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Publié le 01/03/2009

Warchild de Karin Lowachee

[Warchild, 2002]

ED. LE BELIAL’, MARS 2009

Par Nolive

Voici donc le premier roman d’une illustre inconnue, la canadienne Karin Lowachee. Que ce Warchild ait gagné un concours du meilleur premier roman organisé par l’éditeur Warner Aspect est un premier bon point. Qu’il ait pour cela été sélectionné par Tim Powers en est un autre, sans compter que le roman a été finaliste du Philip K. Dick Award en 2002.
Et qu’il soit publié en France par le Bélial’, éditeur dont le goût et l’exigence ne sont plus à prouver, achève de nous convaincre d’y jeter un œil attentif...


Jos est un petit garçon de huit ans qui ne connaît de l’univers que le vaisseau marchand sur lequel il est né. Bien sur, il a déjà visité quelques stations à l’occasion d’escales, et il sait qu’il existe des planètes, sortes de stations en beaucoup plus gros ; il sait aussi que c’est pour l’une de ces planètes que les humains sont en guerre contre les Strits. Il sait enfin que s’il est caché sous cette grille, dans sa cabine, cette fois ce n’est pas un exercice : le vaisseau est attaqué par des aliens qui mangent les enfants, par le Warboy lui-même peut-être, ou encore par des pirates qui, si ils le prennent, l’emmèneront pour le vendre à Centresclave...

Ce qu’il ne sait pas encore, c’est qu’il est désormais orphelin, et que sa vie ne ressemblera en rien à ce à quoi il aurait pu s’attendre ; il va être capturé par des pirates, puis recueilli par des aliens, il va même devenir l’élève du Warboy... et il sera un jour appelé à jouer le jeu délicat de l’espionnage et de la trahison.

A priori, voilà de quoi mettre en place un bon gros space-opera qui tâche, et autant l’avouer tout de suite, Warchild est un bon gros space-opera. On en ressort avec son content de fusils-laser, de batailles galactiques et de simili-jedis. Le tout bien mené, sur une intrigue qui ne s’encombre pas d’excès d’originalité mais reste prenante et efficace.

Il faut donc bien qu’il y ait quelque chose pour distinguer vraiment ce livre des dizaines d’autres du même tonneau qui fleurissent dans les catalogues des éditeurs : ce sont ses personnages qui se chargent du boulot.

Tous les personnages de Karin Lowachee sont travaillés, crédibles. A commencer bien sûr par Jos, narrateur et personnage principal. Huit ans au début de l’action, dix-sept à la fin, il est crédible en tant qu’enfant, ado et jeune adulte, notamment grâce à des choix narratifs judicieux, qui soutiennent efficacement son développement et son évolution.
La première partie [sa capture et sa séquestration par un pirate aux intentions troubles], entièrement rédigée à la deuxième personne du singulier, en est l’exemple le plus frappant. La narration ne s’adresse alors pas au lecteur mais à l’enfant lui-même, et, s’opposant au témoignage direct [à la première personne] développé dans tout le reste du roman, jette un doute sur la nature et le détail des traumatismes fondateurs de la personnalité d’un héros autrement plus complexe, crédible et attachant que l’Ender Wiggin d’Orson Scott Card, autre enfant héros de la SF auquel on pense immanquablement dès les premières pages.

Karin Lowachee n’oublie jamais que Jos est un être qui se construit sur la base du traumatisme subi entre huit et neuf ans mais aussi, et sans cesse, au fil des expériences qui jalonnent sa vie. La construction et l’évolution de cette personnalité sont le véritable enjeu du roman, que l’auteur mène à bien avec pudeur et sans mélo, adoptant avec justesse le point de vue de l’enfant sur le monde des adultes qui tous, à leur manière, le manipulent.
Lowachee réussit à créer un héros convaincant, sans négliger pour autant les personnages secondaires, complexes et souvent surprenants. On lui pardonnera donc les quelques défauts les plus évidents : un style qui ne demande qu’à se développer, et quelques ficelles un peu grosses ; une intrigue efficace mais tout de même peu surprenante ; et surtout, une vision de « l’autre » très américaine : que les extraterrestres soient confortablement humanoïdes n’est pas gênant, mais leur philosophie et leur culture sont un peu trop évidemment d’inspiration extrême-orientale...


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Voilà un bon space-opera qui est aussi un roman psychologique plus fin qu’il n’y paraît au premier abord.
Karin Lowachee a déjà écrit deux autres romans se déroulant dans le même univers. On ne sait pas encore si un éditeur français s’y intéressera, mais on ne peut que souhaiter relire cette jeune auteure très prometteuse. Et espérer qu’elle ne s’enferme pas dans le créneau frustrant du « bon divertissement »...