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D'AUTRES AUTEURS


Auteur d’un des romans dystopiques les plus célèbres au monde, « Nous autres », Evgueni ZAMIATINE a subi les foudres de la censure du tsar, puis celle de ses anciens amis bolchéviques, jamais soumis aux pouvoirs, toujours en quête de vérité. Il fut, vingt ans avant ORWELL, le premier à dénoncer le totalitarisme sous-tendu par une modernité perverse.


Né dans la Russie profonde, ingénieur naval de formation, ZAMIATINE est un fan de Herbert George WELLS, dont il a découvert l’oeuvre avec émerveillement. Mais lorsqu’il se lance en littérature, assez jeune, c’est pour s’imposer dans la veine du réalisme russe, et comme un fils spirituel de Nikolaï Vassilievitch GOGOL. Ses satires mordantes et tragiques, son esprit frondeur et libertaire ne sont, d’ailleurs, pas du goût de la censure tsariste relativement tatillonne. Arrêté en 1905, il est embastillé pour appartenance au Parti bolchevik. Quand la révolution russe de février éclate, il est à Londres, mais rentre immédiatement en Russie.

ZAMIATINE vit d’abord la révolution comme une grande fête, convaincu de l’avenir radieux qui s’ouvre au pays grâce aux soviets. Il s’associe alors à un groupe de jeunes écrivains, Les frères de Sérapion, qui défendent la liberté absolue de l’art par rapport à tout pouvoir politique.
Mais il déchante au bout de quelques semaines, et quitte le Parti. En bon hérétique à toute orthodoxie, il s’inquiète déjà [!] des dérives totalitaires d’un régime naissant qui n’a de cesse que de liquider les soviets et tout l’héritage libertaire de la Révolution. Il se rapproche de Socialistes révolutionnaires de gauche, mouvement d’inspiration libertaire et anti-bolchevik.

« J’ai peur qu’il n’y ait pas chez nous de littérature authentique tant que nous ne serons pas guéris de cette espèce de nouveau catholicisme qui, non moins que l’ancien, s’effraie de toute parole hérétique. Et si cette maladie est incurable, j’ai peur que la littérature russe n’ait pour seul et unique avenir que son passé. »
« J’ai peur », 1921

La dérive totalitaire du régime l’inspire et il écrit dès 1920 ce qui restera comme son chef-d’oeuvre, et l’une des œuvres majeures de la SF, « Nous autres », un roman qui, sur le thème de la dystopie, devance ORWELL et HUXLEY. Ce premier texte sera suivi trois ans plus tard par une pièce de théâtre, « Les bûchers de Saint-Dominique », où les inquisiteurs dominicains et les hérétiques sont une métaphore saisissante de la réalité russe, et de l’écrivain confronté aux tenants de l’art officiel.

Dans les années qui suivent, les goulags apparaissent... et se remplissent. La censure finit par étouffer l’incroyable bouillonnement artistique qui agitait la Russie depuis quelques décennies. Maxime GORKI devient l’emblème de l’art officiel du régime, de nombreux artistes sont mis au pas, censurés ou démolis par une presse aux ordres. MAIAKOVSKI se suicide, BOULGAKOV ne peut plus publier, ZAMIATINE entre en dissidence.

« Il n’est de vraie littérature, que produite non par des fonctionnaires bien pensants et zélés mais par des fous, des ermites, des hérétiques, des rêveurs, des rebelles et des sceptiques. »
« J’ai peur », 1921

Il refuse de louvoyer avec le régime, et se décide à publier « Nous autres », à l’étranger aux USA en 1924. Le livre se fait connaître des censeurs bolcheviks via une publication partielle en russe, sortie à Prague en 1927... il est immédiatement censuré en URSS, et ce n’est que le début des ennuis pour ZAMIATINE, qui va devoir affronter une violente campagne de dénigrement, orchestrée par la presse soviétique.
Refusant de se laisser intimider, il sort la version intégrale du livre à Paris dès 1929, chez Gallimard. La même année, il publie son dernier livre paru en URSS : « L’innondation », récit envoûtant et fascinant qui l’impose comme un maître expressionniste de la prose.

