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Avec Lilliputia, Xavier MAUMÉJEAN développe un peu plus son univers hors-norme. Tellement hors-norme que le roman paraît ce mois-ci chez Calmann-Lévy dans la collection Interstices. L’occasion d’en savoir un peu plus.


Le Cafard cosmique : Xavier MAUMÉJEAN écrivain, ça donne un intérêt certain pour "le
monstre". Ganesha, Lilliputia, La Vénus anatomique, le Club Van Helsing...
C’est une obsession ?


Xavier MAUMÉJEAN : Pas une obsession, mais sûrement une préoccupation qui remonte à loin. Comme je l’ai dit ici-même [1], j’ai eu l’occasion durant l’enfance de fréquenter des foires avec d’authentiques anomalies. L’une de mes lectures marquante est Step right up ! de Dan MANNIX, un journaliste qui raconte sa vie d’avaleur de sabres et de cracheur de feu dans un petit cirque américain, après la Seconde guerre mondiale. Puis, plus tard, tout cela s’est cristallisé autour de l’univers des forains, leurs symboles et superstitions.
J’étais donc le « visiteur » idéal de Dreamland et Lilliputia, découverts dans les pages de New York délire de l’architecte Rem Koolhaas. Les quelques pages qui sont consacrées à Coney Island avaient de quoi retenir mon attention : des nains parfaits, une cité proportionnée, cocaïne et sexualité débridée, plus quantité d’autres joyeusetés qui, pour l’anecdote, avaient sapé le moral de Maxime GORKI lors de son passage sur l’île.
J’ai donc commencé mes recherches et, au fur et à mesure des lectures, ce qui apparaissait était de plus en plus étrange. Mais vrai. Ok, mais bizarre tout de même. Yop, mais vrai. D’accord, mais carrément branque, non ? Ouais, ben tais-toi et écris. Il m’a fallu six ans pour en venir à bout.

CC : Quand on marie le roman avec le mythe, on revient souvent aux
fondamentaux. Prométhée, c’est un must dans le domaine [voir le récent
Vélum qui ne raconte pas autre]. Qu’est-ce qui vous attire dans
cette célébrissime histoire de révolte ?

X.M. : Honnêtement, il n’y a pas eu beaucoup à réfléchir. Dès lors que Lilliputia avait une compagnie de pompiers qui éteignaient des incendies toutes les heures, qu’ils n’avaient donc que 60 minutes pour aimer, haïr, ou vaquer à leurs occupations, Prométhée s’imposait. De plus, en poursuivant mes recherches, je me suis rendu compte que toutes les grandes attractions de l’époque [Exposition universelle de Chicago, musée de Barnum, et bien sûr Coney] ont fini détruites par l’incendie.
Et puis, j’avais toujours été étonné par l’attitude de Prométhée qui, supplicié sur son mont, continue de s’adresser aux jeunes dieux. Ils prennent conseil auprès du Titan qui avait osé défier Zeus, et l’admirent. C’est pourquoi le souverain de l’Olympe finit par le libérer, car il redoute son courage et sa dignité. La traditionnelle bague de mariage serait d’ailleurs un bijou rappelant l’anneau de chaîne passé par Zeus au doigt de Prométhée pour rappeler sa servitude.
Enfin, dans le mythe, l’humanité doit sa survie à Prométhée. Sans lui, les hommes oubliés de Zeus auraient disparu. Autrement dit, nous ne pouvons compter sur la clémence des dieux. Uniquement sur nous-mêmes, ou sur un voleur rebelle.

CC : À quand un roman de Xavier MAUMÉJEAN axé sur les mythes religieux
judéo-chrétiens - un domaine que vous connaissez plutôt bien ?

X.M. : C’est une question que l’on m’a plusieurs fois posée, mais je vois plutôt la mythologie judéo-chrétienne comme un thème qui sous-tend mon travail, pas comme l’objet d’un roman éventuel. Peut-être effectivement parce que je la connais un peu, et qu’étant familière elle me surprend moins. Encore que...Dans Lilliputia, la symbolique chrétienne, si forte en Europe de l’Est, reste aux portes de New York, car une mythologie est en train d’y naître.
Par contre, l’émergence des mythologies m’intéresse, ici l’américaine avec notamment la constitution d’un imaginaire scientifique. Au Luna Park, pour faire patienter les gens qui attendaient de grimper dans le vaisseau spatial en partance pour la Lune, on leur racontait comment les premiers colons avaient mis le pied sur l’astre mort. Il y avait cette volonté, non pas d’instruire, mais d’éduquer les foules sinon au vocabulaire scientifique, du moins à la « musique » de la science. Et puis c’est l’époque des revues de vulgarisation scientifique qui connaissent un formidable succès. Dont Modern Electrics, lancé en 1908 par Hugo GERNSBACK qui publiera plus tard Amazing Stories. Sans crainte du paradoxe, il est possible que l’imaginaire de la science ait déterminé les sciences et techniques émergentes. Il faudrait demander à Serge LEHMAN et Roland C. WAGNER qui sont bien plus aptes que moi pour en parler.

