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Publié le 18/05/2009

Vision aveugle de Peter Watts

[Blindsight, 2006]

ED. FLEUVE NOIR / RENDEZ-VOUS AILLEURS, AVRIL 2009

Par W(illiam Guyard)

Univers virtuels, humains augmentés, premier contact, ballade dans le système solaire, batailles spatiales, le premier livre de Peter Watts publié en France mixe tout ces éléments pour livrer un « nouveau space opera » des plus enthousiasmants.
Mais attention, derrière cette quincaillerie se cache un roman parfois difficile, souvent pessimiste et porteur - n’ayons pas peur des mots - d’une véritable réflexion philosophique.


Dans un futur plus ou moins proche, plusieurs milliers de sondes atteignent simultanément la Terre et prennent un instantané de notre monde. Pour découvrir la nature et les intentions de l’intelligence responsable de cette intrusion, un vaisseau part aux confins du système solaire.
Quelques dizaines d’années plus tôt, des médecins amputent le jeune Siri Keeton de la moitié de son cerveau et la remplacent par une prothèse censée le guérir de son épilepsie. Parvenu à l’âge adulte, Siri conserve d’immenses difficultés à communiquer « normalement » tandis que les séquelles de ce traumatisme le marginalisent irrémédiablement. Capable en contrepartie de transmettre des idées qu’il ne comprend pas, il joue le rôle d’intermédiaire entre les hyper-spécialistes de la recherche, un talent précieux qui lui ouvre les portes de la mission spatiale.
Récit de la découverte d’un vaisseau d’origine inconnue, Vision aveugle entraîne le lecteur dans les profondeurs de l’artefact et dans celles de la psyché du narrateur, alternant les scènes d’exploration avec des fragments de l’existence passée de Siri.


De nombreux jeux sur la perception de la réalité prennent cadre dans cette classique histoire de premier contact, dont la fameuse vision aveugle, phénomène par lequel une personne privée de la vue agit inconsciemment en faisant fi de ce handicap. Mais chaque membre de l’équipage semble lui-même une expérience sur les sens : le physicien augmenté, la linguiste aux personnalités multiples, ou encore le non moins anormal Siri.
À leurs côtés, on trouve quantité de figures de l’altérité plus ou moins attendues : le vaisseau extra-terrestre et ce qu’il abrite, le chef de la mission terrienne (un homo sapiens vampiris, espèce génétiquement rappelée de notre passé), une intelligence artificielle, mais aussi l’équipage humain évoqué plus haut et qui n’en est pas moins alien.
Toute cette zoologie alimente une longue et passionnante réflexion sur la conscience et son rôle dans l’évolution. Loin d’être stérile, ce discours philosophique va même se révéler l’une des clefs de l’intrigue.


Sa nature d’aventure spatiale fait de Vision aveugle un « space opera » au sens premier, et l’intégration de sous-genres plus récents de la science fiction, en particulier le cyberpunk et la « hard science », lui donne pleinement droit à l’étiquette de « nouveau space opera ». Mais au vu de la quantité des disciplines abordées (physique, astrophysique, biologie, neurologie, ...) et de la crédibilité du propos, il s’agit tout autant d’un roman de pure « hard science ». Et les dizaines de références en annexe à des articles issus de Nature, Science et autres grands journaux scientifiques internationaux justifient plus que pour tout autre livre cette dernière catégorisation.
Chercheur en biologie marine, Peter Watts rend particulièrement crédible cette « hard science ». Devraient suivre dans la même collection les premiers romans de l’auteur, un cycle ayant pour cadre le fond des océans et dont le Bifrost 54 vient de donner un premier aperçu.


Livre ambitieux et stimulant, Vision aveugle n’est toutefois pas exempt de défauts. L’exploration du vaisseau-extraterrestre aurait gagné à se révéler plus étrange et palpitante, à l’instar de La Nef des fous. Des flash-back parfois trop longs cassent le rythme du roman. Mais surtout, l’auteur joue de l’hermétisme et livre les clefs de son univers et de son intrigue avec beaucoup trop de parcimonie. Si s’amuser à déchiffrer un univers fait le sel d’un roman de SF, cet incessant jeu du chat et de la souris s’avère ici usant et frustrant.


Texte plutôt difficile, ce livre est l’occasion de saluer son traducteur, Gilles Goullet, qui après ses récents travaux sur Robert Charles Wilson ou La Cité des saints et des fous, s’installe définitivement comme une valeur sûre, aussi bien pour le choix des œuvres que pour la qualité de leur traduction.


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Science-fiction intelligente et ambitieuse, Vision aveugle fait partie des excellents romans dont le plaisir de lecture ne saurait être entaché par les quelques scories restantes. Et le lecteur d’attendre impatiemment la prochaine traduction de Peter Watts, dont il espère qu’elle installera durablement l’auteur dans le paysage hexagonal, contrairement à un Richard Paul Russo dont La Nef des fous avait tant promis et Le Cimetière des Saints tant déçu.