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Première publication le 01/07/2007
Publié le 23/05/2008

Unica d’Elise Fontenaille

ED. LE SEUIL, JANVIER 2007

Par Olivier

Publié à l’origine chez Stock, ce livre n’avait a priori que peu de chances d’attirer l’attention du lecteur de SF : Unica est la première incursion d’Elise FONTENAILLE dans le domaine qui nous intéresse. La citation mise en exergue donne d’ailleurs le ton : « Flow my tears, the policeman said  ». Commencer un livre en citant le titre d’un des meilleurs romans de Philip K. DICK est plutôt un heureux présage...


Nous sommes dans un futur relativement proche. Herb Charity est un jeune flic, ancien hacker. Il travaille à Vancouver, dans la brigade chargée de réprimer la cyberpédophilie sur internet. Son passé de hacker et son présent de flic ont la même origine : sa jeune sœur a été la première victime canadienne d’un e-kidnapping. Elle n’est jamais revenue du RDV que lui avait donné un internaute.
Herb s’est donc donné pour mission de pourchasser les cyberpédophiles. Son quotidien se partage entre la surveillance des sites et l’appréhension de leurs clients, aux premières heures de la matinée.

Le livre lui, oscille entre le présent de Herb, ses souvenirs, et ses rêves. Il capte ses rêves à l’aide d’un dreamcatcher, et les décortique ensuite avec son analyste [on ne peut s’empêcher de penser à la nouvelle de R. A. LAFFERTY, Configuration du Rivage du Nord].

Un matin comme tant d’autres, Herb se prépare à arrêter un cyberpédophile. Arrivé à 6 heures du matin, il trouve l’homme tétanisé devant son PC, pleurant du sang. Les médecins sont formels, l’homme est définitivement aveugle.
Quand le même chose se reproduit pour l’arrestation suivante, Herb commence à se poser des questions. Il va découvrir qu’une bande de gamins a décidé de régler radicalement le problème de la cyberpédophilie en utilisant des nanopuces, dans le but de mutiler définitivement les cyberpédophiles. Dès lors, Herb va se détourner de la traque des pédophiles pour se lancer aux trousses des poseurs de cette fameuse puce, UNICA.

Voici hâtivement résumé la trame de court ouvrage d’à peine 160 pages. Loin d’être une simple traque, Unica est avant le portrait du jeune Herb. Traumatisé par la disparition non résolue de sa sœur, rongé par la culpabilité, c’est un personnage extrêmement ambigu dans sa relation à la sexualité. Le tact et la finesse dont fait preuve l’auteur dans la psychologie du personnage principal ne sont pas les seules qualités de ce remarquable ouvrage.

Courtement chapitré, le roman est servi par une écriture nerveuse, dépourvue de toute fioriture mais surtout admirablement maîtrisée. L’auteur va droit au but, évite toute longueur, ne laisse jamais le lecteur sur sa faim. Cerise sur le gâteau, l’auteur joue avec le lecteur en incorporant au texte quelques références de très bon goût. En tête de chapitre ou au milieu d’une phrase, vous ne pourrez passer à coté de « La nuit du chasseur », du temps glissant sur Mars ou d’un homme dont les dents...


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Oscillant entre l’anticipation et le polar, tour à tour nerveux et intimiste, sensible et dérangeant, Unica est un livre fort recommandable. En un seul roman et sans passer par la case espoir, Elise FONTENAILLE se hisse au firmament de la SF francophone à la seule force du talent, au côté d’un Francis BERTHELOT auquel elle fait parfois penser. Bravo, et merci encore à Philippe CURVAL pour sa défense acharnée du livre, [qui ne manqua pas d’attirer mon attention].