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Publié le 10/05/2007

Une femme sans histoires de Christopher Priest

[The Quiet Woman, 1990]

Par ARNm

L’écrivaine Alice Stockton habite un des villages du sud de l’Angleterre qui ont été contaminés par un accident nucléaire français ; le ministère de l’intérieur a saisi son dernier livre, et sa voisine, Eleanor, a été retrouvée assassinée...
Alors qu’elle se débat avec son éditeur et des problèmes de santé dus aux radiations, elle rencontre le fils d’Eleanor, Gordon Sinclair, un homme étrange dont elle devient en quelque sorte la proie..
Le roman le plus lynchien de Priest, pas le plus maîtrisé cependant.


Avec Le Don, Une femme sans histoires est le deuxième Priest qui me laisse un peu de dubitatif. Décevant certes mais pas absolument dénué d’intérêt puisqu’il initie à mon avis l’une de ses plus belles réussites qu’il écrira 14 ans plus tard à savoir La Séparation tout en reprenant les thèmes de la création littéraire et de la mémoire déjà au centre de La fontaine pétrifiante roman fascinant s’il en est.
Un pont malingre entre deux oeuvres phares voilà l’ennui...

L’histoire, comme souvent chez Priest, est faussement simpliste.

Alice Stockton vit seule dans une petite bourgade du Wiltshire au sud de l’Angleterre. Elle se bat aux côtés de son agent littéraire afin de publier son manuscrit saisi pour une raison qu’elle ignore par le Ministère de l’Intérieur britannique. C’est alors qu’elle apprend qu’Eleanor Traynor, sa voisine et amie elle même écrivain est découverte assassinée.
Le fils d’Eleanor un certain Gordon Sinclair arrive pour les obsèques et s’immisce peu à peu dans la vie d’Alice. Qui est-il et qui était Mme Traynor qu’Alice croyait connaître ? Voilà la trame.

Vous me direz que le lien avec La Séparation n’est pas évident évident et pourtant il est bien réel.
La structure du récit relève du même procédé que celui employé dans La Séparation. La vie d’Alice est ainsi entrecoupée de lettres, de souvenirs d’enfance, de portions de vie, de rêves aussi peut être. Rien n’est bien clair. Les pistes se brouillent, la réalité et l’a-réalité sont indiscernables et le lecteur se perd tant il est manipulé. Priest complète le trouble du lecteur en jouant sur les noms de jeunes filles, sur les pseudonymes, les diminutifs...
Malheureusement alors qu’on arrivait tant bien que mal à faire la part des choses avec la vie des frères J.-L. Sawyer [Joe et Jack] de La Séparation, là où on applaudissait devant la technique narrative de Priest, ici le seul sentiment qui demeure quand on a tourné la dernière page reste la confusion, rien que la confusion.

Une femme sans histoires n’est pas un roman réussi. Il n’en demeure pas moins que Priest est bourré de talent et qu’il sait comme personne nous faire aimer les paysages qu’il anime. Le roman regorge ainsi de ces petits bouts d’Angleterre qu’il essaime avec bonheur tout au long de ses récits...

On découvre à travers Eleanor Traynor un Priest engagé. Engagé auprès du CND notamment [campagne pour le désarmement nucléaire]. Il nous fait découvrir également les GV [gardes volontaires] un service civil à temps partiel né pendant premiers mois de la Seconde Guerre mondiale et qui avait pour vocation d’assister la police. Ce service connut bien vite quelques dérives fascisantes.
Et comme toujours Priest se livre encore un peu plus aux yeux de celui qui le lit : son métier, ses doutes les problèmes d’argent, la page blanche de l’écrivain face à une vie qui s’étire sans histoire, sans ses histoires.


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Transfiction à l’atmosphère embrumée, Une femme sans histoires est le roman raté d’un auteur majeur de la SF : il faut donc le lire pour cela, un brouillon des transfictions magnifiques que Christopher Priest a apporté au genre plus tard dans sa carrière.