EN BREF

 
VOS LIVRES DANS LA BOITE AU LETTRES !




En commandant vos livres sur Amazon.fr vous faites des économies [-5%] et vous participez au financement du site car le Cafard cosmique reçoit une petite commission sur les ventes.

Le livre le plus acheté
en mai 2010 :
Janua Vera +
de Jean-Philippe Jaworski
aux Ed. Moutons Électriques

 

A VOIR AUSSI

 
 
Publié le 01/09/2007

« Un Vampire ordinaire » de Suzy McKee Charnas

REED. LE LIVRE DE POCHE, JUIN 2007

Par Vince

Réédité au mois de juin au Livre de poche , juste avant la période estivale, Un vampire ordinaire avait de quoi passer inaperçu [à commencer par son titre qui laissait craindre qu’on nous refasse le coup du : comment être un vampire sans se faire remarquer et mener une vie normale tout en étant anormal ?]. D’autant plus que depuis que Folio SF a réédité Ames perdues de Poppy Z. BRITE [sans parler de Richard MATHESON avec Je suis une légende ], on a de quoi faire le difficile en matière d’histoire de vampire ... Alors, cela vaut-il le coup d’être lu ?


Le titre original du roman de Suzy MCKEE CHARNAS n’est pas Un Vampire ordinaire mais The vampire tapestry. Divisé en cinq chapitres, le roman cherche en fait à nous dresser par cinq instantanés de la vie d’un vampire une sorte de « tapisserie à histoire » semblable à celle que l’on trouvait dans les châteaux du moyen âge. Le chapitre central du livre s’appelle d’ailleurs "La dame à la licorne", allusion transparente à la célèbre série de tapisseries que l’on peut voir au musée du moyen âge à Paris.

Ceci étant dit, le titre français a sa pertinence. Le style dans lequel est écrit le livre est loin des envolées lyriques d’ Ames perdues de Poppy Z. BRITE. Un style simple, efficace, un peu froid et même clinique. Il faut avouer qu’Edward Weyland, professeur d’anthropologie [et officieusement vampire de son état], regarde les hommes comme du bétail, bétail qui lui permet de trouver sa dose de sang.

Ni plus ni moins. S’il traîne sur les lieux de drague homosexuelle, c’est parce que c’est plus simple de lever un homme qu’une femme. Il l’évanouit en lui prenant son sang [il n’a pas de crocs d’ailleurs mais juste un appendice sur la langue] mais n’a pas de relation sexuelle. Suzy MCKEE CHARNAS se situe ainsi aux antipodes de la vision du vampire par Brite : pas de sexualité, pas d’ivresse ni de drogue. Encore moins de sentiments. Le vampire est un être qui s’endort régulièrement mais n’a pas de souvenirs de ses vies antérieures, il est à lui-même une énigme qu’il ne doit pas trop approfondir et il fuit l’art, les sentiments et les rêves. Weyland n’a rien du vampire esthétique sur lequel les hommes cristallisent leurs fantasmes et c’est cette approche qui fait l’originalité de cette tapisserie en cinq tableaux.

Le troisième chapitre est sans doute le plus savoureux de tout le roman. Weyland essaie de retrouver sa place comme professeur à l’université et pour cela, il entame une psychothérapie, prétextant souffrir de la psychose du vampire. Floria, la psychothérapeute, croit avoir déniché le cas qui va la rendre célèbre : une sorte d’équivalent de "L’homme aux loups" de FREUD. Weyland, de son côté, lui raconte sa vie réelle et les comptes rendus où Floria essaie de plaquer les concepts freudiens sur le « cas » Weyland aboutissent à un quiproquo assez amusant.

C’est d’ailleurs à cet endroit du roman [le chapitre 3] que se situe le véritable intermède [et non l’intermède musical du chapitre 4] car la construction en cinq chapitres nous renvoie indéniablement à la structure classique d’une tragédie - celle d’un vampire qui est seul de son espèce, contraint de vivre et de s’intéresser à un espèce [les hommes] avec laquelle il n’a pas en réalité de point commun [et on songe un peu ici au livre d’Andreas ESCHBACH Le dernier de son espèce] :
"Je ressemble aux êtres humains - je peux passer pour l’un d’eux. Je dois boire leur sang pour me nourrir : par conséquent je ne peux vivre seul et me désintéresser de leur histoire. Le fait de faire d’eux mes victimes m’assure un statut de hors-la-loi qui m’évite de leur révéler ma vraie nature" (p.352)]

Un vampire ordinaire part du constat que la modernité a congédié le mythe pour lui préférer la psychologie. A partir de là, pas de crucifix, d’ail, de pieu ni même de crocs - l’introspection a remplacé l’horreur. Weysland ne tue même plus ses victimes - c’est dire. Suzy MCKEE CHARNAS propose au final une approche du vampire relativement moderne et qui arriverait presque à nous faire compatir au sort du plus froid des êtres qu’elle décrit.


COMMANDER

Un vampire ordinaire n’est pas aussi brillant, ni aussi sulfureux qu’Ames perdues de Poppy Z. BRITE. Et le roman ne fait même pas peur [le comble pour une histoire de vampire !].

Il n’est cependant pas aussi ordinaire que son titre [et sa couverture ...] pourrait le laisser le croire et ce roman, mine de rien, a ses subtilités.
A découvrir donc.