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Publié le 26/07/2010

Une porte sur l’été de Robert Heinlein

[The Door Into Summer, 1957]

RÉÉD. LE LIVRE DE POCHE / SF, 2010

Par Nébal

Foin de la femme et des soi-disant « amis », sans parler du chien : Robert Heinlein l’a bien compris, le seul vrai compagnon de l’homme, quand il n’est pas son seigneur et maître, est son chat. On regrettera d’autant plus l’absence, du fait d’un inconcevable « bug », de la préface de Gérard Klein consacrée à la place des matous dans la science-fiction [1], et, bien entendu, l’outrage tout aussi inconcevable constitué par la couverture de Jackie Paternoster, pas plus douée pour dessiner les félins que pour... ben... quoi que ce soit d’autre, en fait. Mais cela ne nous empêchera bien évidemment pas – on en a vu d’autres... – de lire Une porte sur l’été, « un des classiques du domaine », paraît-il.


L’homme a pour nom Daniel B. Davis, et c’est un talentueux ingénieur débordant d’idées fabuleuses. Son chat, c’est Petronius le Sage, ou plus communément Pete ; une malicieuse boule de poils qui tend à traîner dans les pattes de son possesseur/possédé, a fortiori l’hiver, espérant bien qu’au détour d’un couloir, le maître/esclave finira par ouvrir une porte sur l’été. Mais il y a aussi la femme, la bien nommée Belle Darkin, et « l’ami », Miles Gentry. Sans oublier une petite fille du nom de Ricky...

Tout débute véritablement en 1970, par une trahison. Au commencement, tout va bien : Daniel fonde avec Miles et Belle Robot Maison S. A., et développe pour cette dernière des robots parfaitement révolutionnaires, capables d’accomplir toutes les tâches domestiques. Mais sur le mode de l’artisanat... Or Miles a des opinions différentes des siennes sur le développement de la compagnie. Et appuyé secrètement par son épouse Belle – pourtant fiancée à Dan ! –, il parvient à réaliser un véritable coup d’État interne excluant Daniel du processus de décision... et de l’entreprise qu’il a créée et tant contribué à faire prospérer.

C’est pourquoi Daniel, écœuré, décide de se réfugier avec Petronius le Sage dans le long sommeil : les procédés de cryogénisation lui permettent, à lui et à son chat, de s’endormir pour une trentaine d’années, et de recommencer une nouvelle vie dans un monde qu’il espère meilleur. Mais tout ne se déroule pas comme prévu et, à son réveil, Petronius le Sage n’est pas à ses côtés. Et, surtout, quelques souvenirs émergent de sa trahison et des circonstances exactes de celles-ci, qui l’incitent à retrouver la petite Ricky, âgée d’une douzaine d’années quand il s’était endormi, et à qui il avait laissé tous ses biens.

C’est l’occasion pour Heinlein d’introduire un nouveau thème dans son récit, après ceux de la trahison (lourd d’une misogynie surprenante chez un auteur que l’on sait par ailleurs avoir été plutôt libéral en matière de droit des femmes... mais le personnage de Belle est tout simplement répugnant à l’extrême), de la robotique, de la cryogénisation et de la description d’un XXIe siècle naissant à vrai dire à peine ébauché et guère satisfaisant : une romance au parfum de subversion assez appuyé par le décalage des générations, entre un homme mûr et une petite fille.

Et c’est sans doute là ce qui fait tout l’intérêt – très relatif – de ce roman qui a plutôt mal vieilli. Pour le reste, on n’est pas devant du très grand Heinlein : si les – rares – scènes impliquant Petronius le Sage ne manquent ni d’humour ni de poésie – belle idée que celle de cette « porte sur l’été » –, le reste est pour le moins convenu, au mieux fade, au pire grotesque (la « drogue des zombies » !). Le style, comme d’habitude, est purement fonctionnel ; mais si Heinlein a su se montrer en d’autres occasions un brillant conteur, il tend ici à nous livrer un récit trop artificiel pour se montrer satisfaisant et trop prévisible pour convaincre. Quant aux personnages, le matou est de loin le plus charismatique... C’est dire si les autres sont ternes.

Reste donc cette romance assez osée, a fortiori pour l’époque. Et, en définitive, une apologie du progrès, notamment mais pas uniquement technique. C’est intéressant, mais c’est peu. Bien trop peu pour faire d’Une porte sur l’été une lecture véritablement recommandable. Ne nous voilons pas la face : ce prétendu « classique du domaine » est un roman mineur de l’auteur de Révolte sur la Lune, entre autres « vrais » classiques.


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Une porte sur l’été est donc en définitive une lecture un peu décevante, à réserver en priorité aux fans les plus acharnés de Robert Heinlein. Les autres pourront à bon droit et sans trop de regrets passer leur chemin.



NOTES

[1] Préface que les heureux Cafards auront néanmoins pu lire sur leur forum préféré, en attendant son rapatriement sur l’indispensable site Quarante-Deux.