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Publié le 01/01/2007

Zoulou Kingdom de Christophe Lambert

ED. FLEUVE NOIR / RVA, JANV.2007

Par Mr.C

Attention : Christophe Lambert et son grand Bazar de l’Histoire Violentée est de retour dans vos librairies et ça va faire mal !
Au menu, le Débarquement de 40 000 zoulous avec peintures de guerre et sagaies en main, sur les plages du sud de l’Angleterre, en 1879.
Destination : Buckingham Palace !


Dans son premier roman de SF pour adulte, La brèche, Christophe Lambert faisait entrer en collision l’Histoire avec un grand "H" et la télé-réalité avec un petit "t". Cela donnait quelques centaines de pages croquignolesques pendant lesquelles une équipe de tv parachutée en voyage temporel sur Omaha Beach un certain 5 juin de l’année 1944 affrontait le terrifiant paradoxe dit "du voyageur imprudent" [1].

Cette fois pas de voyage dans le temps, mais un tour de passe-passe, ou plutôt de magie noire : le grand sorcier Mpande, sur ordre du roi zoulou Cetshwayo, téléporte les doigts dans le nez quelques dizaines de milliers de guerriers enragés sur les rives britanniques, histoire de donner une bonne leçon à cette garce de reine Victoria qui, en 1879, menace l’intégrité territoriale du Zoulouland.

Si vous avalez le coup du sorcier, le reste passe tout seul : quelle jubilation d’assister, façon Guerre des Mondes à l’envers, à l’invasion de la puissance dominante de l’époque par des hordes de sauvages peinturlurés moitiés nus ! Prise par surprise - on l’imagine - l’armée de sa Majesté va au-devant d’une sacrée débacle...


On ne vous en dira pas plus car tout l’attrait de ce petit bijou est justement dans ce qui se passe ensuite : que va-t-il se passer lorsque les Zoulous vont atteindre Londres ? L’Empire Britannique, menacé pour la première fois sur ses propres terres, va-t-il s’effondrer ? Cela signifie-t-il que, 130 ans plus tard, les Beatles seront noirs ?

Pour corser le tout, Christophe Lambert - qui a du s’amuser comme un petit fou à imaginer ce grand n’importe quoi avec beaucoup de minutie - tresse une demi-douzaine d’histoires parallèles autour de "sujets" britanniques pris dans la tourmente des événements. Top Bonus - Gratuit pour toi lecteur : les "sujets" en question sont presque tous des peoples, et Mister Lambert n’a pas lésiné : Elephant Man, la reine Victoria, un avatar de Jack l’Eventreur, Herbert Georges Wells enfant et, en exclusivité, Karl Marx lui-même dans le rôle du philosophe désabusé.

Résultat : des scènes d’apocalypse à Picadilly Circus, des combats javelot contre fusil-à-mèche à un contre dix, du sang, de la fumée, et pas mal de viscères... Non, y pas à dire, ça fait riche et il faut reconnaître que Mister Lambert orchestre son grand cirque avec panache : on est accroché, saisi par l’audace du carambolage anglo-zoulou, et si on avale quelques couleuvres, c’est avec le plaisir d’un gamin marchant sur ses soldats de plomb.

Restent deux trois ficelles qui ne fonctionnent pas, mais alors pas du tout. Notamment l’affaire du lien de sorcellerie qui est à l’origine du délire et qui implique un auteur maudit inspiré de Lovecraft... pas convaincant. Et pas utile de toutes façons.

Autre bémol : le récit est étrangement court quand on voit la matière accumulée : quel gâchis ! Il y a avait bien là de quoi brasser 500 pages supplémentaires, l’idée de base, pour grotesque qu’elle soit, débouchant rapidement sur un sacré potentiel dramatique.
D’autant plus que l’auteur a bravement potassé une documentation assez costaud sur tous les sujets, époques et personnages évoqués [comme il s’en vante gentiment en appendice]. L’aurait donc suffit d’un peu d’effort et de quelques guest-stars supplémentaires [fastoche : Lambert a oublié de mêler à son histoire Sherlock Holmes, une étourderie sans doute...]


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Christophe Lambert n’a pas inventé le récit échevelé qui bombarde des personnages historique dans des décors d’outre-époque. L’uchronie-à-guest-star est le terrain de jeu déjà bien balisé de [trop] nombreux auteurs, de Johan Heliot à Xavier Mauméjean, en passant par Fabrice Colin, Thomas Day et bien d’autres.

Mais Zoulou Kingdom n’est pas une uchronie ; c’est la sorcellerie qui crée la collision. Sur ce point, et par son sens du grand guignol assumé, Christophe Lambert se distingue et signe un beau délire assez jouissif, sans prétentions, qui reposera vos neurones agréablement entre deux relectures de Maurice Dantec.

Recommandé, donc.



NOTES

[1] Le voyageur imprudent : cf. Barjavel