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Par Daylon
On manque parfois de rater de petites perles. De beaux objets discrets qui ne demandent rien à personne, gentiment posés dans leur coin d’étagère ; au détour d’un obscur rayon d’Imaginaires. Des livres à lire, mais qui ne cherchent pas à vous sauter à la gorge pour vous détrousser et s’enfuir avec votre porte-monnaie et votre amour propre. Non.
"Wonderful" fait partie de ceux-là, ces livres qu’on aperçoit mais manque vite d’oublier. D’ailleurs, "Wonderful" revient de loin. Explications.
Le nom de David CALVO ne sera, espérons-le, pas inconnu pour certains. Confère l’incroyable "Atomic Bomb", écrit en collaboration avec Fabrice COLIN, cet autre iconoclaste de la littérature francophone. "Wonderful" est le premier roman de David CALVO, tout d’abord paru chez Bragelonne, aujourd’hui réédité en poche. Cela soulagera nos comptes en banque déjà bien asthmatiques en ces lendemains de fête.
"Wonderful" nous raconte la fin du monde. L’apocalypse, le néant, peut importe le nom que vous lui donneriez. Tout va bien s’arrêter. Il n’y a plus rien à faire ; ce n’est qu’une question de temps et de fatalité. La Lune va s’écraser sur la Terre. C’est la fin du monde et Loom tente de garder un sens à ce qu’il reste de sa vie ; cherche à redessiner un sourire sur le visage de la jeune femme qui partage sa vie, Pooh. Car celle-ci ne verra peut-être même pas la fin du monde. Elle meurt de chagrin.
Loom se laisse donc entraîner rapidement dans un Londres transfiguré, aux mains d’une étrange conspiration qui ne semble pas étrangère à l’état de la Lune. Pour nos amis lecteurs-en-diagonales, rendez-vous à la conclusion.
Quelques détails pour les autres : Cela partait mal. "Wonderful" louche lourdement [et pas qu’un peu : sur les trois-quarts de sa longueur !] du côté de son prestigieux prédécesseur [et hautement recommandable] "Neverwhere", de Neil GAIMAN. On sent presque la copie carbone. La dichotomie entre deux visions simultanées d’un même Londres. Le mélange permanent de merveilleux et de contemporain. Le héros partant à la poursuite de la seule chose pouvant sauver celle qui aime... Et ces similitudes vont jusqu’au duo de méchants sado-ridicules, Floatsam et Jetsam, qui ne seront pas sans faire penser à Messieurs Croup et Vandermar de GAIMAN.
Si "Wonderful" ne se limitait qu’à ça, nous ne vous conseillerons pas ce roman. Peut-être même aurions-nous hurlés à la copie. Mais voilà : CALVO a fait ce dernier quart. Et là. Accrochez-vous à votre slip. Mise sur orbite garantie. En fait, CALVO nous transpose un univers presque enfantin aux dimensions [étriquées] des adultes. C’est beau, très juste. Drôle, même. Fascinant. Le rythme s’accélère, l’auteur se débarrasse des scories qui rendaient sa prose maladroite et hésitante. Le lecteur accroche à nouveau, le panache est là.
Quant à la fin, elle est sensible, elle prend aux tripes, boucle avec brio et magnifie tout simplement le roman. Il est rare que si peu de pages puissent fournir autant de puissance. C’est la conclusion d’une fuite en avant, de désillusions [encore ici enfantines ?], d’un mélange à la frontière floue du réel et du merveilleux. C’est beau.
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Ce que je vais vous dire est tout à fait personnel. Mais David CALVO vient, avec "Wonderful", de me fournir certainement la meilleure fin qu’il m’ait été donné de lire dans ma courte expérience de lecteur. Donc, OUI, "Wonderful" sent l’hommage un peu trop poussé à "Neverwhere" [qui reste globalement un meilleur bouquin que "Wonderful"], mais vous regretteriez de passer à côté d’un tel final. Pour un premier essai, on ne peut qu’applaudir. |
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