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Publié le 05/09/2003

"Veniss Underground" de Jeff VANDERMEER

EDITIONS PAN MacMILLAN, AVRIL 2003

I M P O R T

Par Daylon

Veniss Underground” est sans nul doute l’une des productions SF les plus encensées de la fin de l’année passée. Si l’on se réfère aux susdites chroniques, Veniss est un récit sur l’identité, la mémoire et l’amour, dans un monde fantasmagorique à la fois grandiose et décadent. Les éloges ne manquant pas, il n’en fallait pas plus pour qu’un œil cafardeux ne tombe dessus.


C’est un futur lointain qui nous est décrit. Un de ceux où l’Holocauste a certainement du avoir lieu ; un de ceux où les gouvernements ont finit par éclater et passer progressivement le pouvoir à des structures administratives toujours plus petites.

Veniss est l’une de ces cités-états, séparées de ses sœurs par de gigantesques déserts nucléaires. C’est à peine si des échanges commerciaux existent avec ses voisines. C’est dans cette ville, où la dichotomie entre riches et pauvres s’est exacerbée à l’extrême, que vit Nicholas.

Nicholas est un artiste. Un créateur d’hologrammes. Mais comme le reste, c’est un art aussi mort que ses ancêtres picturaux. Nicholas est un raté. Il a beau s’acharner, il a toujours été un raté. Désormais, on parle d’art vivant. L’art vivant est la maîtrise de la génétique, là où l’Homme se permet de créer du vivant à loisir. Et dans ce domaine, Quin est un mythe.

Cet homme, peu de gens peuvent se targuer de l’avoir vu. Pourtant, Quin est littéralement un demi-dieu, une espèce de maître des entrailles de "Veniss". Tous les habitants ont son nom sur le bord des lèvres. C’est pourquoi Nicholas décide de trouver Quin pour travailler pour lui. Il sait que Shadrach, l’ex de sa sœur jumelle [nommée Nicolas], travaille pour lui [plus ou moins directement]. Mais Nicholas ignore encore quel est le prix à payer pour devenir un artiste de renom.

C’est dans la douleur et les larmes que Nicholas, Nicolas et Shadrach découvriront l’horrible vérité ; ce qui se trame réellement dans "Veniss Underground". Projet de longue haleine [on pourra se référer d’ailleurs à l’ajout en fin de récit, sur l’édition paperback, de la nouvelle à l’origine du présent projet ainsi que quelques notes explicatives de l’auteur qui seront les bienvenues], VANDERMEER avait déjà publié plusieurs parties de "Veniss" dans Interzone et Indigenous Fiction.

Jeff VANDERMEER [dont on peut retrouver des papiers sur le Locus Magazine anglais] nous propose ici une histoire résolument post-cyberpunk et sombre, mais non dénuée d’espoir. En fait, et très rapidement, on retrouve les thématiques développées par Paul McAULEY dans "Féerie" : Génétique, pouvoir de l’homme sur l’intimité de la Nature, mais dans le même temps de nombreuses références aux mythes infernaux [DANTE, pour ne pas citer l’auteur] ou aux délires à la limite du psychédéliques. Tous les ingrédients que l’on retrouvait déjà dans Féerie, roman que d’aucuns réclament comme fondateurs du Biopunk [j’émettrai quelques réserves face à la légitimité du « mouvement » dissident du post-cyberpunk, mais il est évident que l’association du trash et de la génétique devient le pendant du couple éther-nanotechnologies].

Mais “Veniss Underground” va beaucoup plus loin : ici, point de récit hasardeux ou de monde bancale. Si VANDERMEER montre autant d’ingéniosité à la seconde que son homologue MC AULEY, il nous fait tout autant preuve d’une écriture parfaitement maîtrisée.

Veniss peut être considérée comme un "Féerie" plus mâture, tout en se montrant plus osé, plus malade. VANDERMEER ne nous laisse pas sur le bas coté de la route et nous englobe parfaitement dans son univers malade et torturé. Pour cela, l’auteur nous fait passer tour à tour dans la peau de chaque protagoniste, chacun ayant une vision différente de la cité. Le début se montre très métaphorique, à la limite de la schizophrénie, puis on rassemble peu à peu les éléments nécessaires pour édifier notre propre point de vue. Le rythme est soutenu [l’univers décrit y est justement pour beaucoup, étant donné son folklore unique] et ne lasse jamais le lecteur. Beaucoup d’images, beaucoup de stress, Veniss abandonne une écume moite lors de sa lecture.

Pour finir la comparaison avec "Féerie", VANDERMEER parvient à faire ce que son homologue, malgré la puissance des idées, n’avait su faire : Nous intégrer totalement au monde de Veniss. D’une certaine manière, nous avons affaire à une Alice Aux Pays Des Merveilles Décadentes Sous Acides [pluriel]. “Veniss Underground” est bel et bien fantasmagorique. Ne soyez pas étonné si vous pensez à de nombreuses reprises à l’œuvre de Lewis CARROL. Veniss est étrange, à la fois ultra technologique et baroque. C’est un roman très graphique [pour aspect, on pourra le rapprocher au très visuel "Lord Gamma" - lisez-le - de Michael MARRAK] qui parvient à décrire par l’architecture et les couleurs une ambiance. Tous les détails que l’auteur [par la voix du narrateur] décrit, servent à cerner les sentiments du héros.

En fait, tout ne semble qu’images et on en vient jusqu’à douter de leur véracité ; une manière très personnelle de traiter de l’identité [et de la réalité, en fait]. On croise des êtres étranges, plus ou moins artificiels, plus ou moins animaux, mais tout aussi torturés que les héros. Mention d’ailleurs aux personnages du Gollux [sorte de bambin omniscient et paranoïaque] et de John The Baptist [Heu... On vous laissera découvrir par vous-même] ou aux séquences comme la cathédrale des dons d’organes, du train du trentième niveau ou du poisson géant.

On vous avait prévenu : “Veniss Underground” est un hymne à la décadence technologique.Je ne suis pas sûr d’avoir évoqué un quelconque défaut à Veniss et je ne suis pas sûr d’en avoir trouvé de suffisamment important pour être noté ici. Si nous sommes à un cheveu d’une claque de taille d’un "Tous A Zanzibar" John BRUNNER ou d’un "Neverwhere"[ Neil GAIMAN ], “Veniss Underground” se montre au moins aussi fort que "Substance Mort" [du décidément très populaire P.K. DICK ] ou d’un "Monstres Invisibles" [de l’illustre PALAHNIUK ], ce genre d’œuvres qui vous laisse pantois.


C’est grandiose, c’est sombre, c’est désespéré ; dément même. VANDERMEER démontre dans "Veniss" qu’il est un grand auteur.

Alors, la question se pose : A quand une traduction française ?