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Dialogues électroniques, phobie des marques et manipulation, William GIBSON, l’écrivain pionnier des réseaux informatiques, part en quête virtuelle dans l’univers impitoyable du marketing de pointe avec "Identification des Schémas".

L’intrigue est, comme toujours, démultipliée : Cayce Polard, jeune femme atteinte de la "phobie des marques", a développé un talent unique dans l’analyse du potentiel commercial des logos et autre branding. GIBSON la lance sur les traces d’un mystérieux court-métrage ainsi que d’un père disparu le lendemain du 11 septembre.

Avec ce roman l’inventeur du cyberespace explore les obsessions et les manies contemporaines en signant, par la même occasion, son premier roman non SF.

Pourtant, omniprésence des médias, impact d’Internet sur nos mœurs, réalité virtuelle, mixage des cultures, nouveaux cultes urbains, l’amateur retrouvera les thèmes qui sillonnent l’œuvre de l’écrivain américain depuis les débuts.


- Le Cafard cosmique : Depuis quand éprouvez-vous l’envie d’écrire ?

- William GIBSON : Je crois me souvenir que j’avais environ 11 ou 12 ans, quand j’ai pensé pour la première fois que devenir un écrivain de science-fiction serait une excellente idée... Le temps passa et vers 16 ans, après différentes tentatives, je réalisais finalement, que ce n’étais pas une si bonne idée [rire]. Mais je me souviens bien que cette envie d’une carrière d’écrivain est née très tôt.

- CC : Quel genre de livre aviez-vous envie d’écrire la première fois ? Un livre de science-fiction ?

- WG : Je devais avoir dans les 26/27 ans quand j’ai commencé à m’intéresser sérieusement à l’apprentissage de l’écriture. La science-fiction était pour moi une bonne façon d’entrer en carrière, de devenir un véritable écrivain. Cela me semblait plus accessible de passer par la case "science-fiction". Il y a d’autres raisons, bien sûr, parmi lesquelles, la passion que j’entretenais pour le genre étant enfant.

- CC : Comment envisagez-vous la période "cyberpunk", avec le recul ? ?

- WG : Pour moi, il y a 2 définitions du cyberpunk. La première serait littéraire et historique et la seconde entrerait plutôt dans une sorte de définition de la pop culture de la fin du XX° siècle. La définition littéraire et historique me semble aujourd’hui faire partie du passé, quant à la facette "pop culture" du cyberpunk, elle est au contraire encore tout à fait opérante dans notre société. Si le cyberpunk existe encore, c’est sous la forme d’un niveau bien particulier de la pop culture.

Gibsonnisme : L’œuvre.

- CC : Comment est née l’idée de départ de "Neuromancien" ? ?

- WG : L’histoire de "Neuromancien" est intéressante, dans le sens où il s’agit d’une commande. L’éditeur américain, Terry CARR s’intéressait à la science-fiction et publiait beaucoup de jeunes écrivains. J’ai été l’un d’eux. Pour moi cela a été un choc. Je ne me voyais vraiment pas écrire un roman. J’avais déjà essayé, 5 ou 6 ans plus tôt, mais sans succès. Dès que j’ai eu le contrat, il a bien fallu que je me mette au travail. Je suis donc retourné à la science-fiction, puisque j’avais déjà publié sous forme de courtes nouvelles. Deux d’entre-elles, "Johnny Mnemonic" et "Burning Chrome", me semblaient contenir les germes d’un monde que je pouvais développer. Particulièrement "Burning Chrome", à cause des descriptions très détaillées du cyberespace, que j’y faisais. Le cyberespace qui deviendra le terrain de jeux et le champ de bataille de mes romans futurs.

- CC : Parlons de vos influences. Certains personnages dans "Neuromancien" sont profondément burroughsien, je pense particulièrement à Riviera. Pouvez-vous nous parler de l’importance de BURROUGHS dans votre vie et dans votre œuvre ? ?

