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Publié le 01/01/2006

"Visages volés" de Michael BISHOP

["Stolen faces"]

ED. FOLIO SF, JANVIER 2006

Par K2R2

Dire que Michael BISHOP est en France un auteur plutôt confidentiel est un doux euphémisme tant cet écrivain américain est peu traduit dans nos contrées. Les plus avertis ont sans doute lu "Requiem pour Philip K. Dick", un roman plutôt réussi qui se veut un hommage, sur le fond comme sur la forme, à l’oeuvre de DICK. Plus récemment, Thomas DAY avait sélectionné un texte de Michael BISHOP [« Apartheid, supercordes et Mordecai thubana »] dans son excellente anthologie "Les continents perdus".

Et c’est à peu près tout.

On peut regretter qu’un écrivain de cette qualité soit aussi injustement boudé par les éditeurs et le public français, mais il serait erroné de croire que la publication de "Visages volés", qui s’avère être le premier roman de l’auteur, inversera la tendance. Un roman honnête certes, mais pas forcément très représentatif de l’univers de BISHOP.


A la suite d’une insubordination, Lucian Yeardance, astronavigateur de son état, est muté sur la planète Tezcatl, une obscure colonie humaine perdue au fin fond de la confédération galactique. Bombardé kommissar, il est désormais responsable d’un sancorage, une communauté de lépreux parquée à l’extérieur de la colonie. Ces hommes et ces femmes sont en réalité atteints de la muphormose, une maladie proche de la lèpre et extrêmement contagieuse ; ceux qui en sont atteints sont appelés muphormes et sont victimes d’une dégénérescence physique qui mutile leurs corps et les conduit inexorablement vers la mort, sans aucune rémission possible.

L’ennui c’est que Lucian Yeardance n’est pas médecin, ni même aucun des membres de son équipe. Pire, en plus de souffrir des maux liés à leur maladie, les muphormes sont victimes de l’approvisionnement cahotique du sancorage en produits de première nécessité. La communauté des muphormes fait peine à voir : quelques centaines d’individus squelettiques, tenaillés par la faim, défigurés par la maladie et la souffrance.

Livrés à eux-mêmes, les muphormes ont socialement et culturellement régressé, la structure familiale traditionnelle a littéralement implosé tandis que les liens sociaux se sont inexorablement dégradés. Le nouveau kommissar n’était pas préparé à affronter une telle souffrance, mais encore moins à supporter le cynisme de l’administration locale, surtout lorsqu’il apprend à la suite de tests effectués sur la plupart des individus de la colonie, que ces derniers ont développé une immunité au bacille de la muphormose.

En clair, la maladie a complètement disparu depuis plusieurs années, alors même que les autorités étaient parfaitement informées de la situation. Bien décidé à ne pas se laisser cantonner au rôle d’administrateur docile, Yeardance embrasse rapidement la cause des muphormes, mais il devra pour cela percer les mystères de cette communauté aux coutumes étranges et obscures.

Réputé pour la qualité de son écriture et l’originalité de son univers, BISHOP déçoit sur ces deux principaux tableaux. Le style est, sans être mauvais, relativement plat, ne venant qu’en de rares occasions titiller le lecteur. Un défaut qui reste pardonnable pour un auteur dont le talent n’avait pas encore atteint toute sa maturité.

Moins pardonnable, le traitement des personnages n’est pas franchement à la hauteur, bien trop superficiel et distancié, alors même que ce type de roman exige des personnages fouillés et travaillés. Ici, seul Yeardance révèle une certaine complexité, les autres protagonistes ne sont qu’à peine esquissés. L’intrigue est quant-à elle plutôt bien menée, même si les lecteurs les plus perspicaces auront compris un peu avant la fin les tenants et les aboutissements de cette affaire.


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Toute l’originalité de BISHOP est finalement d’avoir adopté une perspective plutôt anthropologique. On découvre un peu à la manière d’un ethnologue cette étrange communauté de lépreux, et si la parenté avec Conrad évoquée par la quatrième de couverture peut prêter à sourire, la référence à Ursula K. LE GUIN n’est cette fois pas usurpée.

Un traitement original, qui donne un relief tout particulier à ce roman, mais ne suffit pas à en faire une publication majeure de cette fin d’année.