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Publié le 15/03/2009

World War Z de Max Brooks

ED. CALMANN-LEVY / INTERSTICES, MARS 2009

Par W(illiam Guyard)

Fils de, Max Brooks débarque en France, et dans la littérature, avec deux ouvrages consacrés aux zombies. Il traite ainsi une figure bien connue et qui bénéficie d’un engouement important ; en témoignent les récents films, livres ou même essais l’ayant abordé.
Accompagné à sa sortie d’un plus ancien et anecdotique [mais fort bien réalisé] Guide de survie en territoire zombie, World War Z est l’excellente surprise de ce premier trimestre.


La Guerre des Zombies a eu lieu. Une dizaine d’années de conflit suivies d’environ autant de reconstruction. Et l’humanité a donc, tant bien que mal, remportée la victoire. Mais à quel prix ?
C’est pour commencer à répondre à cette question que le narrateur a écrit ce livre, version longue du rapport qu’il a établit pour l’ONU. Des premiers signes à la victoire, si elle a jamais eu lieu, en passant par toutes les grandes phases stratégiques, il nous décrit cette terrible guerre, et esquisser au passage ses traumas et conséquences pour notre civilisation.

Si le sujet - l’invasion des zombies - est un grand classique et tourne généralement à la farce gore, c’est avec réalisme, et conséquemment, un certain sens de la tragédie, que Max Brooks a choisi de le traiter. Pour appuyer son pari de crédibilité et communiquer l’émotion, il donne à son roman la forme d’un recueil d’entretiens. Ce sont tour à tour des civils, des militaires, des dirigeants politiques qui vont nous faire part de leurs expériences et de leur ressenti, et cette construction apporte une grande dynamique au livre.
Du premier médecin à rencontrer un cas de zombie au vétéran de la campagne américaine, en passant par un otaku japonais, plusieurs dizaines de témoins s’expriment dans des interviews de quelques pages.

On l’a dit, World War Z n’est pas le simple divertissement que l’on était en droit d’imaginer. Le récit des horreurs du conflit rend la lecture proprement bouleversante. Les témoins racontent les traumatismes lourds qu’ils ont endurés : perte des proches, déracinement, dépression, schizophrénie, syndrome de la guerre de Corée... Au-delà, c’est toute la société, profondément meurtrie, qui est à rebâtir.
Ces aspects sont abordés directement par les personnages, et par les courts paragraphes de présentation figurant en tête de chaque témoignage. En bref, si vous pensez que « poutrer du zombie » est marrant, demandez-vous ce que cela fait de s’y coller pendant plus d’une dizaine d’heures.

Roman total, aucun aspect de la guerre n’est négligé. Les fronts, la vie des civils, les mouvements de population, l’organisation politique et économique, rien n’est laissé au hasard. Et si la majorité des témoins sont américains, l’auteur du rapport a effectué le tour du monde, et nous emmène sur tous les continents à la découverte de la grande et de la petite histoire de cette guerre.

Poussant la logique jusqu’au bout, l’auteur bâtit son récit avec précision, du premier cas débusqué au conflit généralisé... Seule la science est laissée à l’écart : le roman fait l’impasse sur la nature médicale des zombies, évitant l’écueil classique du genre. L’existence de ce cas zéro acceptée, l’histoire se déroule alors naturellement, apportant au tout une crédibilité à même de satisfaire le plus exigeant des lecteurs de science-fiction, à tous les niveaux : mode de propagation de l’épidémie, stratégie adoptée par les pays, géopolitique (l’utilisation de la force nucléaire en particulier), comportement des zombies face aux éléments, ...
Max Brooks fait en outre preuve d’une inventivité exceptionnelle (et, n’en doutons pas, d’une excellente connaissance du genre). Le lecteur va ainsi de surprise en surprise, étonné par l’évidence de la solution proposée par l’auteur...


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Servi par une traduction sans défaut (le coupable est bien connu de nos services), World War Z s’affirme donc comme un grand livre, totalement inattendu qui plus est.
Drôle, émouvant, inventif, ce roman marque le lecteur et va probablement s’avérer une lecture incontournable de l’année 2009, comme le prouve l’excellent bouche à oreille dont il bénéficie déjà.