- WG : Il y a beaucoup d’éléments épars dans « Neuromancien ». Armitage par exemple, l’employeur de Case et Molly [les "héros" du roman, NDA] est un cas typique de trauma post-Vietnam. Je me suis inspiré des gars qui étaient revenus de là-bas pour lui. Julius DEAN pourrait être BURROUGHS lui-même, avec son métabolisme modifié par les drogues et Riviera est un cauchemar Burroughsien, tout à fait. J’ai rencontré BURROUGHS, deux ou trois fois. Il m’a dit avoir adoré mes livres. J’étais totalement impressionné, bien sûr et très fier. J’ai beaucoup d’admiration pour le personnage et pour ses œuvres. Je garde pour lui une estime immense, je ne sais pas ce que je serais aujourd’hui sans lui...

- CC : Dans "Comte Zéro", votre second roman, pourquoi avoir choisi le panthéon des dieux vaudous pour illustrer l’univers des intelligences artificielles qui hantent la matrice ? ?

- WG : Quand j’étais enfant, je lisais un livre sur l’histoire du vaudou, j’étais fasciné par les Vévés, les symboles personnifiant le panthéon vaudou. Parallèlement, je construisais un model très simple de radio, vous savez, ces boites à construire soit même ? Et il m’a semblé exister une relation étroite entre les dessins que formaient les circuits imprimés des cartes que je manipulais et les Vévés. A l’époque où j’ai écrit "Comte Zéro", je me suis souvenu de cet épisode de mon enfance, de cette analogie visuelle et cela m’a inspiré. Je n’étais pas content du livre au début, quand j’ai commencé à imaginer que les dieux vaudous se manifestaient dans la matrice, tout fonctionnait beaucoup mieux.

- CC : Troisième roman : "Mona Lisa s’éclate"... Les personnages principaux, "Henry la Ruse" et "Little Bird" sont-ils inspirés des créateurs de robots iconoclastes du Survival Research Laboratory, le groupe de Mark Pauline ? ?

- WG : Oui ! Tout à fait. Etonnament, j’ai écrit « Mona Lisa » avant de les rencontrer. Je me suis présenté à Mark Pauline au cours d’un colloque, il s’est d’abord dit "mais qui est ce type !" [Rire] Quand il a compris que j’étais l’auteur de "Neuromancien" et donc "Mona Lisa Overdrive" [titre original, NDA], il a déclaré que mon étude de la motivation des personnages dans la création de robots et d’armes étranges était très proche des véritables motivations des membres du SRL. Ensuite je me suis intéressé au groupe d’un peu plus près et je me suis inspiré de leur technologie dans certains de mes livres suivants. Particulièrement pour ce qui est des armes...

- CC : A ce propos, tout au long de votre œuvre vous décrivez des sub-cultures de toutes sorte [les modifications corporelles, les tatouages, la musique, les tenues vestimentaires excentriques...] Pourquoi cette passion pour les cultures marginales et comment avez-vous découvert ces univers ? ?

- WG : J’ai toujours été fasciné par les contre-cultures, je ne sais pas exactement quand cela a commencé. A une époque, alors que ma vie n’allait pas très bien je me suis instinctivement pencher sur les contre-cultures, leurs origines, ce qu’elles avaient en commun, quel était leur champ d’action, quel sera leur impact dans le futur...

- CC : Dans "Idoru", votre cinquième roman, nous faisons connaissance avec Rei Toei, l’idole virtuelle. Dans sa suite "Tomorrow’s Parties", elle prend corps dans la réalité. Peut-on dire qu’elle symbolise toutes les idées de la cyberculture qui sont aujourd’hui présentes et bien vivantes, dans notre société ? ?

- WG : Oui, on peut dire ça. C’est un peu dans ce sens que j’ai utilisé les nanotechnologies dans ce roman. Comme révélateur. Mais la fin très ouverte du roman laisse aussi penser que je n’avais aucune idée d’où allaient nous emmener ces nanotechnologies, dans le futur. C’est un grand mystère. "Tomorrow’s Parties" est une façon d’exorciser ce "trou noir" que représente à mon sens, ces technologies.

"Identification des Schémas"

- CC : Pourquoi écrire un roman mainstream si tard ? ?

- WG : C’est quelque chose que j’essayais de faire depuis mes 3 derniers livres. Finalement écrire "Identification des Schémas"dans le contexte actuel s’est avéré plus facile que je ne le pensais, certainement parce que le monde dans lequel nous vivons est devenu tellement tordu qu’on ne peu plus réellement faire la différence entre la fiction et la réalité. J’avais l’impression d’écrire de la même façon que pour mes derniers romans...

