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Publié le 15/12/2007

Caliban de Tad Williams, précédé de La Tempête de William Shakespeare

[Caliban’s hour, 1994 précédé de The Tempest, vers 1613]

ED. TERRE DE BRUME, OCT. 2007

Par eleanore-clo

Surprise ! Terre de Brume, qui s’acharne à rééditer moult et moult grands classiques parfois oubliés, nous livre cette fois un inédit !
Caliban est un prolongement imaginé par Tad Williams à la célèbre La tempête, pièce de théâtre de Shakespeare. Du coup, l’éditeur breton nous offre un couplage : Caliban + La tempête en un seul volume.
Amateurs des belles lettres et de la fantasy, ce livre est pour vous.
N’hésitez pas !


L’action de La tempête se déroule sur une île perdue en Méditerranée. Prospero, le duc légitime de Milan, déchu par son frère, y partage son exil avec sa fille, Miranda, ainsi qu’avec un être monstrueux, Caliban. Usant de ses pouvoirs magiques, le vieil homme déclenche un ouragan et provoque le naufrage du vaisseau transportant son suzerain et l’usurpateur du duché. Grâce à toutes sortes de machinations, Prospero finit par récupérer ses terres, mieux même, il marie sa fille au fils du roi.

Caliban débute 20 ans plus tard. Le monstre, abandonné sur l’île, revient sur terre pour se venger d’années et d’années d’humiliations et de solitude. Mais Prospero est depuis longtemps décédé. Seule, reste sa fille, aujourd’hui reine de Naples, et dont la créature fut un temps amoureux...

De nombreux auteurs de SF ont bâti des passerelles entre leur genre et la littérature générale : Jérôme Noirez s’était récemment inspiré de Alice aux pays des merveilles, Garry Kilworth, il y a quelques années, du Songe d’une nuit d’été.
Tad Williams s’inscrit donc dans une tradition, dans un exercice de style dont une des difficultés réside dans le positionnement par rapport à l’illustre prédécesseur : ni trop près, ni trop éloigné.

Force est de constater que l’auteur réussit son pari. Il s’approprie le personnage créé par Shakespeare, lui donne une consistance et une épaisseur que le poète de Stratford-Upon-Avon n’eut sans doute pas désavouées. De plus, Caliban n’est plus dépeint comme un monstre mais comme un martyr des manigances du vieux duc, un incompris, assoiffé d’amour et de reconnaissance. La difformité cache une âme sensible, naïve, innocente et beaucoup moins corrompue que celle de Prospero. Au final, le marginal se révèle bien plus honnête et généreux que le vieux duc.

La relation entre Caliban et Miranda s’éloigne des canons shakespeariens [la mort au bout du récit] pour rejoindre un vibrant manifeste en faveur des rejetés de la société.

On peut regretter une fin quelque peu artificielle. La survenue d’un autre révolté, d’un autre incompris détonne quelque peu. La longue nuit durant laquelle le monstre menace Miranda et se raconte ne pouvait connaître qu’un seul dénouement, l’étouffant huit clos devait déboucher sur le drame... De plus, le recours au modèle judéo-chrétien du sacrifice filial ne s’imposait pas forcément... Tad Williams a fait d’autres choix.


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Au final, Caliban est un exercice réussi tant pour l’éditeur qui parie sur l’intelligence du lectorat de SF (comme Le Cafard Cosmique, quoi !) que pour l’auteur qui transcende le modèle shakespearien.