EN BREF

 
VOS LIVRES DANS LA BOITE AU LETTRES !




En commandant vos livres sur Amazon.fr vous faites des économies [-5%] et vous participez au financement du site car le Cafard cosmique reçoit une petite commission sur les ventes.

Le livre le plus acheté
en mai 2010 :
Janua Vera +
de Jean-Philippe Jaworski
aux Ed. Moutons Électriques

 

A VOIR AUSSI

 
 
Publié le 01/06/2008

Voyageurs de Neal Asher

[Cowl, 2004]

ED. FLEUVE NOIR / RVA, JUIN 2008

Par K2R2

Après L’écorcheur, un premier roman prometteur, qui avait soulevé l’intérêt de la critique et du public, la collection Rendez-Vous Ailleurs nous propose un nouveau roman de Neal Asher, écrivain au flegme et à l’humour so british.
Autant le dire tout de suite : l’enthousiasme suscité par la lecture de L’écorcheur ne suffira peut-être pas pour convaincre à nouveau, encore faudrait-il que l’auteur ait gommé toutes les petites faiblesses qui entachaient sa première œuvre.


Quelque part dans un futur fort éloigné, deux factions de l’Humanité se livrent un combat sans merci à travers le temps et l’espace. De force à peu près comparable, Umbrathans et Heliothans ne peuvent cependant espérer l’emporter dans un affrontement frontal. Alors, avec le soutien d’un personnage extrêmement puissant dénommé Cowl, l’Umbrathane tente de remonter le temps le plus loin possible afin d’éliminer de la ligne temporelle principale son adversaire.
Cette lutte pour la suprématie n’est que la conséquence d’une divergence génétique, car [tout n’est pas si simple] les Heliothans se sont longtemps considérés comme la race la plus pure, disposant du matériel génétique le plus abouti et le plus performant ; et à ce titre, ils ont persécuté les Umbrathans durant des siècles. L’heure de la revanche à donc sonné pour l’Umbrathane, qui depuis la forteresse de Cowl, quelque part en plein milieu du protérozoïque, lance des attaques contre les bases de l’Heliothane, disséminées à des époques différentes.

Au milieu de cette guerre fratricide, deux ressortissants du XXIIème siècle, Polly et Tack, tentent d’échapper aux dégâts collatéraux. La première est une prostituée à peine sortie de l’adolescence, une jeune écervelée accroc à la dope bon marché ; le second est un tueur professionnel, une sorte de clone programmé génétiquement et mentalement afin d’exécuter les missions que lui confie l’U-Gov. Pour son plus grand malheur, Polly entre en possession d’un artefact disséminé par l’une des créatures de Cowl, et que l’U-Gov tente de récupérer par tous les moyens. Pour échapper aux griffes de Tack et de ses méthodes de tueur, Polly utilise l’artefact et se retrouve propulsée à travers le temps, tout droit en direction de la forteresse de Cowl. Quant à Tack, blessé par un morceau d’artefact, il est entraîné également dans cette course-poursuite à la suite de sa rencontre avec l’un des soldats de l’Heliothane.

En apparence complexe mais structurellement assez simple, le roman de Neal Asher a tout du divertissement efficace et calibré, taillé pour le succès. A bien y réfléchir d’ailleurs, il n’y a dans tout cela rien de bien révolutionnaire : voyage dans le temps, paradoxe temporel, affrontement manichéen entre deux factions post-humaines, action largement distribuée et suspense efficacement dosé.... on a déjà lu ça des dizaines de fois. Sauf que Neal Asher n’est pas exactement né de la dernière pluie et sous cette apparence trompeuse se cache un roman finalement moins bête qu’il n’y paraît.
Tout d’abord, le principe qui consiste à transférer l’affrontement sur le plan temporel et non plus seulement spatial, donne au récit une dimension supplémentaire et complexifie les règles du jeu. Par ailleurs, alors que la plupart des histoires de voyage dans le temps se contentent d’explorer le futur ou l’histoire humaine, l’auteur s’en affranchit allègrement et nous invite à visiter les temps géologiques les plus reculés, dans un affrontement à coup de bombes plasma, pistolets à tête chercheuse et autres joyeusetés ; le tout parmi les stégosaures et autres tricératops de passage. Inutile de préciser que le décalage historique fonctionne à plein régime.
Derrière ce conflit visiblement manichéen, se cache une réalité plus complexe, qui se révèle au fil du récit, pas de manière aussi subtile qu’on le voudrait malheureusement. Vrai point fort du roman : l’humour très britannique de l’auteur, qui, pas une seule seconde, ne prend son histoire trop au sérieux. Ce détachement, ce recul salutaire sauvent le récit d’un premier degré qui aurait été affligeant de nullité.

Reste que l’écrivain échoue sur d’autres points, et pas des moindres. Sur le plan de l’écriture, on atteint le tout juste passable, dans un style assez quelconque et transposable à l’infini. Le genre s’y prête, il est vrai, mais l’auteur aurait pu soigner davantage son écriture sans pour autant faire injure à la longue tradition du roman d’action.
Le roman souffre également d’un découpage nettement abusif, les chapitres ne dépassant pas quelques pages, sans doute pour dynamiser le récit. Je trouve ça extrêmement agaçant, mais cela n’engage que moi bien évidemment.... Et puis que penser de cette pénible habitude qu’a l’auteur d’abuser des retournements de situations venus de nulle-part, ou de sa fâcheuse tendance à remettre en piste des personnages laissés pour morts plusieurs chapitres auparavant. La première fois ça passe, à la rigueur ; davantage et le lecteur regrette la facilité narrative.


COMMANDER

Neal Asher propose donc un divertissement fort honnête, plutôt au-dessus de la moyenne, mais entravé par quelques défauts franchement agaçants. Très honnêtement, l’inventivité dont fait preuve l’auteur, sa capacité à prendre du recul vis à vis de ses personnages et de son récit, font de Voyageurs une lecture plaisante et agréable, mais qui manque singulièrement de profondeur.
Sans doute n’était-ce pas le contrat initial, mais il est préférable que le lecteur soit prévenu à l’avance.