- CC : Pourtant, dans les remerciements d’ "Identification des Schémas", avouez-vous n’avoir pas vraiment cru à ce projet ? ?

- WG : Quand j’ai eu terminé ce livre, les attentats du 11 septembre 2001 n’avaient pas encore eu lieu. Ils ont eu lieu quelques semaines après. A partir de ce moment-là, je me suis dit "Tu ne peux pas passer à côté d’un événement pareil !". Mais voilà, j’avais également un manuscrit de plus de 400 pages dans les mains, ainsi que des années de travail derrière mois. Je ne savais pas si j’aurais le courage de tout reprendre à zéro, car c’est bien de cela qu’il s’agissait. Je ne pouvais décemment pas me contenter de glisser quelques allusions au 11 septembre dans mes pages. La réalité contemporaine venait de changer si violemment, si brutalement et si rapidement que tout était bouleversé. Le matériel premier du roman était également réduit à néant. Finalement, après de nombreuses discussions avec des amis proches j’ai décidé que j’avais dans ces pages, les moyens de dealer avec cette nouvelle réalité.

- CC : Justement dans "Identification des Schémas", le 11 septembre 2001 est finalement très présents. C’est particulièrement important pour votre principale protagoniste, Cayce POLARD. Où étiez-vous quand les avions ont percuté les tours ? ?

- WG : J’étais sur un forum, en pleine conversation avec des amis... [silence]. Tout à coup, l’un d’eux écrit : "Je viens d’entendre les infos, un avion vient de percuter une des tours du World Trade Center à New York !" Tout le monde pensait, et moi le premier, qu’il s’agissait d’un accident. D’un petit avion de tourisme... Et au bout de quelques minutes, après avoir reloadé ma page, je lis un deuxième message : "un deuxième avion, vient de frapper l’autre tour !" Là, j’ai décroché et je me suis rué sur la télé. J’ai assisté comme tout le monde, ou presque, à l’événement à la télévision.

- CC : C’est tout à fait comme dans "Identification des Schémas", vous étiez sur ce forum et une autre vision de la réalité vous a été imposée par les participants... ?

- WG : Oui ! Le site sur lequel j’étais quand c’est arrivé est une forme prémonitoire du forum dont je parle dans "Identification des Schémas". En fait, je n’avais jamais eu cette sensation de proximité sur Internet avant de fréquenter ce site. Auparavant je ne pensais pas qu’on pouvait socialiser de cette façon dans le cyberespace, jusqu’à il y a environ 2 ans et que je rencontre ces gens sur ce forum.

- CC : En 1992, vous écriviez "Agrippa, A Book Of The Dead" [long poème sur disquette, non traduit] à l’occasion de la disparition de votre père. "Identification des Schémas" est-il un nouvel hommage à votre père ? Souhaitez-vous en parler ? ?

- WG : La perte d’un être cher est souvent fondatrice pour un être humain. Particulièrement pour un écrivain. Cette absence est toujours présente, c’est vrai et "Identification de Schémas" l’exprime peut-être de manière plus "lisible" qu’ "Agrippa". Mais c’est quelque chose de latent, que nous ressentons tous, un jour. Certains s’en servent pour alimenter une œuvre, d’autres non...

- CC : Il y a l’absence du père, mais aussi peut-être de votre pays d’origine puisque vous avez quitté les Etats-Unis pour vivre au Canada... ?

- WG : C’est peut-être en effet, une réaction d’expatrié, une nostalgie de mes racines, du lieu où je suis né....

- CC : Dans "Identification des Schémas", vous transformez Google, en verbe, en adjectif, que signifie ce jeu de langage pour vous ? Comment appréhendez-vous les mutations de la langue anglaise, vous n’avez pas l’impression qu’elle change de plus en plus rapidement ? ?