Je suis persuadé que l’expérience de Coney Island est à l’origine de Disneyland, des missions Apollo... et des camps de concentration. Autrement dit, d’une large part du vingtième siècle.

CC : Joli rapprochement. Taisez-vous, vous allez avoir des ennuis...

X.M. : En fait, Lilliputia présente certains caractères qui sont utilisés de la même façon dans le rire et l’horreur. Le parc concentre une population qui ne peut en sortir, qui est soumise à un travaille obligatoire et à un comportement dicté par les autorités. Ici, une sexualité contrainte, de préférence homosexuelle. Cela, pour conforter les spectateurs dans leur normalité, leur permettre une forme de catharsis. On ajoutera aussi que les organisateurs parlent de Lilliputiens, ou de « peuple » de petits. Sans compter que la ville est une reproduction en miniature de Nuremberg, ce qui rétrospectivement ne peut que surprendre.
C’est à croire que Coney Island est l’expérience souche, la racine commune à partir de laquelle se déploient deux formes de concentration, ludique et morbide, toutes deux appartenant à la modernité.

CC : En vous lisant, on constate un détachement très net vis-à-vis de
l’histoire, au sens ou vous semblez ne jamais oublier qu’il ne s’agit
justement QUE d’une histoire. Il y a un second degré permanent, chez
vous....

X.M. : C’est en tout cas ce que j’ai tenté de faire. D’entrée, s’est posé le problème du narrateur. Il devait être omniscient mais pas distant. Qu’y avait-il de mieux qu’un bonimenteur pour raconter la foire ? Celui qui présente le récit est un type qui, contre un repas chaud et un verre, vous embarque dans une histoire où se mêlent vérité et menteries. Il n’hésite pas à donner son point de vue, faire des digressions, vous prendre par les sentiments. Cela permettait en plus d’user de tous les registres du langage, ce qui tombait très bien puisque le « parler » de Coney était celui de migrants maniant une langue nouvelle et qui surjouaient la plupart du temps.

CC : Ceci étant, on sent une très grande poésie dans Lilliputia et un fort
attachement aux personnages... Ce qui contrebalance la question
précédente...


X.M. : Oui, je m’y suis vraiment attaché. C’est d’ailleurs la première fois que je raconte une histoire d’amour. Avec tout ce qu’elle a d’inquiétant, parce qu’on n’est plus pareil, que l’autre est tout le temps là, même dans son absence. Que l’on a peur pour la personne aimée, ce qui n’empêche pas les disputes et fatalement la fin.
La lecture de Clair-obscur de SÔSEKI a été une révélation pour moi, notamment la façon de ne pas finir les conversations, de les faire dévier ou s’étouffer, comme dans la réalité. De prendre le temps de parler de choses simples, afin que mes personnages puissent goûter leur bout de vie.

CC : Dans le roman, vous oscillez justement entre légèreté et tragédie. Mort
et hot-dog, horreur et cocaïne, mime et réalité, c’est un peu la
définition de la littérature...

X.M. : On pourrait même s’en tenir uniquement au hot-dog. Le chapitre que vous mentionnez, qui raconte la création du petit pain à saucisse, sur un mode rhapsodique, fait remonter son origine à la plus haute antiquité en passant par les mythes et Newton revisité. C’est un passage clef du roman, du moins dans sa phase d’écriture. Littérairement, il m’a permis de poser l’imaginaire propre aux habitants de Lilliputia, de leur faire tenir un discours sur leur monde qui soit différent de celui du narrateur. Là, pour la première fois, les personnages ont la parole, proposent leur propre conception de l’existence. Ce n’est plus la réalité qui permet d’expliquer un phénomène, ici le hot-dog, mais un détail qui permet de rendre compte de la totalité du réel. Et puis en disant qu’il ne fallait pas savoir ce qui entrait dans la composition du hot-dog, que c’était une mélange de trucs dégueulasses qui donnent quelque chose d’excellent, j’annonçais sur un mode allusif toute la suite, qui effectivement joue tout le temps sur la présence de contraires, Up and Down, comme dans les Montagnes Russes.

CC : Passer du genre pur et dur à la collection Interstices, c’est assez
logique, finalement, dans la mesure où vos livres ont toujours une
distance ironique avec leur sujet et ne s’étiquettent pas facilement. Mais
d’un point de vue pragmatique, c’est un tournant ?

X.M. : Interstices a été une véritable bénédiction. C’est une étape, oui, à la fois une clôture et une ouverture à je ne sais pas encore quoi.


A LIRE : La critique de Lilliputia de Xavier MAUMÉJEAN


A LIRE AUSSI :

> La fiche bio / biblio de MAUMÉJEAN Xavier [et d'autres critiques]

PAT


NOTES

[1] Xavier MAUMÉJEAN fait référence à une précédente interview