C’est alors que STALINE décide de purger l’aile droite du Parti, incarnée par BOUKHARINE - qui est fusillé. Hors du Parti depuis des années, ZAMIATINE sera lui aussi considéré comme un élément droitier.
Conspué, censuré, menacé et interdit même d’écrire, ZAMIATINE se résout alors à reprendre sa plume pour envoyer une lettre à STALINE, où il lui demande l’autorisation de quitter l’URSS : « Pour moi, en tant qu’écrivain, être privé de la possibilité d’écrire équivaut à une condamnation à mort. Les choses ont atteint un point où il m’est devenu impossible d’exercer ma profession, car l’activité de création est impensable si l’on est obligé de travailler dans une atmosphère de persécution systématique qui s’aggrave chaque année. »
[Lettre à STALINE]

Fait exceptionnel, STALINE l’autorise à quitter l’URSS [grâce notamment à l’intervention de Maxime GORKI], et ZAMIATINE part pour Paris. Il y vivra jusqu’à sa mort, en 1937.
Il a fallu attendre la perestroïka, en 1988, pour que « Nous autres » soit enfin publié en URSS.


BIBLIOGRAPHIE SELECTIVE
ZAMIATINE est avant tout un auteur mainstream, et la sf n’est qu’une petite partie de son œuvre. Si nous ne traiterons ici que de la partie sf, nous vous encourageons néanmoins vivement à lire aussi son œuvre mainstream. Tout simplement parce que ZAMIATINE est un auteur majeur du XXe siècle.

  • « Nous autres »

    L’Etat unique, avec à sa tête le Bienfaiteur régente tout pour le bien de l’humanité. L’humanité vit dans d’immenses tours de verre, puisque chacun n’a rien à cacher à autrui. Tout étant cependant pensé pour le mieux, le Bienfaiteur accorde à chacun deux heures de liberté par jour. A cette fin, chacun peut tirer des rideaux et faire ce qu’il veut avec qui il veut, puisque personne ne peut refuser ses charmes à quiconque. Nous sommes au XXXème siècle.

    Le livre se présente comme une suite de vignettes, écrite par l’ingénieur D-503 qui, petit à petit, va se rendre compte de la nature totalitaire du régime qui régit l’humanité depuis des siècles. Il va découvrir les affres des substances interdites comme l’alcool ou le tabac, et va même se laisser aller à enfreindre les lois les plus sacrées de l’Etat unique.
    L’intrigue - un individu prend conscience de sa condition dans un univers totalitaire - est classique. Et, il faut le reconnaître, le livre a vieilli ; son écriture en mosaïque peut rendre la lecture fastidieuse. Mais il n’en demeure pas moins fondamental. Il impressionne d’abord par les qualités imaginatives de l’auteur, père de la dystopie. Mais il impressionne surtout par son coté visionnaire, pour peu qu’on le remette dans son contexte historique. Car ce qu’avait compris, dès 1920, ZAMIATINE, c’est que la modernité, loin de garantir les libertés, assure le confort, mais aussi, parfois, l’aliénation la plus effroyable.
    On pense bien sûr à la série télé « Le prisonnier », aux fameuses « Monades urbaines » de SILVERBERG. ORWELL appréciait beaucoup ce roman, qu’il lut avant de rédiger « 1984 ».

  • « Le récit du plus important »

    [in « La caverne »] Imaginez une Russie redevenue préhistorique. Les hommes vivent au milieu de ce qui fut une société industrielle et moderne, mais dont tout leur échappe. Un texte étrange, dans la veine du grotesque gogolien qui influença grandement ZAMIATINE.

  • « Contes de Theta »

    [in « Le livre d’or de la science-fiction soviétique »]

Ce livre d’or vaut déjà par sa préface, remarquable histoire de la sf qui venait du froid. Le choix des textes montre aussi la diversité des textes, selon le contexte plus ou moins autoritaire. Le texte des STROUGATSKI justifie de toute façon à lui seul l’achat du livre.
ZAMIATINE signe là encore un texte dans le filon du grotesque gogolien, où la bureaucratie policière crée une sorte de Golem de papier et d’encre. Métaphore saisissante à mettre en parallèle avec « Nous autres » et « J’ai peur ».

  • « Lettres à STALINE suivies de J’ai peur »

    de Mikhaïl BOULGAKOV et Evgueni ZAMIATINE

Certes, ce n’est pas de la SF me direz-vous, et vous avez raison. Mais ce court ouvrage est certainement l’une des oeuvres majeures à lire pour qui veut comprendre l’impact que le totalitarisme a eu sur deux génies littéraires. Les lettres de BOULGAKOV sont un précieux témoignage sur la génèse de « Le maître et marguerite ».


Olivier