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Publié le 03/04/2010

Welcome to the death club de Winshluss

ÉD. CORNELIUS, 2010 (PREM. ÉD. 2001)


« Members only. » Welcome dans l’univers très select du Death club. Précédemment parues dans les revues Jade et Sierra Nueva, les histoires qui composent cet album ont la mort en commun. Mort violente, sale, stupide. Mais où l’humour et la satire sociale ne laissent pas indifférent.


Winshluss se complaît dans un monde morbide, provocant et cru. Avec toute une foule de personnages malsains, idiots et cruels. Pourtant, on perçoit dès la première lecture sa poésie particulière et la sensation qui s’en dégage. Comme peut en témoigner le grand prix d’Angoulême obtenu l’an dernier, à l’unanimité, pour son Pinocchio. L’univers de l’auteur livre certains parallèles intéressants avec des créateurs marquants, qui explorent la même veine, dans tous les domaines artistiques et sur plusieurs époques : Lautréamont, Huysmans, Kafka, Goya, Teulé, Thiefaine, Blanquet ou Franquin. Néanmoins l’influence la plus déterminante est peut être celle de Walt Disney. La couverture illustre parfaitement cette idée : deux charmantes têtes blondes jouent, insouciantes, dans un décor presque idyllique. Mais les enfants jouent avec une grenade sous le regard étonné de la Mort. Des enfants qui s’amusent, des couleurs chatoyantes, on s’attend vraiment aux animaux mignons et à l’inévitable chanson. Les personnages de Winshluss glissent toujours de l’univers enfantin et rassurant vers le désespoir et le trépas. Sans retour possible.

À l’instar des aventures des studios Disney, les histoires de Welcome to the death club se présentent comme des fables, hors du temps, à la portée universelle. Du porc qui veut devenir célèbre à l’autostoppeur pervers en passant par l’écrivain maudit, autant de personnages qui évoluent dans des décors anonymes, dont l’interchangeabilité accentue le côté intemporel pour devenir des figures mythiques contemporaines. Dans l’univers Disney les contes finissent toujours bien et la morale est sauve ; dans les livres de Winshluss les contes finissent toujours bien… d’un certain point de vue : la morale est détournée, corrompue.

Baudelaire parlait d’« extraire la beauté du Mal », c’est un peu ce que l’on ressent à la lecture de Welcome to the death club. Dans une moindre mesure, les histoires de Winshluss provoquent constamment ce jeu d’attirance/répulsion. Le lecteur est partagé entre le plaisir de la lecture et le voyeurisme ; entre l’humour et le divertissement malsain. Le titre, aussi, invite à faire sien cet humour, à accepter ce monde glauque (et réel ?), et à intégrer la noirceur générale.

Ce n’est pas un cas à part dans la littérature. Plusieurs traditions populaires mettent en scène la mort. Mais Welcome to the death club se distingue par son parti pris humoristique et militant. Pas au sens révolutionnaire, mais plutôt dans sa volonté de mettre en scène des personnages pauvres ou des classes moyennes ; des individus souvent broyés par le système ; des morts, des suicides, des agressions qui ne sont que la finalité d’une pression sociale et morale. Le monde de Welcome to the death club concourt à notre société violente et sensible, à notre pratique conservatrice.


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Un album inclassable entre humour noir, satire et regard critique sur le monde, mais un album primordial pour ceux aiment la bande dessinée inventive et séditieuse. Cornelius réédite ici une œuvre marquante dans le paysage de la bande dessinée contemporaine.



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