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Publié le 06/10/2006

"Vurt" de Jeff NOON

["Vurt", 1993]

[REED. LA VOLTE, SEPT. 2006]

Par Mr.C

Voici le roman qui révéla Jeff NOON au Royaume-Uni, la première plume d’un cauchemar trash et poétique qui court aujourd’hui sur quatre romans. Si "Pollen", paru en France avant l’été, l’a précédé en librairies à cause des délais de traduction, "Vurt" est bien le premier des deux à avoir été écrit. Le plus vert et le plus nerveux aussi.


PRIX ARTHUR C. CLARKE 1994

Qu’est-ce que le Vurt ? Un ensemble d’univers fantasmatiques, partageable comme un MMPORPG, complexe et convulsé comme un musée dessiné par Frank Gehry, des mondes et des mondes à l’intérieur des mondes dans lequel on peut se promener, jouir et/ou mourir. Dans le Vurt, tout peut arriver. Les mythes, les contes, l’imaginaire collectif et les fantasmes individuels s’y mêlent et s’interpénètrent. Certains ressemblent à des jeux vidéos, avec mission à remplir, ennemis, pièges à éviter... D’autres à des cauchemars concoctés par un psychothérapeute haineux. L’entrée se fait par un simple chatouillement de plume au fond de la gorge.

"Les Chasseurs de speed", c’est le nom que se sont donné Beetle, Bridget, Scribble et Mandy, une bande de zonards amateurs de Vurt. Toujours en quête d’une plume plus audacieuse, ils ont tout essayé : les plumes bleues, bien sûr, accessibles et pas dangereuses, les plumes roses qui vous projettent dans des rêves porno surréels, les plumes noires, plus déstabilisantes et même quelques plumes jaunes, les plus trash, les plus vicieuses.

« Soyez prudents, soyez très très prudent »
Maître Chat


C’est dans une jaune, Curious Yellow, que Scribble a perdu sa sœur il y a plusieurs années de cela. Desdémone et lui flirtaient trop loin, cherchant à oublier les sévices du paternel, plongés dans la jaune... Desdémone a trouvé cette plume dans une plume, une porte sur un meta-vurt, le rêve dans le rêve... dangereux. Elle n’est pas revenue. Et comme le veut la loi d’Hobbart, Scribble est ressorti du rêve avec un équivalent-valeur : une masse de chair suintante aussitôt baptisée "La Chose de L’Espace". Depuis, il n’a de cesse de tenter de retrouver LA plume dans laquelle sa sœur est perdue...

Jeff NOON affronte le thème des réalités virtuelles avec un marteau et des ciseaux. Le marteau lui permet d’abattre cloisons et tabous, de rythmer son récit à coup de séquences chocs, de poursuites dramatiques, et d’échanges de balles. Le ciseau découpe la syntaxe et le vocabulaire pour les ré-agencer en désordre, juxtapose et copie-colle avec un sens de la formule précis et une poésie certaine.

« Le portier du Slictueux Tove était un gras lapin blanc. Sa tête couperosée émergeait d’un col de fourrure maculé de bière et il tenait une large montre gousset dans ses grosses mitaines blanches. La grande aiguille était sur le douze, la petite sur le trois. Ce qui nous fait trois heures du matin de cette nuit à peine entamée. »

Cette écriture syncopée, l’ampleur de l’univers exploré, la force très contemporaine des thèmes de la drogue, de la dépendance, de la perte, mêlés aux obsessions de NOON, on fait de "Vurt" un roman culte dans certains milieux british. Le roman a été adapté là-bas en pièce de théâtre, en comic books, en jeu de rôle... et prochainement il fera l’objet d’une adaptation cinéma [Jeff NOON lui-même en écrit actuellement le scénario]. Pourtant la première traduction française, chez Flammarion en 1998, est passé quasi inaperçue dans un lourd silence critique. Le désir de Mathias ECHENAY, fondateur des éditions La Volte, était donc de donner une deuxième chance à l’imaginaire noonien. Qu’il en soit remercié.

Ecrit avant "Pollen", "Vurt" est plus adolescent, plus immature, en accélération permanente, plus agressif aussi et certains diront moins aboutis au final. Ca n’est sans doute pas faux. Mais le cœur de ce roman bat à 100 à l’heure et l’on prend plaisir à dévisager sous un autre jour, à peine éclos de l’imaginaire noonien, les chiens-robots et les ombre-flics, dont on avait suivi l’itinéraire dans "Pollen".


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L’univers noonien est certainement un des plus déboussolants qu’il nous ait été donné d’explorer depuis quelques années. Et si "Vurt" n’est pas, d’un point de vue littéraire, le plus réussi du cycle, il en demeure le point de départ et son énergie accroche le lecteur sans pitié.

Se plonger dans" Vurt", c’est donc - d’un certain point de vue - assister à la naissance d’un monde et d’un auteur, tous deux promis à un avenir superbe. L’expérience est intense.