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Publié le 05/04/2009

Un jour je serai invincible d’Austin Grossman

ED. CALMANN-LEVY / INTERSTICES, MARS 2009

Par Erispoe

Sur la couverture, un casque qui évoque à la fois celui du Magneto des X-Men et celui du Thor de la Marvel. Le roman se situe dans un monde où les super-héros existent. Ces « méta-humains » aux origines diverses [technologiques, magiques ou extraterrestres] sont environ 1 600 sur Terre. Certains oeuvrent pour le bien, d’autres font le mal - mais en fait rien n’est aussi clair ni aussi manichéen dans le monde imaginé par Austin Grossman. Il n’y a pas de gentils héros tout blancs qui s’opposeraient courageusement à des super-méchants très vilains et/ou lâches. Ce roman aborde le thème des super-héros avec un regard adulte.


Un jour je serai invincible invite à partager les confidences et les doutes de deux super-héros : le Docteur Invincible, qui serait l’un des hommes les plus intelligents au monde, et Fatale, une femme-cyborg victime d’un mystérieux accident, sauvée grâce à la cybernétique.

« J’ai tout essayé. Toutes sortes d’engins de l’apocalypse, des nucléaires, des thermonucléaires et des nanotechnologiques, des gadgets miniaturisés mais visibles de l’espace. J’ai essayé le contrôle des foules, j’ai volé les réserves d’or de Fort Knox pour les perdre tout de suite ou presque. J’ai voyagé dans le passé pour tenter de changer l’histoire, et dans l’avenir pour lui échapper ; j’ai même arrêté le temps pour vivre dans un monde peuplé de statues. J’ai commandé des armées de robots, d’insectes et de dinosaures. [...] Ca finissait toujours pareil. On m’a envoyé douze fois en prison. »

Le Dr Invincible, apprenti maître du monde régulièrement battu au dernier moment par les Champions (les super-gentils) pourrait n’être qu’un looser dont la super-intelligence est un maigre réconfort. Mais voilà que pendant un séjour en prison, il imagine un plan sans faille, qui lui permettra, il en est convaincu, de prendre le contrôle du monde.
La réalité, c’est qu’Invincible a accumulé trop d’échecs pour ne pas douter de lui-même.

« Nos lèvres s’effleurent et, l’espace d’une seconde, c’est l’extase dont j’avais tant rêvé. Mes mâchoires de métal sont un peu maladroites, mais ça aussi, c’est excitant. Il me rend mon baiser. Je l’attire contre moi, je prends son poids sur moi. J’avais oublié ce que signifiait le désir. Il glisse une main sous mon tee-shirt (...) Personne ne m’a jamais touchée là depuis une éternité, excepté peut-être un chirurgien. »

Fatale, femme-cyborg, souhaite rejoindre les rangs des Champions, les adversaires du Docteur Invincible. Elle regrette l’époque où son corps était celui d’une femme, où elle pouvait faire l’amour sans craindre de blesser son partenaire, quand elle ne pesait pas 200 kilos et que son utérus n’avait pas été remplacé par une pile à fusion. Comme Invincible, Fatale doute beaucoup. Sera-t-elle à la hauteur des Champions, plus expérimentés qu’elle ? Apprendra-t-elle qui est vraiment à l’origine de sa « reconstruction » ?

Chez Austin Grossman, les super-héros sont des êtres qui doutent, qui hésitent et qui, parfois, usent de la violence. Loin des personnages lisses de la tradition des comics, ils ont leurs points faibles - et ils n’en sont que plus humains. L’auteur a imaginé un grand nombre de personnages, tous présentés avec leurs pouvoirs et leurs failles dans une annexe à la fin du roman. Afin de rendre encore plus crédible le monde qu’il a imaginé, il a établit une chronologie complète, depuis l’apparition du premier méta-humain jusqu’au début du vingtième siècle.

Un jour je serai invincible aurait pu être excellent. Premier roman d’un auteur jusque là inconnu (même s’il s’est illustré dans le jeu vidéo), il aurait pu être une vraie surprise. Psychologie fouillée, états d’âme émouvants (surtout chez les méchants), l’intrigue se tient.
Mais le roman s’avère décevant. L’histoire n’est pas assez accrocheuse, on peine à accepter ce foisonnement de héros aux origines très diverses (les lecteurs de comics seront peut-être plus indulgents sur ce point), qui ne parviennent pas à éclipser les super-héros de BD célèbres des productions Marvel ou DC. Les héros du roman se diluent à leurs corps défendant dans leurs alter-ego de comics (Corefire / Superman, pour ne reprendre que l’analogie la plus évidente).

De nombreux lecteurs risquent d’être tentés par la comparaison avec un autre livre bien connu, Watchmen, la bd fleuve d’Alan Moore. La quatrième de couverture et un bandeau signé Martin Winckler y font référence. Mais la comparaison se fait au détriment de Grossman dont le roman paraît plus de 20 ans plus tard.


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Des romanciers ont déjà traité avec intelligence et finesse les difficultés éprouvées par ceux que leurs pouvoirs rendent plus qu’humains. Pensons aux télépathes de Robert Silverberg (L’Oreille interne) et de Dan Simmons (L’Homme nu) ou au cyborg fatigué d’Andreas Eschbach (Le Dernier de son espèce).
Un jour je serai invincible entreprend un terrain déjà trop exploité. Bien écrit, bien traduit, il séduira les amateurs de super-héros qui ont grandi en lisant Strange.
Mais les autres risquent de trouver le temps super-long.