équipe, le père Ruiz-Sanchez, biologiste et prêtre jésuite, estime lui que si Lithia a tout des apparences du paradis terrestre, ce n’est que pour mieux tromper les hommes. Le religieux voit en Lithia la création du malin, une oeuvre séduisante mais éminemment dangereuse pour l’humanité. Ce qui dérange le plus le père Ruiz-Sanchez, c’est que les Lithiens semblent ignorer les concepts de bien et de mal. Le père tente donc de convaincre ses collègues de rendre un avis défavorable, assorti d’une recommandation de quarantaine, à leur plus grand étonnement étant donné que le biologiste était le membre de l’équipe qui semblait s’être le mieux intégré à la population locale, nouant des relations privilégiées avec un certain nombre de Lithiens.

Les quatre scientifique rentrent donc sur Terre, mais dans leur bagages ils ramènent un présent plutôt singulier. L’un des Lithiens avec lequel le père Ruiz-Sanchez s’était lié d’amitié a offert sa propre progéniture en cadeau de départ. L’être, encore à l’état embryonaire, a été enfermé dans une urne hermétiquement scellée, dans laquelle il poursuivra son développement durant le voyage de retour sur Terre. Ainsi, ce jeune Lithien naîtra et grandira dans le monde des hommes...

A bien des égards, le roman de James BLISH constitue un OVNI dans le paysage de la SF des années cinquante. Très peu d’action, une écriture aride, une réflexion approfondie sur la nature humaine et la théologie, une certaine absence d’émotion et une histoire qui lorgne avec allégresse du côté du conte philosphique. On a peine à croire que "Un cas de conscience" ait obtenu le prix Hugo tant il semble transgresser allégrement les codes du roman populaire fédérateur.

La première partie du roman est assez conventionnelle, James BLISH se contente de poser les principaux éléments de son histoire. On découvre gentiment le monde de Lithia, sans réellement comprendre ce qu’il pourrait avoir de surprenant ou d’exceptionnel, de même que les personnages principaux en apparence assez insipides. Mais rapidement l’auteur sème quelques coups de semonce habilement placés, avant d’asséner avec une rhétorique implacable les premiers éléments de sa réflexion lors de la grande discussion entre les quatre membres de l’équipe d’évaluation.

La seconde partie du roman est bien plus intéressante car on suit le cheminement Egtverchi, le jeune Lithien né sur Terre. On découvre avec lui une société déstructurée, sans repère, rongée par de multiples névroses et hantée par ses propres démons. L’éducation de cet être coupé de son espèce va se révéler une véritable catastrophe. Alors que les quatre scientifiques avaient découvert sur Lithia une société non violente, sans cadre politique précis, sans religion, marquée par l’absence de toutes les tares qui affectent la société humaine, ils assistent impuissants au développement déviant du jeune Lithien. Ce dernier se rebelle et manque mettre la planète à feu et à sang en provoquant une mini révolution.

A la lumière de cet épisode désastreux, on comprend aisément que la réflexion de James BLISH se situe bien au-delà du cadre strictement théologique, pour embrasser des concepts plus larges sur la nature humaine et le rôle de l’éducation et de la socialisation. Pour autant, l’auteur n’enferme jamais le lecteur dans ses certitudes, ouvrant largement la porte à la réflexion et au débat contradictoire. Une attitude que le personnage complexe et travaillé du père Ruiz-Sanchez illustre à merveille ; jamais ce dernier n’aura la certitude d’avoir eu raison.


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Daté par certains côtés, parfois austère dans son approche littéraire, "Un cas de conscience" est un roman intéressant à plus d’un titre.

Passionnant sur le fond, il pêche cependant par son approche trop intellectuelle, qui rebutera peut-être certains lecteurs avides d’action et de sensations.