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Par Tallis
Bill Roberts est dans la merde : sa vieille mère, qui pourvoyait à ses besoins, vient de décéder. Pour éviter de se retrouver sans le sou, il cache le fait - et le corps par la même occasion.
Mais voilà, un cadavre (fut-il celui de sa mère), au bout de quelques jours, ça commence à puer sévère. Que faire ? Réaliser un petit braquage sans danger avec un pote, histoire de récupérer un peu de blé ? L’ennui, c’est que pote en question se révèle un cinglé de la pire espèce…
Si vous aimez les sensations fortes, attachez votre ceinture, vous allez être servis. Le récit commence donc comme la chronique (hilarante) d’un braquage foiré et de ses conséquences désastreuses – le tout servi en cinquante pages savoureuses et bien tassées.
L’ensemble bifurque ensuite de manière impromptue dans un univers à la Freaks des plus saisissants et des plus émouvants, pour s’achever brillamment en polar démoniaque avec femme fatale à la clé. Le tout sans vous laisser le temps de dire ouf, avec un naturel des plus parfaits…
Trois récits en un où le savoir-faire de Lansdale n’est plus à démontrer. Mais là où, clairement, début et fin du récit ne font qu’emprunter aux classiques du genre sans trop les renouveler, la partie centrale en fait toute l’originalité.
Dès le moment où Bill Roberts est recueilli par le cirque itinérant, la tonalité change radicalement et l’auteur fait preuve d’un humanisme réellement bouleversant. L’aspect physique du héros épouse d’ailleurs de manière évidente le point de vue de l’auteur. Braqueur décérébré au départ, Bill s’humanise au contact des freaks à partir du moment où son apparence le rapproche de ses compagnons forcés. Puis il reprend ses errements à mesure qu’il retrouve son physique de play-boy…
La sympathie de l’auteur va de toute évidence du côté des freaks : à ce titre, le personnage de Conrad, bien qu’a priori secondaire dans l’histoire, est l’un des plus marquants et reste très longtemps en mémoire. Et des silhouettes parfois à peine esquissées comme celles des siamois Double Buckwheat ajoutent une charge émotionnelle très forte au roman. Une démarche qui rapproche Lansdale d’un Harry Crews, autre amoureux des monstres devant l’éternel.
Pour pimenter l’ensemble, l’auteur n’hésite pas à insérer quelques éléments à teneur fantastique (avec une attraction-phare des plus perturbante) et ne se départit jamais d’un humour cinglant. Le dénouement est, quant à lui, une petite merveille d’immoralité et clôt le tout sur un grand éclat de rire (jaune).
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Un froid d’enfer n’est certainement pas le meilleur roman de Joe R. Lansdale. Mais, si l’on devait faire un parallèle cinématographique, il se permet tout de même le luxe de se transformer successivement en thriller des frères Coen, en remake de Freaks et en variation déjantée du Facteur sonne toujours deux fois. Tout cela en se payant le luxe d’offrir à son lecteur des moments d’émotion pure. Un cocktail comme celui-ci ne peut décemment pas se refuser. |
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