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Publié le 07/03/2010

jPod de Douglas Coupland

[jPod, 2006]

ÉD. AU DIABLE VAUVERT, DÉC. 2009

Par Arkady Knight

Quelques mois après la sortie outre-atlantique de l’attendu Generation A, le Diable Vauvert fête ses dix ans en publiant l’antépénultième roman de Douglas Coupland : jPod. Sans aller jusqu’à bouder cette nouvelle sortie, il faut admettre que les quatre années passées depuis sa parution originale intensifient l’obsolescence d’une œuvre étonnamment datée.


Branle-bas de combat à jPod, l’un des innombrables open space chaotiques d’une vaste société de développement de jeux vidéo. Steve, un nouveau responsable marketing, en plein trauma post-divorce, impose aux équipes d’intégrer une tortue comme familier du héros dans un jeu de skate-board. Peu de temps après, Steve disparaît, kidnappé par un contrebandier chinois. Cet enlèvement n’arrange rien : ses remplaçants exigent de substituer le skater par un prince et le skate par un tapis volant.
Las, les habitants de jPod passent à l’action : ils incorporent en douce dans le jeu un Ronald McDonald serial killer ; tandis qu’Ethan, le narrateur et historien de jPod, se rend à la recherche de Steve, devenu ouvrier cocaïnomane dans une usine de semelles en Chine profonde. Sur sa route, il croisera le diabolique écrivain mégalomane Douglas Coupland qui ne manquera pas de comploter contre lui.

Auteur clé de la littérature post-moderne, à l’instar de Chuck Palahniuk et David Foster Wallace, Douglas Coupland a su synthétiser l’esprit d’une époque avec Generation X et Girlfriend dans le coma, désormais des classiques anglo-saxons. À côté, il a produit régulièrement un panel d’œuvres tantôt sensibles, tantôt déjantées, oscillant entre un pessimisme circonstancié et un optimisme quasi-mystique.

Pour son onzième roman, l’iconoclaste canadien s’amuse à écrire un remake de son Microserfs (1995), où il caricaturait alors le tertiaire informatique – ne cherchez pas, ou cherchez bien, la traduction française de ce roman est épuisée. Il tente dans jPod de moderniser son œuvre d’antan, intégrant les nouvelles avancées socio-technologiques, tout en continuant de croquer ses contemporains avec la verve et l’audace qui le caractérisent.
Peu soucieux de son intrigue, jPod décrit, via diverses circonvolutions et nombre d’inserts insolites (dont les cent mille premières décimales de pi étalées sur quarante pages), le train-train et les petits tracas du quotidien des jPodeurs. Coupland cultive l’excentricité, n’hésitant pas à faire de la mère d’Ethan une productrice de shit et de son père un concouriste de danses de salons. L’ambiance de jPod est proche de celle de Toutes les familles sont psychotiques. Et donc tout aussi éloignée de la corde sensible de Coupland (Hey Nostradamus, Elaeanor Rigby).

Pire, jPod, à trop être impertinent, finit par ne plus être pertinent du tout. Les développeurs de jeux vidéo sont tous des geeks. Les geeks sont tous des autistes. Hop, hop. Plus on avance dans le récit, plus on réalise que Douglas Coupland connaît peu de choses au contexte de son histoire rocambolesque et de ses personnages interchangeables. On a l’impression de feuilleter un magazine branché prospectif écrit dans les années 1990 sur le devenir des jeux vidéo. Ça tombe bien puisqu’on ne dira jamais assez que Coupland est l’écrivain emblématique des années 1990. Sauf que là, en 2010, on ne peut plus considérer les jeux vidéo comme un petit milieu indépendant, et plus globalement dépeindre les réalités virtuelles du web comme des vignettes humoristiques, mais comme l’une des composantes essentielles de notre avenir – un point crucial dont jPod ne rend au final jamais compte.


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En s’intégrant lui-même dans l’intrigue, sans autre raison valable qu’un plaisir fugace, Douglas Coupland bâcle un roman déjà peu passionnant. Si, prises indépendamment, les saynètes le composant sont drôles et bien enlevées, Coupland passe tellement à côté de son sujet, que jPod devient vite ennuyeux et pénible. Parler des années 2000 comme si on était encore dans les années 1990 est une erreur ; tout au plus considéra-t-on jPod comme une jolie décoration hype à mettre en frontispice de sa bibliothèque.
Pas sûr que Coupland l’ait de toutes façons envisagé autrement.