- WG : C’est vrai que la langue anglaise évolue à une vitesse inouïe ! C’est d’ailleurs un des avantages historiques évident de la langue anglaise. Cela doit être dans l’ADN. Les Angles et les Saxons étaient des peuples conquérants. Ils ont du faire preuve de facultés d’adaptation exceptionnelles, ont subi de nombreux changements, cela doit jouer dans cette évolution continuelle. Dans beaucoup de mes romans je joue avec les mots comme cela. Les premiers étaient plus abstraits, puisque les personnages évoluaient dans un univers futuriste, mais dans ce dernier roman, j’utilise des termes comme "googler quelqu’un", ce genre de chose, pour montrer à quel point en effet, la langue anglaise peut atteindre un point d’étrangeté rarement égalé.

- CC : Les dialogues sont très fins dans ce nouveau roman. Les personnages parlent souvent à demi mots ; tout est dans le contexte de la conversation. Pensez-vous que cette façon de communiquer soit un des paradigmes de notre époque ? ?

- WG : Peut-être... Je pensais à quelque chose que j’avais lu précédemment. Un roman où la communication par emails était très important, mais en même temps je ne voulais pas utiliser ce genre de "système littéraire" qui tend à faire "nouveau". C’est pourquoi j’ai choisi d’émailler le roman de correspondances électroniques sur un mode plus classique, plus épistolaire. Cela convenait au paradoxe que je vois dans la communication par mail et surtout convenait parfaitement à l’expérimentation du style et de la forme que l’on peut trouver dans les lettres. C’est tout l’intérêt des emails, les gens y écrivent de manière très libre, en inventant leur propre vocabulaire...

- CC : Dans tous vos livres vous inventez vos propres codes, vos logos, vos marques [Ono Sendei, les implants rétiniens Zeiss, etc.] dans "Identification des Schémas" vous jouez avec ceux qui existent déjà. D’où vient cette obsession pour les marques ? ?

- WG : A l’origine je souhaitais surtout faire l’inverse de ce que je connaissais dans le domaine de la science-fiction classique. La SF des origines semble toujours exister dans un univers sans marques, sans marketing, sans produits manufacturés tout court. C’est un univers hors du temps, hors du monde réel. Mon but étant de faire de la science-fiction "réaliste" [rire], je voulais présenter un monde proche du nôtre, avec ces marques et ces logos. Il me semblait également intéressant de montrer comment dans les pays post-industriels on ne produit plus d’objets mais on se contente de les marquer. En allant plus loin, j’imaginais aussi qu’un jour on marquerait les être humains pareillement.

- CC : Vous semblez obsédé par la place des médias, de la communication, dans notre société, pouvez-vous nous en parler ? ?

- WG : Je pense que les médias sont ce que nous sommes. Ils sont une extension de nos existences, une part de nous-même. Il est totalement impensable aujourd’hui, d’imaginer une existence sans médias parce que se serait s’exclure du monde. Il n’y a plus vraiment de différence entre médias et réalité, les médias SONT le monde dans lequel nous vivons, au moins en tant qu’outils d’information. C’est pourquoi la science-fiction est intéressante car elle examine attentivement la communication, l’information qui l’alimente et les rapports que nous entretenons avec ce qui en résulte : les médias.

- CC : A ce propos, on assiste actuellement à l’apparition d’une autre sorte de footage [nom des courts-métrages d’ "Identification des Schémas"] sur le net. Ceux-ci sont liés à la torture pratiquée en Irak. Drôle de coïncidence. Qu’en pensez-vous ? ?

- WG : C’est amusant que vous me posiez cette question. Malheureusement, je ne peux pas en parler ici car c’est un des points d’inspiration de mon prochain roman, celui sur lequel je travail actuellement... Il m’est malaisé de parler de mon roman en cours...

- CC : Finalement l’évolution de la technologie telle que vous la décriviez dans vos romans antérieurs ressemble beaucoup à ce que nous vivons aujourd’hui... Vous sentez-vous visionnaire ? Ou pensez-vous tout simplement que la situation telle qu’elle se dessinait à l’époque annonçait clairement ce qui allait se passer aujourd’hui ? ?

- WG : J’ai toujours réellement pensé que la science-fiction parlait du moment où elle était écrite. En tant que métaphore, et extension de notre réalité, elle a un message à faire passer sur cette réalité. La science-fiction telle que je la lisais dans les années 70, semblait déjà contenir de nombreuses visions du présent. Dans mes romans, j’ai simplement voulu explorer ces aspects du futur qui semble être déjà arrivés.


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Max