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Publié le 01/07/2007

« Un mort par page » de Daniel FOHR

ED. ROBERT LAFFONT, JANVIER 2007

Par PAT

Énième variation drolatique sur le thème du trentenaire-looser-feignasse qui navigue de naufrages en catastrophes, « Un mort par page » fait pourtant partie de ces romans délicieux dont la justesse de vue [forcément sinistre] n’a d’égal que la douce anti-philosophie distillée impitoyablement chapitres après chapitres.
Avec un petit truc en plus qu’on ne dévoilera qu’à la fin de la chronique pour obliger l’internaute pressé[e] à tout lire.
Hop.


« Nous avons crié, protesté, signé, contresigné... Et puis finalement, nous sommes là. Nous avons tout accepté. »

Viré par sa copine, le narrateur sort piteusement de chez elle et manque de se faire écraser par une bagnole qui finit plantée dans l’immeuble. Un mort. Le mort, c’est l’amant de Marie-Agnès [l’ex du narrateur, donc].
C’est la vie, c’est sûr, mais c’est dur à accepter.
Se faire jeter avec insultes adaptées] et apprendre le même jour que votre moitié vous trompe depuis longtemps n’est pas la chose la plus agréable au monde, aussi le narrateur décide-t-il de changer de vie. De tuer [un autre mort] son ancien moi, de faire du sport [et d’y rencontrer un coach-ami en plus d’une créature siliconnée avec laquelle il, voyons, comment dire, avec laquelle il a un rapport sexuel non simulé, voilà], de mettre de l’ordre dans sa vie, d’adopter un chat [qui fait certes caca partout, mais qui permet au héros de se sentir formidablement nécessaire], bref, de changer vraiment, de se mettre enfin au roman sur lequel il travaille depuis des années, le tout en se promenant dans un Paris tristement banal tout en assénant aux lecteurs des vérités fondamentales à fortes tendances dépressives qui n’ont que la vérité pour elles, ce qui, convenons-en, n’est déjà pas si mal.
Problème, les gens meurent autour du héros. les gens et les choses. À tel point que ça pourrait presque en devenir inquiétant...

Drôle, désespéré, mais au final presque optimiste [un peu, hein, faut pas déconner, quand même], « Un mort par page » ne casse certes pas des briques, mais se permet de faire passer un excellent moment à celles et ceux qui ont la chance de le trouver en librairie.
On pourrait n’y voir qu’un roman générationnel-existentialiste-rigolo de plus, mais Daniel FOHR est un type malin, très malin. L’idée, c’est de glisser dans le texte un mort par page, littéralement. Humains, animaux, objets [une ampoule, par exemple] et même concept, chaque page du roman aligne scrupuleusement son mort. Et quand le mort vient à manquer [une seule fois], l’auteur invoque dans l’index des morts la "mort de la mort conceptuelle [par disparition]", et moi, ça me fait rire.

Bref, tout émoustillé, le lecteur se surprend à chercher son mort et se scandalise quand il ne le trouve pas. Làs, une seconde lecture plus attentive permet de l’identifier assez vite. Du coup, de livre, « Un mort par page » devient jeu, et c’est assurément une très belle trouvaille que de jouer avec la littérature. D’autant que l’ensemble tient largement la route à défaut de renouveller le concept même de roman.


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Quoi qu’il en soit, ne perdez pas de temps, précipitez-vous sur ce très bon livre, drôle et intelligent, et exigez vous aussi votre dose régulière de mort.

Ya pas de raison de laisser ça aux autres.