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Publié le 20/07/2008

« Vélum » de Hal DUNCAN

[« Vellum », 2005]

ED. DENOËL / LUNES D’ENCRE, SEPT.2008

Par PAT

[Hal Duncan... Hal. HAL. à coup sûr, ça n’est pas un hasard...] Roman monstre dont la réputation n’est plus à faire outre-manche et qu’on attend avec impatience depuis plusieurs mois, Velum débarque enfin sous nos longitudes.
Avec ce livre fracassant et cette histoire barrée au-delà de toute mesure, Hal DUNCAN ne se contente pas de secouer la SF. Il la retourne.


À travers la figure christique de Prométhéus, éternellement dévoré pour avoir trahi les Dieux, Vélum esquisse à traits sanglants un portrait total de l’humanité. Un portrait total dans une histoire... Totale.
Avec une plume aussi rentre-dedans que subtile, à mi chemin entre Chuck PALAHNIUK et Jorge Luis BORGES, Hal DUNCAN déroule son monde d’un ton unique...
Une façon violente - mais efficace - de saisir le lecteur par le col et de lui planter le nez dans l’horreur humaine.
Du maître argentin, il reste essentiellement le goût du labyrinthe, des récits emboîtés, de l’érudition profonde et joyeuse, Velum rappelant douloureusement le concept, borgesien par essence, du livre infini décrit dans la nouvelle Le livre de sable. Mais si les influences de DUNCAN sont plus ou moins évidentes au fur et à mesure que son roman se laisser dévorer, l’esprit, l’originalité et la profondeur du propos n’appartiennent qu’à lui. Un texte obscur, volontiers compliqué, parfois incompréhensible, mais jamais vain ni facile, car inscrit dans une sorte de métahistoire qui surplombe l’ensemble et le justifie.

Pas vraiment claire avant le dernier quart du roman, l’intrigue de Velum n’est pas de celles qu’on aborde à la légère. Composé de chapitres minuscules et d’entrelacements perpétuels, le livre se découvre peu à peu, comme autant de calques translucides, à mesure que les personnages prennent vie.
Au départ, bien sûr, il y a Dieu. Le Dieu protéiforme, vénéré depuis la nuit des temps sous toutes sortes de noms. Jupiter, Yahvé ou Allah, c’est toujours lui, la figure patriarcale et tutélaire, l’éternel créateur / exterminateur de mondes.
Ensuite, il y a les anges, les démons, les titans, toujours les mêmes. Enoch, Métatron, Raphaël, Baal, Moloch, autant de noms donnés par les dérisoires humains, autant de présences diffuses depuis la nuit des temps. La création toute entière n’est qu’un livre. Un livre infini, un Vélum, justement. Le support sur lequel notre monde n’est pas autre chose qu’une tâche d’encre [la suite de Vélum est intitulée... Encre, et ça n’est pas pour rien]. Le Velum, c’est l’ensemble des mondes possible, l’Histoire dans toutes ses dimensions, tous les présents, passés, futurs envisageables. En même temps. D’un seul tenant.

De cette conception monstrueusement compliquée émergent deux choses : il semble que les anges aient fini par assassiner Dieu. C’est Enoch, le scribe, alias Métatron qui règne désormais au Ciel, même s’il n’a pas officiellement remplacé Dieu [dont le siège vide trône toujours à la table de l’assemblée]. D’autres anges [Sammaël, mais pas que...] ont choisi la fuite, dégoûtés par un exercice de l’autorité qui les effraie. Par ailleurs, et c’est là que les choses se compliquent, tous les anges - y compris Satan himself - ont une composante humaine qui les incarne simultanément dans plusieurs présents parallèles à différentes époques et dans différents personnages. Cinq “héros” se partagent la vedette, de la bikeuse cyberpunk à l’insoumis irlandais [des tranchées de la Somme aux libertaires des Brigades Internationales en 1937], en passant par le mafieux américain flanqué d’un éternel tueur à gage, tous “vivants”, tous “présents”, à différentes époques.

Ce kaléidoscope n’oublie ni le nazisme [une version parallèle où les juifs sont les gnomes de la mythologie celtique], ni l’uchronique Friday bloody friday écossais, ni même l’Orgone de Reich.
Tous ces personnages se cherchent, se trouvent et, au final, s’affrontent. Ajoutez une dose d’homosexualité sur les campus californiens et un rapide retour à la violence urbaine italienne dans une figure mortuaire qui rappelle d’assez près Pier Paolo PASOLINI, et on obtient un livre irrésumable, mais dont les épiphanies et brefs moments d’illuminations sont formidables d’intelligence, de subtilité et d’originalité.


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Prototype véritablement convainquant du livre absolu, exploration contemporaine d’un JOYCE éclaté en mille morceaux, Vélum est un roman expérimental qui se mérite. On est très loin de la littérature de divertissement, mais bien dans une démarche d’implication du lecteur et de souffrance.

Pour ceux qui tiennent le coup, le voyage est tout simplement sublime. Vélum est à tomber par terre. Une chute qui fait mal et qui éblouit. Les autres lâcheront l’objet en route mais ne pourront pas s’empêcher de penser qu’ils sont passés à côté de quelque chose d’énorme.